Route du rock 2010, compte-rendu

En fond sonore de l’article, la playlist du festival (les liens vers les albums de Martina plus bas sont pas mal aussi)
Les premiers noms annoncés pour la Route du Rock n’avaient pas suscité beaucoup d’intérêt autour de moi pour cette 20ème édition, alors que d’emblée elle me semblait personnellement relevée. Bizarrement, à l’arrivée, tout le monde s’accordait sur le fait que c’était une des meilleures affiches de la Route du Rock. Après deux festivals à l’ambiance survoltée en Pologne et Allemagne, le week-end au fort (avec une audience peu vigoureuse) s’annonçait comme un moyen de se poser pour écouter ou réécouter des groupes dans de meilleures conditions (une seule scène, “à taille humaine” comme il est de bon aloi de dire) que par le passé (notamment The National, Foals, Serena Maneesh, Two Door Cinema Club et Massive Attack). Une météo indigne d’un mois d’août tout le week-end m’aura fait me concentrer sur le Fort Saint-Père, qui à lui seul concentrait pas mal des pépites (bien qu’un crochet pour voir la chanteuse de Mazziestar – et de biens d’autres featuring – ne m’aurait pas déplu)

Arrivée sous un temps relativement clément vendredi, Dum Dum Girls et leurs remarquables collants finissent malheureusement leur prestation. Trop tard pour être juge. A la Route du Rock, presque tout le monde est fan d’Arcade Fire (et donc regrette qu’ils n’aient pas encore été alignés sur la programmation). Je ne suis pas du même avis, et même si la qualité de leurs productions est indéniable, l’étiquette “a fait partie d’Arcade Fire” que porte Owen Pallett n’est pas pour moi garante de qualité ni de critique favorable à coup sûr (cf le flonflon sur The Big Machine). On me suggère Andrew Bird, et c’est vrai que la ressemblance est forte, le violoniste ne démérite pas, c’est certain, on classera sa prestation parmi les “inévitables concerts paisibles qu’on écoute volontiers en fond à la RdR” :) . Yann Tiersen, un Rennais qui fait beaucoup parler de lui, en France et à l’étranger, et que – (énorme) honte à moi – je n’avais pas encore eu l’occasion de voir en concert. En préalable à la sortie de son nouvel album Dust Lane sur Mute/Naïve, il est venu présenter une “création”, terme qui suscite généralement la méfiance chez moi car elle associe parfois des univers totalement différents sans réelle cohésion. Mais le musicien est habitué aux collaborations, et n’hésite pas en live, à être là où on ne l’attend pas. “Il ne joue même pas la valse d’Amélie”. Si il l’a fait, mais tellement réarrangée que seuls les plus avisés comme moi l’ont reconnue :p Point d’orchestration douce donc, bizarremment, les moments les plus calmes seront sur un titre aux paroles explicites (“Fuck me fuck me, make me come again”). On annonçait un set noisy, effectivement, il en avait quelques accents (on côtoiera d’ailleurs l’artiste plus tard pendant le set de Serena Maneesh que l’on peut classer dans le genre), mais il était autrement plus digeste que ceux des figures du genre. Ni enchantement (comme aurait certainement pu le provoquer, chez la gent féminine en tout cas, la reprise de ses “movie scores”), ni déception, mais un agréable moment partagé avec un artiste toujours prêt à se remettre en question, malgré la relative discrétion de ses accompagnants. The Black Angels étaient très attendus par certains de mes proches fans de rock psyché et noisy. Pas déplaisant, mais pas non plus très engageant. Je ne peux que constater de plus en plus qu’il me faut un groove, dans le rock, pour apprécier pleinement un live. Même si la soirée de Dimanche me prouvera le contraire. Dommage que d’autres “Black” (Keys) n’aient pas fait partie du line-up, les revoir m’aurait autrement plus exalté. Classés “post-punk”, les Liars ne manquent pas d’énergie, mais manquent également de ce groove qu’on peut trouver chez Foals, Gossip ou d’autres. La prestation n’est pas mauvaise, mais me laisse une fois de plus de marbre. Exactement ce que certains de mes followers/ing depuis leur PC reprochent au public aussi. C’est vrai qu’il n’y a pas encore l’excuse d’être englué dans la boue :) . Caribou, à l’instar de Fuck Buttons, fait partie de ces “groupes électros qui veulent faire de la scène comme un groupe rock”, encensés par la critique hype rock pour des raisons qui m’échappent vraiment. Et comme pour Fuck Buttons, je ressens la même impression d’à peu près, de volonté de faire de l’électro avec des recettes du rock, là où un journaliste des Inrocks qualifie le set de “presque rave”. On dira que ça fait juste 10 ans qu’il n’a pas mis les pieds dans une rave ou un festival électronique pour sortir une telle ânerie. Moi je trouve leur électro cheap, sans progression, foutraque. A part n’avoir une vision de l’electro limitée au pauvre catalogue des majors, j’ai du mal à voir ça autrement que du sous Dominik Eulberg, Traum, Trapez, Border Community … Etc. Alors bien sûr, ça fait dodeliner de la tête ou taper du pied, parfois. Je concède que cela puisse être beaucoup déjà pour certains peu coutumiers du fait.

Martina Topley Bird m’avait déjà séduit avec Maxinquaye et Nearly God pour le compte de Tricky, mais également sur ses 2 albums solos. La relecture de certains de ses titres plus quelques nouveaux m’avaient ravi aux Eurockéennes, je ne manquais donc pas de dire à mon entourage de ne surtout pas la manquer, malgré son heure (trop) avancée. Eh bien, j’ai raté moi-même une grande partie, malgré un départ en temps et en heure, faute aux inciviques qui voulaient gratter la file de voiture vers les parkings (dont une partie j’imagine se fichait d’ailleurs de MTB). Malgré le déluge pendant son concert (pourtant seule pluie de la soirée), le public présent semble conquis aux applaudissements entendus en fin de prestation. The Hundred in The Hands m’est totalement inconnu, il paraîtrait pourtant que c’est hype. Avec Warp comme étiquette, ça aide en général à être classé dans ladite catégorie. Amusant qu’un label à l’origine électro soit désormais hype dans l’”intelligentsia pop rock”, et quasiment marginal en électro. Hype pas forcément méritée à l’écoute, mais une bonne découverte malgré tout, avec des ritournelles électro-pop qui égaieront la pause alimentaire :D . Autre groupe “hypeux”, Foals a pour lui un public déjà conquis. Son principal atout, sa capacité avec de bonnes lignes de basse à vous faire vous trémousser. Quand le groupe décide volontairement de changer cette formule, il perd aussi – à mes yeux – de son intérêt pour redevenir un groupe de pop comme les autres. Etrangement un titre phare comme “Hummer” n’est même pas dans la setlist. Pas plus que “Unfinished sympathy” dans celle de Massive Attack qui se contente – fait rare – d’un seul titre en “Encore”, Atlas Air. Titre qui valait jusqu’ici seul le coup, tant l’interprétation live en faisait un “massive track”, très hypnotique. Et là, grosse déception, version short réinterprétée, il en perd toute sa saveur. On ne pouvait attendre un aussi beau concert qu’à Nantes, mais la prestation m’a semblé en deçà de celle des Eurockéennes. Bon, on a quand même l’avantage de la proximité, et les amateurs de Massive Attack de la première heure (recrutés avec Blue Lines ou Protection) n’ont semblent-ils pas boudé leur plaisir pour autant. Il n’y a que des überusers de Twitter pour cela qui peuvent sortir des bêtises comme “la musique a besoin de chant pour la musicalité”. Ceux qui trouvaient Massive Attack trop froid ne semblent pas changer d’avis non plus, le fait que le concert soit millimétré plaide en leur défaveur sur cet aspect. Tant pis si la musique de MA ne leur a jamais fait hérisser les poils. Quand rétrospectivement on repense au set de Caribou, on se dit qu’on est quand même dans une autre dimension sur la richesse des structures musicales avec le groupe de Bristol. Après ce qui a quand même pour beaucoup été le climax de la soirée, les Two Door Cinema Club sont parvenus à conserver une bonne partie du public aux abords de la scène, avec une electro-pop non prétentieuse mais efficace. “Crédit Agricole” est le titre qui a le plus de succès comme je peux lire sur le hashtag #routedurock . We Have Band joue face à un public mitigé, avec une frange qui apprécie les références 80′s et ne demande qu’à continuer à remuer son popotin, et une autre, dont je fais partie, qui trouve cela plutôt indigeste [NDR: désolé Z.])

Le dimanche soir représentait pour moi un peu le jour de “relaxe”, avec une programmation qui sur le papier, bien que séduisante, ne m’excitait guère plus que cela. Ce n’est donc que tardivement que j’arrive au Fort Saint-Père, avec un concert d’Archie Bronson Outfit déjà bien entamé. Pas si mal que ça au demeurant. J’avais déjà pu entrevoir Serena Maneesh aux Eurockéennes, mais n’avais pas insisté car je savais (comme pour Foals), que j’aurais tout le loisir de les voir à Saint-Malo. Je ne suis pas client du genre, et je dois dire que “j’attends que ça se passe”, prosaïquement. Je n’avais pas assisté à la prestation de The National en 2005, j’avais un souvenir d’un concert qui ne m’avait pas franchement enthousiasmé en 2007 aux Transmusicales alors qu’en fait, après vérification c’était déjà à la Route du Rock que je les avais vus (dans une soirée où je me souviens pourtant très bien avoir vu Elvis Perkins, Justice, Herman Düne et Art Brut, bizarrement), bref, pas de souvenir transcendant alors que la critique qui compte (celle qui influence une partie de la presse musicale) se confondait en louanges. Je disais même à des amis barmen bénévoles avant qu’ils ne commencent que je m’attendais à un concert “chiant” . Et pourtant, en ce dimanche soir, ils m’auront presque transporté, avec un son, qui n’a pourtant ni grande énergie, ni groove. J’aime(ais) beaucoup les Tindersticks, ou Rodolphe Burger/Kat Onoma dont ils sont relativement proches, dans le minimalisme et le soin apporté aux mélodies, mais largement moins downtempo et crooner. Subtilité et richesse sont les mots qui me viennent à l’esprit pour décrire leur musique. Assurément, je n’en aurai pas un souvenir distant lorsqu’il faudra évoquer plus tard cette soirée. Je ne connaissais pas l’extravagance des Flaming Lips sur scène. Entrée sur scène en sortant d’un “vagin en LED clignotantes”, ballons, confettis et guirlandes, déguisements de mauvais goût, “figurants danseurs”, le groupe ne lésine pas sur les moyens sur le plan visuel. On en oublie forcément la musique, qui n’est pas exceptionnelle non plus. On s’apitoie sur le sort du chanteur qui peine à faire sortir le public de l’immobilisme malgré tous les frous-frous (quand on est snob, réputation de l’audience du festival, on ne se manifeste pas beaucoup physiquement). J’en fais partie parce que je n’accroche pas au son, contrairement aux Sigur Ros dans le même genre (un peu moins exacerbés néanmoins) vus ici. La conclusion était donnée aux Rapture, qui n’ont pas manqué de saluer les groupes qui les avaient précédé en leur souhaitant de devenir une tête d’affiche comme eux (même au second degré, j’suis pas sûr que ce genre de remarque soit la bienvenue dans un festival). Comme la presse pop/rock aime à s’éprendre de choses électros pas si énormes que cela, la presse électro s’intéresse à des formations “type rock” qui ont du mal à convaincre sur la durée. Ce que j’en ai vu ressemblait beaucoup à ce que j’en ai entendu sur disque, il est indéniable qu’ils ont un savoir-faire pour faire bouger le public, mais rien qui ne me décidera à rester jusqu’à la fin de leur concert. Etienne Jaumet annoncé en “after badgés” était tentant (malgré la prévisible promiscuité de cuités), mais la perspective de devoir me lever à 8h (ce sera en fait à 10 :-S) m’en a dissuadé :)

Une édition moins grise-mine que le ciel au final, récompensée par une affluence réelle malgré les conditions. Il y a tout lieu d’être satisfait de la collection Automne de la Route du Rock :)

Les lives d’ArteLiveWeb
Review des Inrocks, pas franchement dans le même ton, mais avec plein d’adjectifs dedans
Report d’une Roukine en bottes trendy
La Route du Rock, vue par qqn qui n’y était pas :)

2 réponses à to “Route du rock 2010, compte-rendu”

  • C’est bizarre mais j’ai l’impression de m’être faite méga quotée ;)

  • Hmm faut pas prendre tout personnellement, y’a guère que la valse :) D’après mes investigations ce jour, presque personne n’avait remarqué qu’il l’avait jouée d’où ma remarque immodeste. Faut que je fasse attention, on m’a dit que j’étais sévère en revanche envers les autres commentateurs :)