Deezer premium: après Radio.blog, Last.FM, Deezer copie Spotify

Je l’avais dit en début d’année sur un ton ironique, le concurrent principal de Deezer, celui qui l’amènerait à sa probable disparition, serait Spotify. En tout cas, si son fondateur ne prenait pas au sérieux cette “menace” en janvier dans les commentaires, la révélation aujourd’hui de Deezer Premium prouve bien le contraire. Car sur le papier (et dans le communiqué de presse copié tel quel par tous les “sites d’information”), Deezer Premium ne fait ni plus ni moins que copier le principe de Spotify… à quelques exceptions près…

1. L’application
Deezer utilise la technologie Adobe Air. L’avantage: une portabilité facile côté développement sur Mac et PC. L’inconvénient, une empreinte CPU et mémoire importantes (regardez les captures d’écran ci-jointes). Pire, dès que j’ai manipulé activement l’interface, j’ai eu plusieurs microcoupures de son.

2. La qualité audio
Je n’ai pas encore trouvé un seul titre à 320 Kbps (ceux que j’écoute sont à max 128Kbps) contrairement à ce qui est annoncé. OK, Spotify ne propose pas toute sa bibliothèque en 320Kbps à l’heure actuelle, mais même ceux qui ne le sont pas encore, sont plus écoutables que tous ceux que j’ai pu écouter dans Deezer Desktop, et ce même dans la version mobile de Spotify. Bon point néanmoins, Deezer annonce que le titre n’est pas disponible en haute qualité quand on passe sa souris sur le player (même si HQ est illuminé)

3. L’interface
L’utilisateur de Deezer ne sera pas dépaysé par l’interface de Deezer Desktop qui ne fait que recopier celle du site web (l’arbre de Noël publicitaire en moins). L’utilisateur de Spotify l’a trouvera peu réactive.

4. Le P2P
Contrairement à Spotify qui utilise le P2P pour des démarrages rapides et une moins grande consommation de bande passante (le poste n°1 des dépenses dans ce genre de services, bien devant les droits), Deezer fonctionne toujours en mode web

5. La gestion du mode connecté
Très compliquée, il faut passer, dans l’application desktop comme dans l’application mobile par les préférences. Le mode Spotify est beaucoup plus intuitif à ce niveau

6. L’utilisation “en entreprise”
Jonathan Benassaya m’avait opposé que Spotify serait compliqué à faire marcher en entreprise parce que c’est une application. En fait Spotify a marché dès le premier jour en entreprise. Ce qui n’est pas le cas de Deezer Desktop qui ne sait visiblement pas intégrer un proxy.

7. La version mobile
En 3G, le temps de chargement est long, mais je parviens à m’authentifier et lire les titres de mes playlists. Je ne parviens pas à faire fonctionner le mode non connecté pour l’instant.

8. La possibilité d’ajouter sa propre bibliothèque
C’est une chose que je reprochais à Spotify comme l’un de ses derniers manques, et Deezer le fait (certes mal) en vous proposant d’uploader votre propre musique. Je préférerais un fonctionnement à la Serato Scratch Live qui importe le contenu de votre base iTunes et ses playlists

Bref, comme toujours Deezer compte sur sa position hégémonique (en France, parce qu’ailleurs, ce n’est qu’un acteur insignifiant), son réseau (en ayant à la fois Xavier Niel comme Christine Albanel par le passé dans sa poche, ce qui n’est pas rien) pour s’imposer. Il y a eu BlogMusik qui a copié Radio.Blog, les smart radios qui ont copié Last.FM, maintenant, c’est Spotify, mais même pas “patriotisme”, je n’utiliserai pas encore ce service de sitôt. Le service n’est pas foncièrement mauvais, surtout quand la référence est le site web (mêmes inconvénients sur la lourdeur, la qualité audio, juste les publicités en moins), mais pas de quoi détourner les utilisateurs de Spotify pour l’instant. Un jour, il va bien falloir innover.
EDIT: Quelques chiffres:
L’Expansion: ” Deezer revendique 10 millions d’utilisateurs en Europe”
Challenges: “En devenant payant, Deezer prend-il le risque de perdre une grande partie de ses membres qui n’accepteront pas les intrusions publicitaires? Jonathan Benassaya estime que 10 à 15% d’entre eux devraient opter pour la formule à 4,99 euros alors que 2 à 3% choisiront celle à 9,99 euros. Cela représenterait près de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, contre 7,4 millions actuellement, dont une partie sera reversée aux majors de la musique et autres labels indépendants partenaires du site.”

Si on analyse aujourd’hui les chiffres tangibles, 10 millions d’utilisateurs apportent chacun 0,74 cents de recettes au site par an (on ne connaît pas leur coût), soit moins que l’équivalent d’achat d’un seul titre par an.

Jonathan Benassaya annonçait en mai 2008 une rentabilité pour fin 2008 avec l’offre publicitaire. Avec la formule premium, il en annonce une désormais “dès le premier semestre 2010″
Ecran d'accueil Deezer Desktop
Deezer Desktop CPU usage
Deezer Premium Memory Usage

Beatport and its fake exclusives

If you like electronic music and purchase music downloads, there’s a great chance you bought some music on Beatport. This website, which launched with a $1.29 pricetag continuously raised its prices, up to $2.49 these days for exclusives (for MP3 320k and AAC 192k versions)

I suspected some fake exclusives, but I didn’t think that trickery was that important. When I recorded my last DJ set, I built a new features for the DJ Hedonist mobile app. You will be able to purchase the tracklisting through iTunes Store when track is available. Having bought half of my tracks as exclusives on Beatport, I didn’t expect to find as many tracks available on iTunes (With $0.99 price tag, and a better audio quality: AAC 256k)

Out of 7 announced as exclusives on Beatport, not less than 3 are available on iTunes. Here is the list if you want to check by yourself:
Mark Knight, Mannheim, Toolroom
Plaupez, L’Ame d’un Singe, Le Bien et le Mal
Gino’s & Kiko, Pink Loco, Eklektisch

OK, Beatport could say that labels are responsible, but in any case, it shows that neither Beatport or those labels respect their consumers. They may announce that they have Wave exclusive, but they should find some other reasons to continue charging us 2.49 for MP3s and AACs…

Beatport et les fausses exclusivités

Si vous êtes amateur de musique électronique et que vous achetez de la musique en téléchargement, il y a de grandes chances que vous ayiez déjà commandé de la musique sur Beatport. Ce site, qui s’est lancé sur une offre à 1.29$ le titre (sans facturer la TVA à l’époque) a progressivement augmenté ses tarifs pour qu’on arrive aujourd’hui à des titres à 1.49 Euros, voire à 2.49 Euros (pour les versions MP3 et AAC) lorsqu’ils sont annoncés comme exclusifs.

Je suspectais des triches sur les exclusivités, mais je ne pensais pas que la tromperie était aussi importante. A l’occasion de mon dernier mix, j’ai intégré une fonctionnalité à une version à venir de l’application DJ Hedonist. Il sera possible d’acheter le tracklisting sur iTunes, pour peu que le titre soit disponible sur la plateforme. Achetant pour moitié des exclusivités, je ne m’attendais pas à pouvoir trouver beaucoup de titres sur iTunes (proposés, il faut le rappeler à 0.99 Euros, et dans une meilleure qualité audio – AAC 256k – que les versions MP3 et AAC de Beatport)

Sur 7 titres annoncés comme exclusifs sur Beatport, pas moins de 3 sont en effet disponibles sur iTunes
Les titres en question pour que vous vérifiez de vous-même:
Mark Knight, Mannheim, Toolroom
Plaupez, L’Ame d’un Singe, Le Bien et le Mal
Gino’s & Kiko, Pink Loco, Eklektisch

Alors, bien sûr, Beatport pourrait se défausser sur les labels… mais dans tous les cas, cela montre que ni Beatport, ni les labels ne sont respectueux de leurs acheteurs. Qu’ils annoncent l’exclusivité sur le Wave à la rigueur, mais pour le reste qu’ils trouvent d’autres arguments pour vendre au prix d’une exclusivité.

Le mot du jour… une application iPhone pour sourire le matin quelle que soit l’actualité

Malaise vagal, fracture numérique, jungle, visite présidentielle, voici quelques définitions décalées, humoristiques voire cyniques que vous trouvez dans l’application iPhone Le mot du jour, première application iPhone non musicale (mais toujours gratuite) réalisée par mes soins.

Mes proches le savent déjà, je suis un gai luron qui aime manier le mot, je le fais donc partager à d’autres avec une définition quotidienne en lien avec l’actualité (principalement française)
du jour… qui permet aussi de conserver (ou non) en archives ses définitions favorites. Difficile exercice néanmoins, le public n’est pas un cercle privé…

C’est aussi la première application qui reçoit les Push Notifications (pas encore dans la version actuelle, mais dans un update soumis hier soir à Apple), histoire d’avoir un aperçu de ce que cela donnera dans les applications artistes / festival (la mise à jour de l’application de Joachim Garraud sera la première à la recevoir)

N’hésitez pas à laisser un petit commentaire sur iTunes, surtout s’il est positif ;)

Emilie Simon, the Big Machine … difficile chronique

Retour en arrière. J’ai découvert Emilie Simon un peu par hasard, puisque la société dans laquelle je travaillais à l’époque hébergeait les sites Internet d’Universal Music France, et avais pu l’écouter avant la sortie officielle du premier album. Bien que généralement peu porté par les sorties de cette maison de disques, j’y avais jeté une oreille plus qu’attentive, hallucinant même que l’album ait pu sortir chez Barclay. Au même moment, des remixes croisés avec Avril (chez F Com) sont produits (Desert remixé par Avril, The Date remixé par Emilie). Amateur de ce dernier, également bricoleur de sons par excellence, j’avais prévu de faire une interview pour DJing.com à l’occasion de sa venue sur Rennes. Et qui assurait la première partie ? Emilie Simon, qui se produisait pour la première fois sur scène (à ma connaissance), et qui était encore anonyme pour le public présent ce soir du 13 février 2003… sauf pour moi :p. Et ce sont pendant ses répétitions/balances que j’ai finalement enregistré l’interview de Fred Avril (qui m’a dit beaucoup de bien de la miss quand je lui ai dit l’avoir tout juste découverte). Depuis comme vous pouvez le comprendre, je regrette n’avoir échangé ce jour-là qu’un timide bonjour avec cette artiste, parmi les plus respectables aujourd’hui en France. Les auteurs/compositeurs/interprètes féminines, en électronique, sont plus que rares, alors quand elles sont dans la lignée (non usurpée) de Björk, sans mimétisme pour autant, je ne peux que m’incliner, et surtout m’émouvoir. Et c’est bien le verbe qu’il faut employer quand comme moi on cherche dans la musique, véritable création et émotions. Son live ce soir-là, La Marche de l’Empereur plus tard, Végétal, … ses productions se sont succédées avec les qualités que l’on connaît. Au-delà de ses choix artistiques, l’explorateur que je suis des nouvelles façon de créer, promouvoir et vendre la musique grâce au numérique, ne peut que l’admirer quand elle quitte la ligne corporate d’Universal/Barclaysur ces points, ce qui n’a rien de facile. Et je salue (et propage l’information jusqu’à Engadget) lorsqu’elle est la première artiste à proposer/imposer le téléchargement de son album live “A l’Olympia” sans DRM

Dreamland est la première pièce issue de The Big Machine qui parvient à nos oreilles, et je dois bien l’avouer, une certaine déception pour moi, car si la production est toujours un ton largement au dessus de nombre de musiques électroniques “populaires”, le ton mi-festif mi-mélancolique “bowiesque” et des orchestrations emphatiques me semble loin du faux minimalisme de ses précédentes productions. Je me console en me disant que c’est le premier single, et qu’il est forcément plus consensuel que l’album. A l’écoute de The Big Machine ces derniers jours, je comprends que c’est un vrai tournant qu’amorce Emilie avec cet album. Certains disent qu’elle assume la filiation de Kate Bush, j’étais personnellement plus amateur de celle de Björk. Attention, The Big Machine n’est pas un mauvais album, mais les compositions sont plus denses, “riches” qu’à l’habitude. A vrai dire, le titre est fort à propos, on a l’impression qu’elle a quitté son piano et son home studio pour libérer la grosse machine. Elle s’est entourée notamment du producteur d’Arcade Fire, et ça se sent dans l’usage des cuivres. J’apprécie Arcade Fire dans son style, mais la trompette ne sied guère à l’univers que s’était construit Emilie Simon. Il est aussi bon que les précédents, mais musicalement, l’album me touche moins. Il conserve néanmoins une cohérence réelle, une ligne directrice qui n’en fait pas une simple compilation de titres, et c’est un plaisir de l’écouter et le réécouter dans son intégralité plutôt que d’aller dans la segmentation comme on le fait de plus en plus chez d’autres artistes.

L’album est déjà disponible sur iTunes depuis quelques jours, je l’écoute sur ma part sur Spotify… avant d’acheter le vinyle lundi… et j’irai sûrement la voir à Nantes et/ou à Caen.

On pouvait difficilement rester insensible à la musique d’Emilie, à ses performances multi-instruments, à son charme certain. Pour des raisons que je n’exposerai pas ici, la sortie de cet album est difficile pour Émilie, et difficile aussi à chroniquer objectivement pour des gens qui comme moi ont suivi son parcours avec grand intérêt depuis plus de 6 ans, et qui sont forcément affectés eux aussi par ce qui l’affecte. La musique véhicule des émotions, et les musiques d’Emilie savent nous toucher et nous extirper des larmes (oui, même à des grands gaillards comme moi) comme peu en sont capables, rien que par la richesse de ses compositions. Je me joins avec sincérité, aux nombreuses personnes qui se sentent redevables envers elle par l’émotion qu’elle nous a procurée, pour la soutenir dans cette période difficile.