Alors voilà ce qu’on pourrait décrire comme un post prétentieux, car comme beaucoup de gens dans la monde de la musique (à vrai dire plus dans le monde des start-ups que dans celui de la musique), je vais y énoncer ma vision de comment vendre la musique dans les années à venir… alors que je n’ai aucune formation “commerciale” et que ce n’est même pas mon activité principale (juste un “hobby” très prenant depuis 10/15 ans). Comme le disait Borey Sok dans une conférence musique 2.0 il y a peu, comment vendre quelque chose qu’on peut se procurer gratuitement ?. D’autant plus lorsque le gratuit peut aussi être “légal” (la portée de ce terme étant discutable), mais que ces modèles ne permettent pas le financement comme les modèles physiques ? D’autant plus qu’on rentre dans une période de crise qui annonce de nombreuses coupes de plan media, là où la publicité est déjà le seul moteur de financement.
J’ai lancé un système de radio à la carte qui bâtissait sa programmation selon vos goûts musicaux en 2000, Kioskradio. Le site a disparu en 2001 pour des conditions économiques – les miennes puisque je sortais tout juste de l’école – et celles du marché – en pleine bulle Internet – mais il a été repris depuis par Last.FM en 2003 et les Smart Radios de Deezer en 2008 pour prendre les exemples les plus connus dans notre cher pays.
J’ai lancé en 2004/2005 un service de téléchargement de musique en MP3 100% sans DRM, avec vente directe, NeoMusicStore, qui s’avère être encore relativement unique dans sa philosophie (vente directe, pas de rétention pendant des mois des dûs aux artistes/labels, liberté totale de prix et de produits, etc)
2008 aura été l’année terrible du produit musique (avec la story Qtrax au MIDEM comme premier épisode) justement en montrant par de nombreuses initiatives qu’il ne s’agissait que d’un produit, qu’on vous vend soit contre de la publicité (ou temps de cerveau disponible comme je me plais à le paraphraser), soit dans un abonnement package avec votre fournisseur d’accès, soit comme un moyen de spéculation, soit comme cadeau Bonux. Bref, la musique devient de plus en plus accessoire de la vente d’autre chose, et la création… ça devient juste un gros mot qu’il ne faut surtout pas évoquer dans les rencontres avec les “décideurs” (à remplacer par investisseurs, marketeurs ou faiseurs de tendances) du secteur.
Après avoir pris le pouls de tout ce qui se fait, et surtout de toutes ces dérives, je pense qu’il faut remettre en avant la création, et comme d’autres, je pense qu’il y a beaucoup de créateurs qui s’ignorent derrière ceux qui aiment la musique pour autre chose que du remplissage de disque dur. Je lance en 2008, dans ce qui est une des plus grandes nouveautés de NeoMusicStore v3 (dont je ne peux malheureusement pas encore donner la date de sortie, même si j’espère que ce sera également en 2008) ce que je pense être l’avenir de la vente de musique en tant que création.
C’est un postulat ambitieux, mais ce n’est pas mon premier dans la musique, qui est celui de croire qu’au-delà du non-DRM (qui n’est finalement que la base de ce qu’on attend du “produit musique”, pas non plus une révolution comme on tend à nous le faire croire), il y a autre chose qui peut intéresser les mélomanes et artistes en herbe, c’est de pouvoir participer à la création. Mais, pas participer à la création en “votant” (comme des années de Star Academy et des millions de SMS “nous” ont éduqué), et tant pis si notre vote ne représente pas la majorité, mais en partant du travail – fini – d’un artiste pour lui insuffler notre propre personnalité et ensuite la partager avec ses propres amis, son propre public. Il existe aujourd’hui pléthore d’outils simples qui permettent de composer soit même de la musique, d’un simple GarageBand à un Ableton Live. De nombreux artistes en électronique se sont faits par exemple connaître du grand public grâce à UN remix. Il existe des masters, sur de nouveaux morceaux, mais surtout sur le back catalogue qu’on n’exploite pas comme on pourrait le faire à l’heure de l’instantanéité. Il est temps de proposer ces masters comme la création de l’artiste, et en tant que tel, les vendre à un tarif premium, au-delà du 1 Euro syndical ou des 8% de recettes publicitaires. Il est temps aussi de considérer l’internaute comme autre chose qu’un pirate… ou alors si, comme un pirate dans le genre bootleggeur qui va savoir apporter une dose de création dans la musique qu’il télécharge. Et lui donner la liberté lui-même de diffuser ses créations dérivées.
Je partais du principe qu’un artiste qui propose sa musique sous ce format devrait accepter non seulement d’être remixé, mais aussi que ses remixes soient mis en vente (tout en gardant les droits de sa diffusion), j’ai compris avec mes échanges avec plusieurs artistes (et notamment ceux de renom), que c’était un point qui pouvait déranger, au moins dans un premier temps, parce que ce serait cautionner en quelque sorte que son travail soit dévalorisé. Je pense que lorsque la co-création (Salut Alban
) sera bien rentrée dans les moeurs, on fera bien le distingo entre l’oeuvre originale et son remix (je pense que c’est déjà le cas pour tous les “consommateurs de remixes” actuels) et que la “caution” n’existera plus dès lors que ce sera acquis que la “création” n’est pas celle de l’artiste original.
Ca se passe ici (EPK disponible): http://remix.me et sur Twitter