Sep
19
2009

De l’utilité des chroniques de disque (musique ?) en 2009

Plusieurs blogs parlaient ces derniers temps de la manière d’écrire des chroniques de disques (ou de musique en ces temps où le disque tend à disparaître). En réponse à ces articles, je me pose surtout la question de leur utilité. Est-ce vraiment encore d’actualité d’écrire des chroniques à l’heure où l’écoute de musique est aisée via de simples liens, sur son PC… voire sur son mobile. Je rejoins Drowned In Sound et pense que non. Je pense, à l’heure où je dépensais quelque(s) centaine(s) d’euros par mois en musique il y a 10 ans encore, que la critique des Inrockuptibles, de Lenoir, de Coda, voire de Trax (plus proche de nous) ou Rock’nFolk (quand j’étais au lycée, après faut pas déconner non plus) guidait mes choix au moins d’écoute, parce que l’écoute c’était chez le disquaire, quand il n’y avait pas trop de demande pour les platines… ça avait un sens. Aujourd’hui, je lis encore les Inrocks (plus les autres), mais je zappe la partie chroniques (pourtant très réduite)

Je pense qu’aujourd’hui la critique musicale n’intéresse guère plus que les critiques eux-mêmes et les artistes/managers/community managers/public relations qui les voient encore comme des leaders d’opinion qui peuvent influencer le succès d’un groupe. Qu’ils ne sont plus. Le vrai leader d’opinion, qui existait déjà au temps passé que je décris ci-dessus, mais qui a pris de l’importance avec le temps, c’est moi, c’est vous, c’est tout passionné de musique, qui aura fait “découvrir” du son à ses proches, etc. Alors, pourquoi les critiques de musique ne font-elles plus recettes ?
1. Parce que la presse tout court ne fait plus recette
2. Parce que de nombreux magazines se sont fourvoyés en mélangeant CD promotionnel, publicité et article rédactionnel vantant les mérites de tel disque
3. Parce que l’internaute ne lit pas une page web comme il lit un magazine. Ceux qui comme moi ont géré des sites webs à contenu éditorial depuis longtemps (12 ans en ce qui me concerne), auront remarqué que l’internaute moyen a du mal à lire plus de 3 phrases complètes sur une page web. Même chez les lecteurs les plus assidus (dont je pense faire partie), la lecture en diagonale est fréquente, et seule une poignée de blogs/webzines parviennent encore à retenir leur attention.
4. Parce qu’il est plus facile de se faire son propre avis directement via une playlist Deezer, Spotify, Imeem, Hype Machine qu’un leader d’opinion (le passionné dans votre entourage) vous aura transmis, par email, IM, Facebook ou Twitter.

Je serais mal placé de dire que les chroniques ne doivent plus exister, j’en fais moi-même de temps en temps (même si c’est de plus en plus d’événement, et de moins en moins de musique), mais la considérer comme essentielle ne peut plus aujourd’hui être une conviction que de leurs rédacteurs.

Written by Sylvain Corvaisier in: musique |

3 Comments »

  • Fred says:

    La chronique sert aussi pour le magasin. Ca rassure la Fnac d’avoir un article dans libé, ça fait vendre d’avoir 4F télérama sur le CD. Sinon, ça pose dans “la postérité” l’artiste. Dans une consommation qui va très vite d’une nouveauté à l’autre, avoir une (bonne) chronique de son album sortie il y a 28 mois, ça invite à l’écoute.
    La version description, chronique + mauvaise foi + playlist peut être par contre un projet web (audio / video / Ecrit) assez intéressant. Car, d’expérience de disquaire, le public aime avoir une validation d’un tiers sur leur découverte.

  • bidibule says:

    Ahah ! je t’invite à lire ceci : http://bidibulemusic.blogspot.com/2009/06/twitter-est-en-train-de-tuer-la.html

    Je crois qu’on est clairement dans un système qui tourne plus autour de la visibilité médiatique que sur le contenu des critiques en elle même. Le fameux “Vu à la télé”, “coup de coeur de la vache qui rie” et “talent Ricard 2008″ .

    Ce n’est pas propre au disquaire, même pas propre au commerce…

  • Eddie says:

    Hello,

    Pour ma part, et j’connais d’autres blogueurs/euses musicaux qui pensent pareil, j’suis très consciente du fait qu’on ne sert pas à grand-chose (mes stats me le rappellent quotidiennement, lol), mais je ne prétends pas à autre chose puisque j’suis d’accord avec toi, l’impact d’une critique de disque est quasiment nul à l’ère de Facebook et Twitter.

    Le temps où une critique pouvait décider si l’album allait être un succès ou non est révolu depuis au moins 20 ans.

    Donner son opinion sur un blog, qu’on appelle cette opinion “chronique” ou “critique”, ça reste un geste de passionnée qui n’attend rien d’autre qu’un commentaire disant que son papier a donné envie d’acheter le disque.

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