Archive pour la catégorie ‘Business’

iLike revendu 20M$ après avoir levé 16.5M$ et en étant profitable…

C’est une mauvaise nouvelle pour toutes les start-ups dans le domaine de la musique qui comptaient faire péter leur tirelire lors d’une revente (et j’en connais un paquet rien qu’en France), iLike, société qui a plus de 7 ans et l’un des rares services profitables du secteur (pour ne pas dire le seul avec iTunes, Beatport et eMusic parmi les majeurs) n’aurait été revendue que 20M$, au plus offrant de MySpace, Facebook et Amazon, le meilleur offrant étant le premier cité. Cela veut dire qu’une société, même bénéficiaire, dans le domaine de la musique, n’aura reçu qu’un premium de 20% par rapport aux investissements consentis depuis sa création, et une division par près de 3 de sa valorisation il y a encore quelques mois. Et encore, par un acteur qui a une activité certaine dans le domaine de la musique (seul Amazon, déjà actionnaire principal d’Amie Street peut encore être un prétendant à l’achat dans le domaine, et n’était visiblement pas prêt à mettre une somme aussi élevée). On est loin, très loin du rachat de Last.FM par CBS (certes les transactions sont de toutes manières rares dans le secteur). Voilà qui devrait plus que refroidir les investisseurs.

Fin du CD et de la musique enregistrée … ce qu’on peut vendre aujourd’hui

On entend souvent chez les prophètes auto-proclamés que la vente de musique enregistrée touche à sa fin, que le déclin des ventes est inexorable. Si je suis relativement d’accord avec ce fait quand on parle de la manière et des supports de vente (physiques ou numériques), je ne suis absolument pas sur la même ligne quand on dit que le live et le T-shirt (pour simplifier) permettront de compenser les ventes de la musique enregistrée. Pourtant, je pense qu’il y a aujourd’hui plusieurs moyens de vendre de la musique enregistrée ou d’autres “choses” ou “services” dans la musique… Petit tour d’horizon de que l’on peut VENDRE (mon dieu quel mot horrible !)

L’accès complet, permanent et temps réel à la musique
C’est l’accès depuis un PC, mais aussi depuis un mobile, son ensemble hifi, son auto-radio à toute la création musicale du monde. La vertu culturelle est indiscutable, mais les blocages sont nombreux. Financement, problèmes de territorialité sont les principaux freins aujourd’hui. Pourtant un service comme Spotify semble le plus proche d’y parvenir. Une version mobile (en cours) et la possibilité d’intégrer sa propre bibliothèque de musique pour compléter l’offre déjà sous licence, semblent les 2 plus grosses étapes à franchir. On peut également penser à des choses similaires, mais par niche (qui peut aller jusqu’à un artiste particulier)

Le canal contrôlé
C’est un grand fantasme de l’industrie musicale, poursuivi encore il y a peu avec les DRM, la possibilité de contrôler la distribution de la musique. Apple le fait (avec plus ou moins de succès) avec sa plateforme de distribution d’applications, et cela semble le modèle actuel que les utilisateurs sont prêts à accepter: passer par un service de distribution unique pour télécharger du contenu sur son mobile. Aujourd’hui, il n’y a guère que sur le mobile (voire l’iPhone/iPod) que cela soit possible. Si aujourd’hui l’application mobile est utilisée comme moyen de promotion (y compris dans les applications développées par NeoMusicStore), elle ne l’est pas encore beaucoup pour distribuer du contenu payant, au-delà du lien vers l’achat sur iTunes (ce qui est déjà pas mal). The album is dead, long live the app

La prolongation de l’expérience du live
La plupart des concerts sont actuellement enregistrés, au moins en audio. Qu’en fait-on ? Rarement quelque chose, si ce n’est une cession à un media contre licence d’exploitation. Pourquoi dès lors ne pas systématiser l’enregistrement, et proposer sa vente, et ce pour chacune des performances ? C’est aisé à faire et pourtant aujourd’hui, très peu d’artistes le font. Dans ma bibliothèque personnelle, je ne recense qu’un groupe (les Pixies) dont j’ai acheté la performance ainsi. Sachant que le groupe proposait l’intégralité de sa tournée à la vente, ceux se rendant aux concerts peuvent au choix acheter le concert auquel ils ont assisté, mais aussi d’autres si le tracklisting est complètement différent: cas d’un artiste comme Nine Inch Nails… qui bien qu’avant-gardiste ne propose pas (encore ?) sa dernère tournée Wave au téléchargement. Je serais pourtant client si le live de Nîmes et un autre comprenant des titres que j’apprécie mais qu’il n’a pas joué ce soir-là. Attention à ne pas être trop gourmand comme on l’a été sur les lives en CD. Il s’agit là d’un prolongement, ou au contraire d’une incitation à aller voir l’artiste en concert. Au-dessus de 8$/6€, le prix est probablement trop élevé. La video, en live comme à la demande, peut également faire partie du package. Pour l’avoir expérimenté, je sais que des solutions existent désormais pour faire du streaming et du on-demand, payants, assez facilement sur PC comme sur mobile.

Vendre du lien social
Quand Joachim Garraud propose sur son site un album “à la carte” en vente directe, il propose non seulement sa musique, mais il propose un lien social. D’abord, parce qu’il laisse chacun libre de créer son propre album comme il l’entend, ensuite parce que l’internaute est presque dans l’acte de don (puisque les titres sont disponibles en piratage). Aujourd’hui, on sait vendre de manière froide sa musique via un agrégateur, une plateforme généraliste, qu’on soit un artiste reconnu ou confidentiel, on peut même être fier d’y être en rayon, mais on ne sait que trop rarement vendre ce lien social, pourtant primordial car seul garant d’une pérennité par l’attachement de l’acheteur à l’artiste. Vendre en direct est un moyen de conforter ce lien social, mais collecter les emails pour offrir du contenu exclusif en est également un ou bâtir une relation entre les fans eux-mêmes ne sont pas non plus à négliger.

Vendre la démarche ou le matériel artistique
Imogen Heap est l’exemple-type de l’artiste qui implique son public dans tout le processus artistique et promotionnel de ses créations (cf The New Music Business Model: Imogen Heap), Nine Inch Nails implique les musiciens amateurs parmi son public à le remixer, certains autres vendent des cours. Tout le public n’est pas enclin à acheter des produits liés à la musique, mais un public de passionnés est prêt à acheter beaucoup plus qu’un CD et du merchandising, pour peu qu’il y trouve un intérêt pas uniquement gadget (cas malheureusement de nombreuses idées dans la musique).

Tout ceci constitue des pistes de recherche déjà expérimentées sur NeoMusicStore, et qui devraient recevoir un écho de plus en plus favorable au gré des désillusions probables de l’industrie (et ni Cocktail, ni CMX, nouveaux supports attendus ne me laissent présager qu’il en soit autrement). Les précurseurs comme Nine Inch Nails n’auront pas attendu pour déjà dégager des millions de dollars de recettes en sachant se réinventer eux-mêmes, démontrant par la même qu’il n’y a pas crise de l’industrie mais méconnaissance de son “marché” (encore un gros mot).

Beatport et ses exclus, meilleure manière de promouvoir le piratage ? L’exemple avec Paul Ritch

Paul Ritch Carrrrramba Monkey mix dans Google

L’un des derniers titres de Paul Ritch, Carrrrramba (Monkey mix) est parmi les meilleures ventes de la plateforme américaine, et pourtant il y a de grandes chances que le titre soit largement piraté… Analyse sur le pourquoi et le comment:
1° Le titre est en exclusivité sur Beatport
2° Beatport est très mauvais en SEO (Search Engine Optimization)
3° Le titre n’est proposé à la vente ni sur le site de l’artiste, ni sur le site du label
4° Google indexe les sites pertinents sur une expression donnée. Les sites pertinents sur cette expression sont dans l’ordre: site de l’artiste, site du label, MySpace de l’artiste, MySpace du label, sites de vente en ligne, autres sites

L’équation 1+2+3+4 fait que ce sont les téléchargements illégaux qui arrivent en top des recherches dans Google !!!

Le pire dans l’histoire, c’est que beatport s’enorgueille d’avoir des exclusivités, et que les artistes et labels croient que ça puisse leur être bénéfique !

Pour ceux qui veulent acheter cet excellent titre, le lien est ici (je n’encourage pas Beatport, mais l’artiste)

Zimbalam, dernière tireuse à la française en date de la longue traîne

MyMajorCompany d’un côté, Tunecore de l’autre, les agrégateurs traditionnels comme Wild Palms ou Believe ont la vie dure. D’un côté un business model qui permet de se concentrer sur le plus vendeur, de déporter le risque financier sur les internautes, et donc de rationnaliser à maxima financièrement. De l’autre, un service qui ne facture plus du tout à la commission, mais uniquement à la mise en ligne pour un coût dérisoire, et sans demande d’exclusivité. Comment dès lors exister quand on prend des commissions élevées (30% minimum), et qu’on impose des conditions contractuelles très dures (paiements différés, exclusivité longue) ?
On lance un service sous un autre nom, en l’occurrence Zimbalam
.”Parce que tous les artistes ont le droit d’exister et de rester libres”
C’est ainsi que Believe annonce son service sur son blog. Le même Believe se félicitait il y a quelques temps de faire une sélection “drastique” des artistes en portefeuille. Jadis, il portait au pilori les services rémunérés par la publicité. Au lancement de NeoMusicStore en janvier 2005, il me proposait dans ses bureaux la fourniture d’un catalogue d’un million de titres (sic). Aujourd’hui, la société ouvre un service pour tous les artistes.
Sous condition. Ou plutôt sous conditions.
Les conditions ?

Toucher 90% des revenus… mais payer des frais d’inscription de 20€ pour un single et 30€ pour un album

La longue traîne et l’agrégation de nombreuses petites sommes qui la composent vit donc encore. Mais en 2009, cela prend moins, et l’interprétation ironique du contrat par Mesyc sur les forums d’Audiofanzine fait plus grincer des dents que sourire

Wormee… deuxième test (ou pas)

Je vous avais promis de reparler de Wormee plus tard, une fois le service réellement ouvert. Mais je dois dire que je n’ai pas grand chose à dire. Le service n’apporte rien de différenciant par rapport à l’offre française Deezer et Jiwa, et accuse encore un retard conséquent en matière de catalogue. On annonçait une focalisation sur l’éditorial et le social; l’éditorial me semble relativement pauvre aujourd’hui (il suffit de voir la playlist de l’été pour se dire que les personnes qui en sont en charge ont quelques trains de retard) et faute de masse critique, le social est inexistant. Bref, je n’ai même pas envie de m’y attarder… préférant accumuler les playlists dans Spotify (à tel point qu’il faudrait qu’ils implémentent une recherche dans les playlists en plus du catalogue pour mon usage). La grosse difficulté pour Wormee, c’est bel et bien Spotify, qui fait un buzz terrible sans aucun moyen dans les pages de la presse hi-tech, comme chez les blogueurs et les analystes qui (comme moi, Andrew Dubber, Philippe Astor), ne trouvaient pas leur bonheur jusqu’ici en la matière et en font aujourd’hui l’application la plus utilisée sur leur PC (ou Mac :p). Preuve est que les moyens ne suffisent pas pour imposer un service. Bien entendu, il ne faut pas enterrer tout de suite Wormee qui est à peine né… mais il ne faudrait pas qu’il connaisse le même sort que Pikeo (dont j’ai eu du mal à retrouver le nom c’est dire) pour les photos… Il est difficile de rentrer sur un marché où un (ou des) acteur s’est déjà imposé, si on n’apporte pas quelque chose de vraiment disruptif, plus que des améliorations cosmétiques.