Fin du CD et de la musique enregistrée … ce qu’on peut vendre aujourd’hui
On entend souvent chez les prophètes auto-proclamés que la vente de musique enregistrée touche à sa fin, que le déclin des ventes est inexorable. Si je suis relativement d’accord avec ce fait quand on parle de la manière et des supports de vente (physiques ou numériques), je ne suis absolument pas sur la même ligne quand on dit que le live et le T-shirt (pour simplifier) permettront de compenser les ventes de la musique enregistrée. Pourtant, je pense qu’il y a aujourd’hui plusieurs moyens de vendre de la musique enregistrée ou d’autres “choses” ou “services” dans la musique… Petit tour d’horizon de que l’on peut VENDRE (mon dieu quel mot horrible !)
L’accès complet, permanent et temps réel à la musique
C’est l’accès depuis un PC, mais aussi depuis un mobile, son ensemble hifi, son auto-radio à toute la création musicale du monde. La vertu culturelle est indiscutable, mais les blocages sont nombreux. Financement, problèmes de territorialité sont les principaux freins aujourd’hui. Pourtant un service comme Spotify semble le plus proche d’y parvenir. Une version mobile (en cours) et la possibilité d’intégrer sa propre bibliothèque de musique pour compléter l’offre déjà sous licence, semblent les 2 plus grosses étapes à franchir. On peut également penser à des choses similaires, mais par niche (qui peut aller jusqu’à un artiste particulier)
Le canal contrôlé
C’est un grand fantasme de l’industrie musicale, poursuivi encore il y a peu avec les DRM, la possibilité de contrôler la distribution de la musique. Apple le fait (avec plus ou moins de succès) avec sa plateforme de distribution d’applications, et cela semble le modèle actuel que les utilisateurs sont prêts à accepter: passer par un service de distribution unique pour télécharger du contenu sur son mobile. Aujourd’hui, il n’y a guère que sur le mobile (voire l’iPhone/iPod) que cela soit possible. Si aujourd’hui l’application mobile est utilisée comme moyen de promotion (y compris dans les applications développées par NeoMusicStore), elle ne l’est pas encore beaucoup pour distribuer du contenu payant, au-delà du lien vers l’achat sur iTunes (ce qui est déjà pas mal). The album is dead, long live the app
La prolongation de l’expérience du live
La plupart des concerts sont actuellement enregistrés, au moins en audio. Qu’en fait-on ? Rarement quelque chose, si ce n’est une cession à un media contre licence d’exploitation. Pourquoi dès lors ne pas systématiser l’enregistrement, et proposer sa vente, et ce pour chacune des performances ? C’est aisé à faire et pourtant aujourd’hui, très peu d’artistes le font. Dans ma bibliothèque personnelle, je ne recense qu’un groupe (les Pixies) dont j’ai acheté la performance ainsi. Sachant que le groupe proposait l’intégralité de sa tournée à la vente, ceux se rendant aux concerts peuvent au choix acheter le concert auquel ils ont assisté, mais aussi d’autres si le tracklisting est complètement différent: cas d’un artiste comme Nine Inch Nails… qui bien qu’avant-gardiste ne propose pas (encore ?) sa dernère tournée Wave au téléchargement. Je serais pourtant client si le live de Nîmes et un autre comprenant des titres que j’apprécie mais qu’il n’a pas joué ce soir-là. Attention à ne pas être trop gourmand comme on l’a été sur les lives en CD. Il s’agit là d’un prolongement, ou au contraire d’une incitation à aller voir l’artiste en concert. Au-dessus de 8$/6€, le prix est probablement trop élevé. La video, en live comme à la demande, peut également faire partie du package. Pour l’avoir expérimenté, je sais que des solutions existent désormais pour faire du streaming et du on-demand, payants, assez facilement sur PC comme sur mobile.
Vendre du lien social
Quand Joachim Garraud propose sur son site un album “à la carte” en vente directe, il propose non seulement sa musique, mais il propose un lien social. D’abord, parce qu’il laisse chacun libre de créer son propre album comme il l’entend, ensuite parce que l’internaute est presque dans l’acte de don (puisque les titres sont disponibles en piratage). Aujourd’hui, on sait vendre de manière froide sa musique via un agrégateur, une plateforme généraliste, qu’on soit un artiste reconnu ou confidentiel, on peut même être fier d’y être en rayon, mais on ne sait que trop rarement vendre ce lien social, pourtant primordial car seul garant d’une pérennité par l’attachement de l’acheteur à l’artiste. Vendre en direct est un moyen de conforter ce lien social, mais collecter les emails pour offrir du contenu exclusif en est également un ou bâtir une relation entre les fans eux-mêmes ne sont pas non plus à négliger.
Vendre la démarche ou le matériel artistique
Imogen Heap est l’exemple-type de l’artiste qui implique son public dans tout le processus artistique et promotionnel de ses créations (cf The New Music Business Model: Imogen Heap), Nine Inch Nails implique les musiciens amateurs parmi son public à le remixer, certains autres vendent des cours. Tout le public n’est pas enclin à acheter des produits liés à la musique, mais un public de passionnés est prêt à acheter beaucoup plus qu’un CD et du merchandising, pour peu qu’il y trouve un intérêt pas uniquement gadget (cas malheureusement de nombreuses idées dans la musique).
Tout ceci constitue des pistes de recherche déjà expérimentées sur NeoMusicStore, et qui devraient recevoir un écho de plus en plus favorable au gré des désillusions probables de l’industrie (et ni Cocktail, ni CMX, nouveaux supports attendus ne me laissent présager qu’il en soit autrement). Les précurseurs comme Nine Inch Nails n’auront pas attendu pour déjà dégager des millions de dollars de recettes en sachant se réinventer eux-mêmes, démontrant par la même qu’il n’y a pas crise de l’industrie mais méconnaissance de son “marché” (encore un gros mot).
Concernant CMX et cocktail, complètement d’accord. Ca sent plus le tour de passe-passe qu’autre chose.
Pour le live, même chose, les chiffres commencent déjà à indiquer que la vache à lait se tarit.
Pour les autres pistes que tu évoques, c’est très prometteur et excitant. Mais j’espère surtout que cela permettra de faire émerger d’autres artistes. Des artistes qui naitront (ou renaitront) avec cette nouvelle approche.
Et ca nous changera du recyclage des vieilles gloires qui sont persuadées d’inventer internet le jour où elles sortent un CD opendisc à 25€…
[...] Sylvain Corvaisier sur son excellent blog liste quelques options pour continuer à vendre de la musique (eh oui il a raison, c’est un mot [...]
@ Valoche
Les chiffres du CNV, le seul baromêtre du live qu’on ai , sint mis à jour avec 12 mois d’écart et une tournée de Stade ou une comédie musicale peuvent rendre angélique des chiffres qui ne sont pas si roses. C’est le problème de l’absence de baromètre (entre autre pour le live)
On assiste a une implosion du secteur du live qui risque de faire beaucoup de victimes. Des petites structures fragiles, une globalisation des acteurs, une offres de plus en plus concurrentiels…
Pour le live, la mode actuelle est surtout d’utiliser le contenu live pour une promotion de l’album. Peu d’acteurs du secteur croit en une vraie rentrée d’argent par l’exploitation des vidéos et des phonogrammes live. Par contre coté expérience utilisateur, c’est un vrai plus.
Tes exemples montre bien qu’on est encore dans une phase expérimentale avec des choses qui se tentent et parfois intelligement et avec succès. Joachim Garraud souhaite développer son système de CD on demand en marque blanche mais un an après, seul Invaders utilise ce système et, (paradoxe ?) cet été Joachim Garraud signe avec un agrégateur pour une distribution digitale.
Une chose est sur, la solution miracle n’existe pas, va falloir faire à la carte avec ce qui va le mieux avec l’artiste
En tout cas, excellent post mon cher Sylvain !
@Fred
Ouaip, JG a signé pour qu’on puisse intégrer les ventes iTunes dans l’appli iPhone
Les majors en sont encore aux bonus sur les CD, un CD customisable c’est trop compliqué pour elles.
Excellent article (et blog) découvert via Valoche de Boxsons!
En ce qui concerne le live, clairement, on va vers une implosion. Les prix ont explosés et ce qui coutait quedalle il y a encore 3 ans coute un bras aujourd’hui. On nous a survendu le live pour expliquer que “non regardez l’industrie s’en sort pas trop mal en fait” mais au final, c’est n’importe quoi. Live Nation, pour ne citer qu’eux (et avec l’appui des tourneurs) ont fait vriller la tête de beaucoup. Et comme le disait Fred, bcp de structures ont le couteau déjà planté dans la gorge. Kao Konnection, qui s’occupait de la prog du Ninkasi Kao à Lyon a mis la clé sous la porte, faute de subventions municipales certes mais aussi parce que les tourneurs demandent des prix ahurissants (j’ai entendu plus de 2500€ pour Au Revoir Simone!!!). Forcément, ca pèse sur le prix du billet et les gens, à 23€ le concert ils n’en font pas 15 dans le mois!
J’ajoute aussi que nous ne sommes pas en reste (même si je ne me mets pas dans cette catégorie) en acceptant de payer des centaines d’euros pour aller voir un super groupe ou la reformation de truc. Alors oui l’argument du “oui, c’est super cher mais je les ai jamais vu”, c’est joli mais ca ne tient pas une seconde. Nous sommes aussi responsables!
Concernant tes idées, j’ajoute celle utopiste de créer des deals avec les fabricants de matos. Qui n’a jamais écouté ses cédés sur une pure platine de salon ne peut pas comprendre l’intérêt d’un cd. On stigmatise toujours ce format, sauf que mis dans le bon player, ça devient divin!
Aujourd’hui, tout le monde écoute deezer ou jiwa ou spotify: très bien. Notamment pour les derniers qui sont en 192. Mais il n’empêche: une chanson n’aura jamais le même impact sur l’auditeur si elle est écouté via deezer et/ou des enceintes de bureau pourri (oui, parce que certains argueront du fait qu’ils ont un super système son relié à leur pécé, pour beaucoup, ce n’est pas ça) ou sur une super platine qui en lisant le disque arrive à égaliser et ressortir le son le meilleur, comme voulu par l’artiste lors de l’enregistrement.
Désolé pour le pavé…
Excellent article. Excellent blog, dans mes flux RSS depuis un certain temps déjà
Concernant l’accès complet, j’ai écrit un article à ce sujet sur mon blog : http://vincentbinon.blogspot.com/2009/06/telechargement-vs-acces-illimite.html. Vos commentaires sont les bienvenus.
[...] La possibilité d’ajouter sa propre bibliothèque C’est une chose que je reprochais à Spotify comme l’un de ses derniers manques, et Deezer le fait (certes mal) en vous proposant [...]