Nov
05
2009

Deezer premium: après Radio.blog, Last.FM, Deezer copie Spotify

Je l’avais dit en début d’année sur un ton ironique, le concurrent principal de Deezer, celui qui l’amènerait à sa probable disparition, serait Spotify. En tout cas, si son fondateur ne prenait pas au sérieux cette “menace” en janvier dans les commentaires, la révélation aujourd’hui de Deezer Premium prouve bien le contraire. Car sur le papier (et dans le communiqué de presse copié tel quel par tous les “sites d’information”), Deezer Premium ne fait ni plus ni moins que copier le principe de Spotify… à quelques exceptions près…

1. L’application
Deezer utilise la technologie Adobe Air. L’avantage: une portabilité facile côté développement sur Mac et PC. L’inconvénient, une empreinte CPU et mémoire importantes (regardez les captures d’écran ci-jointes). Pire, dès que j’ai manipulé activement l’interface, j’ai eu plusieurs microcoupures de son.

2. La qualité audio
Je n’ai pas encore trouvé un seul titre à 320 Kbps (ceux que j’écoute sont à max 128Kbps) contrairement à ce qui est annoncé. OK, Spotify ne propose pas toute sa bibliothèque en 320Kbps à l’heure actuelle, mais même ceux qui ne le sont pas encore, sont plus écoutables que tous ceux que j’ai pu écouter dans Deezer Desktop, et ce même dans la version mobile de Spotify. Bon point néanmoins, Deezer annonce que le titre n’est pas disponible en haute qualité quand on passe sa souris sur le player (même si HQ est illuminé)

3. L’interface
L’utilisateur de Deezer ne sera pas dépaysé par l’interface de Deezer Desktop qui ne fait que recopier celle du site web (l’arbre de Noël publicitaire en moins). L’utilisateur de Spotify l’a trouvera peu réactive.

4. Le P2P
Contrairement à Spotify qui utilise le P2P pour des démarrages rapides et une moins grande consommation de bande passante (le poste n°1 des dépenses dans ce genre de services, bien devant les droits), Deezer fonctionne toujours en mode web

5. La gestion du mode connecté
Très compliquée, il faut passer, dans l’application desktop comme dans l’application mobile par les préférences. Le mode Spotify est beaucoup plus intuitif à ce niveau

6. L’utilisation “en entreprise”
Jonathan Benassaya m’avait opposé que Spotify serait compliqué à faire marcher en entreprise parce que c’est une application. En fait Spotify a marché dès le premier jour en entreprise. Ce qui n’est pas le cas de Deezer Desktop qui ne sait visiblement pas intégrer un proxy.

7. La version mobile
En 3G, le temps de chargement est long, mais je parviens à m’authentifier et lire les titres de mes playlists. Je ne parviens pas à faire fonctionner le mode non connecté pour l’instant.

8. La possibilité d’ajouter sa propre bibliothèque
C’est une chose que je reprochais à Spotify comme l’un de ses derniers manques, et Deezer le fait (certes mal) en vous proposant d’uploader votre propre musique. Je préférerais un fonctionnement à la Serato Scratch Live qui importe le contenu de votre base iTunes et ses playlists

Bref, comme toujours Deezer compte sur sa position hégémonique (en France, parce qu’ailleurs, ce n’est qu’un acteur insignifiant), son réseau (en ayant à la fois Xavier Niel comme Christine Albanel par le passé dans sa poche, ce qui n’est pas rien) pour s’imposer. Il y a eu BlogMusik qui a copié Radio.Blog, les smart radios qui ont copié Last.FM, maintenant, c’est Spotify, mais même pas “patriotisme”, je n’utiliserai pas encore ce service de sitôt. Le service n’est pas foncièrement mauvais, surtout quand la référence est le site web (mêmes inconvénients sur la lourdeur, la qualité audio, juste les publicités en moins), mais pas de quoi détourner les utilisateurs de Spotify pour l’instant. Un jour, il va bien falloir innover.
EDIT: Quelques chiffres:
L’Expansion: ” Deezer revendique 10 millions d’utilisateurs en Europe”
Challenges: “En devenant payant, Deezer prend-il le risque de perdre une grande partie de ses membres qui n’accepteront pas les intrusions publicitaires? Jonathan Benassaya estime que 10 à 15% d’entre eux devraient opter pour la formule à 4,99 euros alors que 2 à 3% choisiront celle à 9,99 euros. Cela représenterait près de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, contre 7,4 millions actuellement, dont une partie sera reversée aux majors de la musique et autres labels indépendants partenaires du site.”

Si on analyse aujourd’hui les chiffres tangibles, 10 millions d’utilisateurs apportent chacun 0,74 cents de recettes au site par an (on ne connaît pas leur coût), soit moins que l’équivalent d’achat d’un seul titre par an.

Jonathan Benassaya annonçait en mai 2008 une rentabilité pour fin 2008 avec l’offre publicitaire. Avec la formule premium, il en annonce une désormais “dès le premier semestre 2010″
Ecran d'accueil Deezer Desktop
Deezer Desktop CPU usage
Deezer Premium Memory Usage

Written by Sylvain Corvaisier in: musique |

3 Comments »

  • arizona says:

    “4. Le P2P
    Contrairement à Spotify qui utilise le P2P pour des démarrages rapides et une moins grande consommation de bande passante (le poste n°1 des dépenses dans ce genre de services, bien devant les droits), Deezer fonctionne toujours en mode web”

    Pas d’accord avec toi… les ayants droit demandent bien plus que la consommation en bande passante et il y a des minimums garanties annuels. et des contrats par territoires à negocier… la position hegenomique comme tu le dis dis de Deezer est ici une force car elle facilite la négociation et permet de rentabiliser plus facilement son service.

    Le p2p reste interressant à utiliser comme technologie mais cela n’est pas là que va se faire la différence en terme de rentabilité.

    Spotify est fabuleux à utiliser… mais j’ai un peu du mal à m’enflammer en disant que c’est la panacé sans connaitre les termes négociés avec les ayants droits et si leur Dizaine de millions d’euros ne servent pas aujoud’hui à simplement subventionner un service qui pourraient très vite régresser une fois les fonds epuisés,

    Sur le coté Deezer a copié celui-ci ou celui-là…
    1-je ne crois pas (je suis sûr) que l’on fait un site avec 10 millions d’utilisateurs simplement en copiant un autre… on fait forcément les choses differement et d’autres choses mieux… sinon radioblog serait encore là et pas fermé depuis 3 ans… last.fm? n’a pas évolué fondamentallement depuis sa création et surtout son rachat (280 millions excusez du peu) à si… ils ont fermé la diffusion sur certains pays

    2- l’innovation, l’originalité ne payent pas forcément et les idées des pionniers ne font pas le succès qui se joue sur bien des plans (organisationnels, marketing, juridique, stratégique)

    “Si on analyse aujourd’hui les chiffres tangibles, 10 millions d’utilisateurs apportent chacun 0,74 cents de recettes au site par an (on ne connaît pas leur coût), soit moins que l’équivalent d’achat d’un seul titre par an.”
    le calcul est bon et permet de fixer mieux les choses pour pas mal de gens.

  • Tu connais les tarifs de bande passante Frédéric ? Sans voir les charges de Deezer, sauf accord particulier avec les FAI pour mettre des serveurs chez eux (j’ose imaginer qu’ils le font chez Free), ça coûte très très cher. Il y a des minimums garantis pour les majors c’est certain (et l’objet d’un de mes griefs à l’encontre du clientélisme de deezer depuis le début), mais je ne pense pas que les droits soient le poste n°1 de dépenses

    Je suis d’accord qu’il ne suffit pas d’être le premier, Kioskradio existait avant Last.FM :p. Deezer est arrivé au bon moment, avec un bon communiquant (on ne peut reprocher à son dirigeant de ne pas être un bon “client” pour les medias), et un très bon partenaire. Les “early adopters” ont convaincu les autres. C’est un peu ce qui se passe en ce moment avec Spotify d’ailleurs (qui sans bénéficier d’une campagne médiatique ni politique, a une croissance exceptionnelle depuis 6 mois)

    Le chiffre des 0.74 centimes est celui qui doit effectivement intéresser à la fois les artistes sur l’opportunité d’y être, et aux investisseurs la valeur d’un membre (je serais curieux de connaître le coût mais Blogmusik ne diffuse pas ses comptes). Peu de personnes s’y intéressent dans les articles que je lis qui se contentent d’annoncer 4.99/9.99/320 comme chiffres… Mouais.

  • [...] une base de données plus large, mais des informations de plus en plus souvent inexactes), puis une version premium, largement au-dessous de ce qui existait déjà sur le marché. Bref, le modèle économique de [...]

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