Jonathan Benassaya, l’homme qui faisait des avances aux majors
Voilà, c’est fait, Spotify l’a tuer. Le PDG de Blogmusik, éditeur de Deezer, s’est fait virer mettre à l’écart par ses actionnaires, et il a semble-t’il été l’un des derniers à l’apprendre. Jonathan Benassaya était apparu sur les écrans TV il y a 2 ans et demi en annonçant qu’il allait sauver l’industrie de la musique. Dès lors, et comme toute société qui part de ce postulat, il avait perdu à mes yeux toute légitimité dans ce secteur. Langage double populiste: les majors sont méchantes, mais en même temps il leur fait les yeux doux car il ne peut/veut pas faire un Deezer sans leur catalogue qui en est la substance première. Langage double sur la rémunération, puisque les artistes sont une nouvelle fois les dindons de la farce, et que les fondateurs et les majors s’en mettent plein les fouilles. Ceux qui voient en Deezer un acteur français innovant en matière de musique n’auront probablement pas connu RadioBlog ou … Kioskradio. Ceux qui voient en Deezer un acteur respectueux des artistes (comme le disait presque la précédente Ministre de la Culture), sont probablement ceux qui trouvent que la musique est toujours trop chère, quel que soit son prix.
Le modèle économique
C’est plutôt de l’absence de modèle économique dont il faudrait parler. Je me demande encore aujourd’hui comment une société peut lever autant de fonds alors que les exemples de réussite dans le domaine sont inexistants, comme les perspectives à l’heure où on écrit la balance des charges et recettes attendues. Je ne connais aucun service qui fasse de la marge bénéficiaire sur sa seule activité musicale (pas même Apple). Deezer s’est lancé sur la promesse d’un financement par la seule publicité. Si publicité il y a bien sur le site, les annonceurs n’y trouvent pas leur compte pour la simple raison que le site est rarement en avant-plan pour les internautes. Le site a progressivement ajouté l’obligation de s’inscrire (ce qui lui permet d’avoir une base de données plus large, mais des informations de plus en plus souvent inexactes), puis une version premium, largement au-dessous de ce qui existait déjà sur le marché. Bref, le modèle économique de Deezer est de perdre de l’argent, et même avec une nouvelle équipe dirigeante, il faudrait revoir les fondamentaux pour en gagner.
La faute aux majors ?
C’est la réponse facile, que ne manqueront pas d’avancer les analystes en herbe du marché de la musique en ligne (et dieu sait s’il y en a un paquet). Il faudrait être stupide pour dire cela, car personne n’a jamais obligé Deezer à licencier le catalogue des majors. Sauf que Deezer sans le catalogue des majors n’aurait jamais atteint une telle popularité. Un contrat est signé entre 2 parties. Les majors ont raison de demander beaucoup si elles peuvent l’obtenir, d’autant que Deezer n’est pas la première société, ni la dernière, à avoir reçu un financement qui passe directement de la poche des actionnaires à celle des majors.