Articles avec le tag ‘beatport’

Beatport en sérieuse baisse de régime depuis 6 mois, remise en cause des exclusivités ?

La domination sans partage de Beatport dans le monde du téléchargement de musiques électroniques verra-t’elle sa fin en 2009 ? Le site, notamment très populaire en France, a en effet accusé une baisse de 40% de son trafic global entre mai et novembre. Lorsque que de nombreux labels électros m’ont dit fin 2007/courant 2008 leur intention d’aller à 100% vers Beatport, je leur ai dit que c’était à court terme une décision qui semblait logique (puisque le site représentait alors près de 75% en revenus de leurs ventes), mais que c’était dangereux à long terme, car le marché du digital est loin d’être aussi figé que celui du physique. A peu près la même réponse que celle que je faisais quand il choisissait un agrégateur en exclusivité aussi donc. Aujourd’hui, la plupart de ces labels annoncent des revenus en forte baisse, alors que ceux qui ont choisi la stratégie de multidiffusion ont des revenus plutôt en hausse, à nombre de sorties constant.

Est-ce que le marché est arrivé à maturité et qu’il n’y a plus de croissance ?
C’est ce qu’explique Beatport, tout en mettant l’accent sur une augmentation du piratage surtout auprès de ses éditeurs exclusifs (qu’il doit motiver à rester), mais ce discours ne tient absolument pas quand TOUS les concurrents de beatport affichent des chiffres de croissance à 2 voire 3 chiffres sur un an, et ce encore durant les 6 derniers mois ! Les principaux bénéficiaires de la perte de vitesse de Beatport, Boomkat, Juno Download, TrackItDown, Beats Digital, TraxSource pour ne citer que les plus célèbres sont en net croissance… Alors, certes, Beatport est toujours n°1, mais il est loin de représenter 50% des parts de marché, il serait au mieux à 20% aujourd’hui….

Pourquoi faire le choix de l’exclusivité en tant qu’éditeur ?
L’exclusivité n’a jamais dans l’histoire de la musique profité durablement aux éditeurs ou musiciens. L’exclusivité n’existe que pour favoriser l’essor d’un distributeur, et Beatport a bien maximisé ses revenus en suivant cette stratégie dès lors que le site a obtenu le catalogue le plus large en “dance music”, et en appliquant des tarifs plus élevés (jusqu’à 2,49 Euros pour un MP3 lorsque le reste du marché était plutôt à 0,99), tout en n’appliquant pas les mêmes conditions de rémunération (le site s’est longtemps affranchi du paiement de diverses taxes que payaient ses concurrents). Bref, le site a prospéré dans des conditions pas très réglos, et certainement pas à l’avantage du consommateur… qui n’oublie jamais. Dance Download Alliance avait essayé de son côté d’alerter en mai 2007 – mais en vain – les éditeurs que l’exclusivité à long terme leur serait néfaste.

Alors pourquoi un tel désamour ?
Plusieurs raisons peuvent l’expliquer:
Beatport, c’est un site en Flash à 100% (sauf la version destinée au référencement), qui jusqu’ici ne dérangeait pas tant que ça, car les autres sites ne proposaient pas forcément de meilleures interfaces, et surtout un contenu plus pauvre. Aujourd’hui, le contenu s’enrichit sur les autres sites, alors qu’il s’appauvrit (parce que les bonnes productions sont diluées dans les mauvaises: le contenu est dense, mais trop dense) sur Beatport, rendant très pénible la navigation et l’écoute préalables à l’achat.
Une tarification élevée, et surtout à la hausse régulièrement depuis la naissance du site, sans que les services suivent conjointement, amène les consommateurs à aller vers d’autres sites lorsqu’ils le peuvent, et la crise aidant, ce comportement s’installe de plus en plus d’aller picorer sur plusieurs sites afin de faire la meilleure opération financièrement
Ce qui servait également Beatport précédemment étaient des extraits de mauvaise qualité (car sur un extrait de qualité faible, on ne se rendait pas compte de la différence entre un bon et un mauvais mastering), aujourd’hui, tous les clients se sont fait avoir avec des titres qui sonnent mal une fois téléchargés en version 320k et tous ses concurrents proposent une meilleure qualité d’écoute qui permet de mieux juger la qualité de l’enregistrement original
Les exclusivités Beatport ont aussi produit un plus grand nombre de titres de mauvaise qualité, les éditeurs se reposant sur la marge supérieure de ces productions pour espérer un retour sur investissement plus rapide. Au final, les internautes sont de fait moins demandeurs pour des exclusivités dont la qualité semble au rabais, et dont le seul attrait reste la primauté. En revanche, cette situation de l’exclusivité favorise le piratage de ces titres et donc, on se retrouve dans une situation où le piratage est le plus encouragé par le système instauré par le site lui-même qui l’accuse comme raison principale de la baisse des ventes !

La réaction de Beatport est-elle la bonne ?
Beatport a d’abord choisi de limiter le contenu sur le site, par des critères quantitatifs (et non qualitatifs) qui reposent donc sur le fait qu’un label vend plus ou moins. Plutôt que de remettre en cause sa façon d’extraire le meilleur (qualitativement) du catalogue en construisant de meilleures systèmes de recommandations, le site a donc choisi de ne pas mettre celui qui lui rapporte le moins. Peut-être efficace à court terme, mais dangereux à long terme, car les faibles vendeurs d’aujourd’hui peuvent être les gros vendeurs de demain… qui ne voudront pas signer avec une plateforme qui les aura délisté.
Ensuite, le site a mis fin sans avertissement, à son programme d’affiliation qui avait fédéré de nombreux sites de musiques électroniques (dont DJing.com) et qui avaient souvent passé beaucoup de temps pour en faire une intégration efficace. Le message lancé par Beatport est donc “Merci de nous avoir apporté plein de nouveaux membres qui connaissent désormais notre site, on n’a plus besoin de vous et de vous donner 5% de notre chiffre d’affaires”. Après avoir lancé Beatportal, site édito-commercial, c’est la meilleure méthode pour se mettre à dos des gens qui ont fait prospérer Beatport durant les dernières années, et qui sont des leaders d’opinion réels dans la communauté des musiques électroniques.
Enfin, le site a choisi un changement d’affichage des prix, en prônant un affichage hors taxe… et donc en gardant la surprise de la taxe pour l’étape du paiement. Quelque chose qui a toujours été décrié sur tous les sites de commerce électronique, bien avant la vente de produits dématérialisés donc…

Le site annonce une nouvelle version pour Janvier 2009. Espérons qu’elle ne fasse pas que (mais déjà le fasse au moins) remettre le site à niveau de ses concurrents au niveau des features… A noter que la fonction cue prévue pour la v3 de Neo depuis longue date est déjà annoncée au menu de cette nouvelle version

Je suis moi-même:
- client de Beatport
- recommandeur de Beatport pour de nombreux labels et artistes par le passé
- (ex-)affilié de Beatport via DJing.com
- développeur d’un moteur de recommandations pour Beatport à cette adresse: www.djing.com/beatport/