This is it… Pourquoi j’arrête la vente de digital pour tous sur NeoMusicStore
La vente directe a vécu. Ou plutôt n’a jamais vraiment existé. Si j’ai longtemps été convaincu (et le reste) que la vente directe est plus profitable à un artiste ou label, force est de constater que le marché du numérique ne s’est jamais vraiment orienté vers cela. Poids des traditions de distribution, les “agrégateurs” – que certains observateurs de la musique sans rien connaître à la musique appellent “labels” – ont remplacé les distributeurs indépendants dans la filière indépendante qui avait pourtant tout à gagner d’une redistribution des cartes. Au final, j’ai l’impression en 2010, et depuis quelques années déjà que les indés sont plus suivistes des majors (en appliquant les mêmes recettes, avec du retard qui plus est) qu’innovateurs comme ils pouvaient l’être au début des années 2000.
Aujourd’hui, de nombreux labels pensent que c’est encore la meilleure stratégie que d’être présent sur tous les stores. De nombreux artistes pensent qu’être disponible sur un store suffit à être vendu comme cela pouvait l’être à l’époque de la présence dans les bacs de disques (et encore). De nombreux acteurs pensent qu’il faut être sur Deezer ou les sites sans réalité économique pour les artistes, “pour la promotion” (c’est sûr que c’est l’usage premier pour les gens qui vont un site de musique à la DEMANDE, découvrir des choses qu’ils ne connaissent pas). Une étude est sortie récemment pour montrer qu’il fallait environ 50000 écoutes sur un site de streaming pour gagner autant qu’une vente directe d’un titre. Dans le même temps, ces sites récupèrent 50000 emails donc. 50000 emails de gens qui écoutent votre musique valent bien plus, à long terme, qu’une vente. Le contact direct (et la vente directe) permettent, surtout pour des artistes en développement de constituer une communauté autour d’un artiste, ce que ne permettront jamais une multitude de sites qui streament ou vendent de la musique, qui gardent ces informations pour eux (dans le vain espoir de le vendre à des annonceurs ou à Google).
J’ai été contacté à plusieurs reprises par des agrégateurs (dès le lancement du site), qui m’ont promis monts et merveilles (un catalogue d’1 million de titres – qu’ils n’avaient pas – pour le plus abject d’entre eux), mais n’ai guère trouvé (si ce n’est pour proposer la même chose que les autres) d’intérêt à lister des pages de contenu dont tout le monde se fiche de la visibilité (car il s’agit bien de cela). Pourquoi ? Parce que les agrégateurs comme les autres savent que 70% du marché du téléchargement est sur iTunes, et que c’est la seule visibilité intéressante (mais difficile à obtenir). Néanmoins, ils ne sont pas avares en promotion sur d’autres sites et services qui n’apportent strictement rien, histoire de justifier leur rôle auprès des artistes et labels qu’ils n’arrivent pas à placer sur iTunes.
Je n’ai jamais voulu proposer de publicité car je pense qu’on ne doit pas vendre du temps de cerveau disponible quand on considère la musique autrement qu’un produit d’appel. La musique n’a jamais été pour moi un produit de consommation avant toute chose, ceux qui pensent que ça l’est sont libres de mettre leur musique sur ces sites. Je n’ai jamais voulu mettre le catalogue d’une quelconque major, non seulement parce que je considère que passé leur travail de publishing et de ventes de produits consommables, elles n’ont plus aucune existence aujourd’hui sur la scène musicale mais aussi parce je n’ai jamais voulu devenir dépendant d’actionnaires.
Soyons honnête, la vente par téléchargement à 1 Euros ou moins ne fait gagner d’argent à personne si ce n’est aux banques. Que ce soit sur iTunes, sur eMusic, ou sur NeoMusicStore. Le coût de gestion et de maintenance est trop élevé, ce qui fait que les seuls stores qui gagnent de l’argent sont ceux qui vendent autre choses que de la musique en téléchargement (sonneries, jeux, applications, baladeurs et téléphones, …) ou la vendent plus cher (1,50 à 3 Euros)
Est-ce la fin de NeoMusicStore ? Non.
J’ai toujours fait cela par passion et ne souhaite plus en faire que cela. Je vais donc désormais proposer la solution aux gens avec lesquels j’ai envie de travailler, et seulement à eux, comme je le faisais aux débuts du service. Solution de promotions (applications iPhone, agrégation de contenus online, intégration sur pages webs), solution de distribution (vente et paiement directs), solution de tracking (voir quels sont les meilleurs référents, influenceurs), services originaux (Remix.me)… Les artistes et labels actuellement inscrits sont invités à se rendre dans leur back office pour obtenir le solde de leurs ventes, pour les opérations pour lesquelles ils ne recevaient pas le paiement en direct.
Je pense que cette décision est très judicieuse. Se positionner comme Topspin me paraît être la meilleure solution pour être utile aux artistes et aux labels. On a besoin d’outils pour gérer un fanbase, vendre en direct, d’analyser ses ventes, ses faiblesses, etc… Nous vendons 15 fois plus en direct depuis notre site que sur iTunes. Et nous vendons 10 fois plus de CD lors de concerts que ce iTunes nous rapporte. Et iTunes, c’est bel et bien le seul magasin en ligne qui nous rapporte de l’argent. Spotify, last.fm, rhapsody, etc… c’est risible. Ca nous coûte plus cher de mettre notre musique sur la plupart de ces plateformes que ce que ça nous rapporte, alors que Bandcamp est complètement gratuit et nous permet de vendre en direct avec des stats, etc…
Aujourd’hui, avec bandcamp, paypal, mailchimp, vimeo, soundcloud, google analytics, on peut pas mal se débrouiller mais une solution qui réunit tous ses éléments dans un compte unique serait très intéressant. C’est ce que vous allez proposer ici ?
@Andy : Y-a-t-il des équivalents de TopSpin Media en France/Europe ??
@Sylvain : très bon article. Rationnel et idéaliste en même temps, bien joué !
@Stan A ma connaissance, non.
Sylvain,
Chaque fois que je passe sur ton site je trouve des réflexions intéressantes : thumbs up!
Je crois que tu mets le doigt où il faut : les frais bancaires sont prohibitifs et c’est malheureux d’arriver à constater que ceux qui se font le plus d’argent sur le web et en particulier dans le monde de la musique sont les banquiers…
Va falloir en revenir au troc : tu me donnes de la bande passante en installant un soft de p2p qui me permet de diffuser mes concerts en live-stream (swarm) et je te passes une chansons.
Enfin c’est juste des idées… Topspin c’est effectivement la rolls mais je pense qu’il y a moyen d’utiliser des outils existants pour faire de la veille, développer une fanbase digne de ce nom et faire des connections intéressante. Industrie créative… c’est un beau mot
Suerte pour la suite!
Ton site était techniquement parfait , mais voila , sans le soutien des acteurs du marché ( blogs , journaux de musique en ligne , etc .. qui n’ont jamais parlé de ta plateforme) tu n’es rien. C’est eux aujourd’hui qui font ou défont la hype pour les indés.
Bref , je ne t’ai jamais vu sur un plateau de télé , jamais lu un article a propos de toi et ton travail dans les journaux ,etc …
Pour réussir sur le net il faut se prostituer un minimum , même si on défend certaines valeurs.
Pareil , travailler avec de gros labels , les mettre en avant sur ton site , etc …
Bref , tu n’as pas assez pensé à l’aspect hype et commercial.
Quand ma boite lance un produit , la promo c’est 50% / 60% du coût du produit. As tu mis autant dans la promo ?
La promo ne fait pas tout bien sur , mais sans comm commerciale , sans happenings , etc… sans plan de comm huilé , tu peux avoir un très bon projet comme le tien , techniquement impeccable, à part gros coup de chance la sauce ne prendra pas.
En fait rien n’à changer, il est juste plus facile de communiquer , mais un bon téléphone ne fait pas un bon orateur.
Quand au marché en lui même. Difficile d’en parler , je ne connais pas les chiffres en France mais ils doivent pas être très bon. Pour autant du monde se bouscule aux portes des festivals…