Archive pour January 2010

Jonathan Benassaya, l’homme qui faisait des avances aux majors

Voilà, c’est fait, Spotify l’a tuer. Le PDG de Blogmusik, éditeur de Deezer, s’est fait virer mettre à l’écart par ses actionnaires, et il a semble-t’il été l’un des derniers à l’apprendre. Jonathan Benassaya était apparu sur les écrans TV il y a 2 ans et demi en annonçant qu’il allait sauver l’industrie de la musique. Dès lors, et comme toute société qui part de ce postulat, il avait perdu à mes yeux toute légitimité dans ce secteur. Langage double populiste: les majors sont méchantes, mais en même temps il leur fait les yeux doux car il ne peut/veut pas faire un Deezer sans leur catalogue qui en est la substance première. Langage double sur la rémunération, puisque les artistes sont une nouvelle fois les dindons de la farce, et que les fondateurs et les majors s’en mettent plein les fouilles. Ceux qui voient en Deezer un acteur français innovant en matière de musique n’auront probablement pas connu RadioBlog ou … Kioskradio. Ceux qui voient en Deezer un acteur respectueux des artistes (comme le disait presque la précédente Ministre de la Culture), sont probablement ceux qui trouvent que la musique est toujours trop chère, quel que soit son prix.

Le modèle économique
C’est plutôt de l’absence de modèle économique dont il faudrait parler. Je me demande encore aujourd’hui comment une société peut lever autant de fonds alors que les exemples de réussite dans le domaine sont inexistants, comme les perspectives à l’heure où on écrit la balance des charges et recettes attendues. Je ne connais aucun service qui fasse de la marge bénéficiaire sur sa seule activité musicale (pas même Apple). Deezer s’est lancé sur la promesse d’un financement par la seule publicité. Si publicité il y a bien sur le site, les annonceurs n’y trouvent pas leur compte pour la simple raison que le site est rarement en avant-plan pour les internautes. Le site a progressivement ajouté l’obligation de s’inscrire (ce qui lui permet d’avoir une base de données plus large, mais des informations de plus en plus souvent inexactes), puis une version premium, largement au-dessous de ce qui existait déjà sur le marché. Bref, le modèle économique de Deezer est de perdre de l’argent, et même avec une nouvelle équipe dirigeante, il faudrait revoir les fondamentaux pour en gagner.

La faute aux majors ?
C’est la réponse facile, que ne manqueront pas d’avancer les analystes en herbe du marché de la musique en ligne (et dieu sait s’il y en a un paquet). Il faudrait être stupide pour dire cela, car personne n’a jamais obligé Deezer à licencier le catalogue des majors. Sauf que Deezer sans le catalogue des majors n’aurait jamais atteint une telle popularité. Un contrat est signé entre 2 parties. Les majors ont raison de demander beaucoup si elles peuvent l’obtenir, d’autant que Deezer n’est pas la première société, ni la dernière, à avoir reçu un financement qui passe directement de la poche des actionnaires à celle des majors.

L’histoire est bien illustrée ici

Emilie Simon @ L’Etage (Liberté Haut), Rennes, 24 janvier 2010

Je n’ai pas pour habitude d’assister à plusieurs concerts d’un artiste au cours d’une même tournée (hormis passage festivals), je ne suis pas un fan hystérique, mais le fait est que les premières dates annoncées de celle d’Emilie Simon, ne laissaient pas entrevoir d’étape à Rennes. Comme vous avez pu le lire dans un précédent post, j’avais donc pris mon billet pour l’Olympic (report ici), et même lorsque la date rennaise eût été annoncée, je maintenais ce déplacement, à l’idée qu’Emilie s’arrête à Rennes dans la pire (et pourtant chère) salle de concerts que je n’ai jamais vue, la salle du haut du Liberté. Malgré tout, admirateur de Mademoiselle Simon, il m’était impossible de renoncer à la voir, d’autant que cette date marque la fin de la 2ème partie de sa tournée française. Double ration pour une review / report / avis sur ce concert d’Emilie Simon à l’Etage à Rennes donc aussi. Vous m’en excuserez, mais avec Trent Reznor, c’est le genre d’artiste qui me donne envie de continuer mes activités musicales.

Ce compte-rendu se devait d’évoquer également la première partie, que je n’ai pas manqué cette fois. J’avais déjà entendu parler de Marie-Flore, mais ne l’avais pas encore écoutée. Les amateurs de Catpower reconnaîtront tout de suite la parenté (comme ceux de Kate Bush avaient reconnu celle avec Emilie sur son dernier album), et à moins d’être intègre ou intégriste envers l’originale, on ne peut que féliciter Emilie Simon pour ce choix. Un mini-album est disponible à la vente depuis quelques jours, les encouragements sont les bienvenus.

Rennes étant ce qu’elle est, je m’attendais à ce que le concert ne fasse pas le plein (elle ne passe pas à la TV…), contrairement à Nantes. Et si la salle n’était pas remplie, l’audience était néanmoins assez dense, à ma surprise. Et, à défaut de proximité de l’artiste, le rendu sonore est bon, c’est déjà ça. Ce qui m’a également surpris, c’est de voir des connaissances (plus ou moins vieilles) et connaissances de connaissances au concert, il faut croire que j’ai une quelconque influence :) . Tout le monde me demande ce que j’en pense forcément, en temps que “vieux de la vieille”, mais bon, je suis difficilement objectif, je n’ai jusqu’ici jamais été déçu. La setlist ne me déroutera pas, elle aura été légèrement plus complète qu’à Nantes, tous les albums sont représentés. Opium reçoit de nouveau un traitement spécifique sur le Tenori-On de Yamaha (merci aux 2 grands geeks de l’intelligentsia electro rennaise pour l’information), et Fleur de Saison comme Désert bénéficient d’une complète réinterprétation. Étrangement, c’est ce dernier titre, joué seule au piano, qui ne m’avait pourtant pas marqué jusque-là, qui me suscite le plus d’émotion (avec To The Dancers in the Rain). Mes réticences sur le dernier album avaient été levées à Nantes, ce soir je me demande encore comment j’ai pu en avoir. Si le minimalisme n’est plus réellement présent dans ses enregistrements (encore que, il suffit d’écouter ses propres remixes de Rainbow pour en démontrer le contraire), on sent qu’Emilie Simon est toujours à fleur de peau, et la maîtrise qu’elle a désormais sur scène ajoute à l’aura qu’elle a déjà su bâtir avec son public. Les garçons, les filles aussi, sont sous le charme.