Emilie Simon, the Big Machine … difficile chronique
Retour en arrière. J’ai découvert Emilie Simon un peu par hasard, puisque la société dans laquelle je travaillais à l’époque hébergeait les sites Internet d’Universal Music France, et avais pu l’écouter avant la sortie officielle du premier album. Bien que généralement peu porté par les sorties de cette maison de disques, j’y avais jeté une oreille plus qu’attentive, hallucinant même que l’album ait pu sortir chez Barclay. Au même moment, des remixes croisés avec Avril (chez F Com) sont produits (Desert remixé par Avril, The Date remixé par Emilie). Amateur de ce dernier, également bricoleur de sons par excellence, j’avais prévu de faire une interview pour DJing.com à l’occasion de sa venue sur Rennes. Et qui assurait la première partie ? Emilie Simon, qui se produisait pour la première fois sur scène (à ma connaissance), et qui était encore anonyme pour le public présent ce soir du 13 février 2003… sauf pour moi :p. Et c’est pendant ses répétitions/balances, après l’avoir croisée dans les coulisses, que j’ai finalement enregistré l’interview de Fred Avril (qui m’a dit beaucoup de bien de la miss quand je lui ai dit l’avoir tout juste découverte). Depuis comme vous pouvez le comprendre, je regrette n’avoir échangé ce jour-là qu’un timide bonjour avec cette artiste, parmi les plus respectables aujourd’hui en France. Les auteurs/compositeurs/interprètes féminines, en électronique, sont plus que rares, alors quand elles sont dans la lignée (non usurpée) de Björk, sans mimétisme pour autant, je ne peux que m’incliner, et surtout m’émouvoir. Et c’est bien le verbe qu’il faut employer quand comme moi on cherche dans la musique, véritable création et émotions. Son live ce soir-là, La Marche de l’Empereur plus tard, Végétal, … ses productions se sont succédées avec les qualités que l’on connaît. Au-delà de ses choix artistiques, l’explorateur que je suis des nouvelles façon de créer, promouvoir et vendre la musique grâce au numérique, ne peut que l’admirer quand elle quitte la ligne corporate d’Universal/Barclaysur ces points, ce qui n’a rien de facile. Et je salue (et propage l’information jusqu’à Engadget) lorsqu’elle est la première artiste à proposer/imposer le téléchargement de son album live “A l’Olympia” sans DRM
Dreamland est la première pièce issue de The Big Machine qui parvient à nos oreilles, et je dois bien l’avouer, une certaine déception pour moi, car si la production est toujours un ton largement au dessus de nombre de musiques électroniques “populaires”, le ton mi-festif mi-mélancolique “bowiesque” et des orchestrations emphatiques me semble loin du faux minimalisme de ses précédentes productions. Je me console en me disant que c’est le premier single, et qu’il est forcément plus consensuel que l’album. A l’écoute de The Big Machine ces derniers jours, je comprends que c’est un vrai tournant qu’amorce Emilie avec cet album. Certains disent qu’elle assume la filiation de Kate Bush, j’étais personnellement plus amateur de celle de Björk. Attention, The Big Machine n’est pas un mauvais album, mais les compositions sont plus denses, “riches” qu’à l’habitude. A vrai dire, le titre est fort à propos, on a l’impression qu’elle a quitté son piano et son home studio pour libérer la grosse machine. Elle s’est entourée notamment du producteur d’Arcade Fire, et ça se sent dans l’usage des cuivres. J’apprécie Arcade Fire dans son style, mais la trompette ne sied guère à l’univers que s’était construit Emilie Simon. Il est aussi bon que les précédents, mais musicalement, l’album me touche moins. Il conserve néanmoins une cohérence réelle, une ligne directrice qui n’en fait pas une simple compilation de titres, et c’est un plaisir de l’écouter et le réécouter dans son intégralité plutôt que d’aller dans la segmentation comme on le fait de plus en plus chez d’autres artistes.
L’album est déjà disponible sur iTunes depuis quelques jours, je l’écoute sur ma part sur Spotify… avant d’acheter le vinyle lundi… et j’irai sûrement la voir à Nantes et/ou à Caen.
On pouvait difficilement rester insensible à la musique d’Emilie, à ses performances multi-instruments, à son charme certain. Pour des raisons que je n’exposerai pas ici, la sortie de cet album est difficile pour Émilie, et difficile aussi à chroniquer objectivement pour des gens qui comme moi ont suivi son parcours avec grand intérêt depuis plus de 6 ans, et qui sont forcément affectés eux aussi par ce qui l’affecte. La musique véhicule des émotions, et les musiques d’Emilie savent nous toucher et nous extirper des larmes (oui, même à des grands gaillards comme moi) comme peu en sont capables, rien que par la richesse de ses compositions. Je me joins avec sincérité, aux nombreuses personnes qui se sentent redevables envers elle par l’émotion qu’elle nous a procurée, pour la soutenir dans cette période difficile.
Clara Moto, Emilie Simon, tu ne fais pas dans le boudin non plus
Marrant de lire une chronique (archi rare sur ton blog) quelques jours après un article sur… de l’utilité des chroniques.
Oui, et je disais que les chroniqueurs le faisaient pour eux-mêmes. Ce qui est aussi le cas ici.
Bonjour!
Je me demandais si tu savais comment elle avait réalisé cet album, plutôt comme les précédents ou au contraire, a-t-elle enregistré dans de gros studios aux Etats-Unis?
Et pourquoi ce choix de passer intégralement à l’anglais? Toucher un autre public simplement?
Merci
En écoutant ses différentes interviews, c’est le fait d’avoir migré aux Etats-Unis (NYC) qui l’a conduite à écrire principalement en anglais, mais aussi de travailler moins en solo devant l’ordinateur pour s’entourer de plusieurs musiciens/producteurs qui ont apporté leur “patte” à ses compositions piano de base.
Respect quand même quand on l’entend jouer ses chansons avec sa seule voix et un piano…
On sent quand même une rigidité inhabituelle, probablement due aux exigences du professionnalisme ricain, dans ce nouvel album : on a l’impression que la poulette s’est lâchée comme elle sait parfois si bien le faire mais qu’ensuite, la production lui a fait refaire quarante prises et a retravaillé le tout, inlassablement, sous Protools… Une spontanéité en moins, en somme, du moins trouve-t-on…
Quant à la filiation Kate Bush, on frise souvent le plagiat pur et simple mais trente ans après, qui s’en souciera ont dû se dire les marketeux ?
Reste un talent, ici étouffé dans une grosse prod’ yankee (éternelle chausse-trape), qui nous reviendra bien vite, à coup sûr…
[...] évoqué, dans une de mes désormais rares critiques de disques, le revirement d’Émilie Simon sur son dernier album, qui passait d’un minimalisme [...]