Pour la première fois (il était temps dira-t’on) aux Nuits Sonores, mais non accrédité photo, je me permets donc de vous rapporter ici mon compte-rendu d’un week-end que j’aurai vécu comme un festivalier lambda (en allant voir ce qui m’intéresse vraiment et sur la durée plutôt que de scène en scène pour être exhaustif dans une couverture photo). Le festival se déroule sur 5 jours, j’en aurai fait 4, sur des durées très élastiques (premiers événements autour de 14h, et souvent jusqu’à 6h), ce qui est déjà pas mal !
Mercredi
Arrivé tardivement à Lyon, je n’ai pu me rendre à l’Inauguration du festival à la Piscine Rhône (un édifice disons particulier avec ses quatre tours), mais en ai profité du coup pour me rendre au Marché Gare dès son ouverture. L’objectif de cette soirée était clairement de passer pas mal de temps sur la scène InFine, puisqu’amateur et d’Agoria, et des plus jeunes Clara Moto (bon ça depuis la session “Is Playing At My House” tout le monde le sait déjà) et Danton Eeprom. Il me fallait voir également Arandel et Rone, pas encore vus à ce jour. Arandel m’aura certes peu marqué, mais son horaire de passage n’était pas non plus idéal pour cela… ouvrant la soirée sur la scène dédiée au label lyonnais. Rone est un jeune DJ/producteur qui produit une techno relativement efficace (mais également mélodique, on n’est pas sur InFine pour rien) qui aura sû donner le ton aux DJs suivants. Et c’est clairement ce qu’a fait Clara Moto qui a distillé un set plus dur (on n’est pas non plus à 140 BPM), plus hypnotique qu’à l’habitude, ce qui convenait parfaitement aux lieux (faits de halles/entrepôts pour ceux qui ne connaissent pas). Il ne m’aura donc pas été difficile de rater la performance de Laurent Garnier (que j’aurai l’occasion de voir à plusieurs reprises de toutes façons d’ici la fin de l’été) et rester 2h durant devant la DJette toujours aussi timide – un seul beatmatching raté pendant une demi-seconde sur un set de 2h, et elle rougit… charming
J’étais précédemment aller voir Sir Carl Craig (4ème fois en 18 mois, faut dire qu’il est partout… ) pour le début de son set qui n’était pas trop “Classics” (comme on peut le lui reprocher parfois, même s’il est aussi invité pour cela), ainsi que Matmos. L’Américain, qui s’est fait connaître du grand public (c’est beaucoup dire) avec l’album Vespertine de Björk, a une musique expérimentale qui n’est pas forcément très adaptée à l’ambiance festival dans des entrepôts. Il aura de fait eu du mal à séduire au-délà d’un cercle d’adeptes dont je fais partie (il a il faut le dire joué un de ses titres les plus dissonnants peu après le début de sa performance, pas l’idéal pour faire rester le public…). Retour sur la scène principale quelques temps après le set – éreintant pour qui a dansé 2h en continu – de Clara Moto pour la fin de celui Radio Slave. Déjà vu à Scopitone, il faut bien avouer que le producteur est meilleur producteur que DJ, même quand il mixe ses propres titres. Josh Wink, habitué de la scène parisienne, mais pas tant que ça des festivals de province, prend la suite, avec un genre très… Josh Wink
. Je m’efforce de rester un temps, et s’il distille de bon titres tech house, je préfère néanmoins rejoindre la scène où joue Agoria, mon DJ/producteur favori (comme le témoignent mes mixes ou mes écoutes Last.FM). Pas de surprise, Agoria nous déroule une techno ravageuse (comme son inévitable Code 1026) pour finir la soirée sur les rotules.
Jeudi
Jeudi, c’est la journée du off et de l’exotique. Côté exotique, c’est à la piscine du Rhône où la musique de Gilles Peterson fait se dodeliner une population qui est pas mal venue se montrer. Griffes et T-shirts graphiques sont de mise, les opticiens ont 10 rayons de lunettes de soleil exposés dans cet espace restreint (et pas du tout humide pour le coup, les bassins étant vides). Je porte un T-shirt local (entendre Bewol), cela me suffit à me fondre un minimum dans la masse. Demain je revendiquerai le no-brand fièrement
. Musicalement, il y a du bon et du moins bon (Ashley Beedle ?). C’est approprié à l’horaire, le peu de sommeil dans la matinée est compensé par une somnolence dans un transat, c’est déjà ça de gagné.
Pour la soirée, rejoints par une troupe de Lyonnais, on commence d’abord parce qui ressemble au début d’une soirée rennaise (ivresse publique), ce qui ne me sied guerre… On se rend au Grand Temple à défaut de faire la queue pour la Plateforme. Le Grand Temple, c’est le truc conceptuel de la soirée… (il faut pour recevoir des subventions, faire des soirées gratuites et que personne ne comprend
), bidouillages sonores et visuels… sans grand intérêt pour être honnête. S’en suit de longues marches, d’abord au Loft Club (pour y voir le régional Kiko et Huntemann, souvent dans mes sets aussi), mais l’ambiance teenager/boite classique nous font vite reprendre le chemin… pour le lointain Ninkasi et son dubstep dont certains du groupe sont fans (moi je n’arrive pas plus à m’exalter pour cette vague que pour celle d’il y a 10 ans, n’y voyant toujours que le même son de basse), mais on passe très vite (plantages du PC aidant) du DJ Anglais à la salle principale où joue The Proxy, dont le set est salvateur après une soirée qui commencait plutôt mal et au-dessus de ce que j’en avais entendu aux Transmusicales. On aura juste regretté une volonté délibérée du Ninkasi de désactiver la ventilation (il ne devait pas être le seul en ce soir de concerts gratuits, mais c’est toujours regrettable). Mon regret sur le plan musical, ne pas avoir été au Double Mixte pour Nathan Fake (même si pour l’avoir déjà vu, lui aussi est meilleur producteur que DJ)
Vendredi
Apéro techno à la Croix-Rousse pour des enfants de la techno qui distillent – et cela me ravit – une techno de la belle époque. Si le son ne suffit pas, les coups de soleil permettront de se rappeler de l’événement. Un passage éclair aux rythmes latinos (le lieu est physiquement sympa, mais pas du tout adapté à une diffusion amplifiée, on n’entend que la reverbération sur les murs)
Sur le papier, le vendredi n’était pas pour moi la soirée que j’attendais le plus. Mais n’ayant pas encore vu Villalobos (je ne sais pas comment j’ai fait), et bien que pas spécialement fan de son minimalisme au kiomètre (j’aime le minimalisme, mais n’en écouterait pas 3h d’affilée), je redoutais un peu le set de 5h. Mais comme je suis un garçon ouvert, je me suis planté devant la scène avant même qu’il commence (avec les locaux d’Humano a Mano qui ont une démarche intéressante, avec usage de cuivres et ajout progressig de boucles d’instruments joués par eux 2 seulement)… Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça commencait très trés mal. Que diriez-vous d’un DJ qui commence un set de 5h par une boucle de 4 pistes qui dure 30 minutes (et je n’exagère pas, j’ai vraiment regardé mon téléphone quand il a fait son premier enchaînement) ??? Cela laisse pour le moins dubitatif. Bon ceux qui étaient venus voir un nom plus qu’assiter à un set n’auront pt’et même pas remarqué mais n’importe qui attachant un minimum d’importance au son, si. Les 30′ suivantes n’étant guère meilleures, je me rends sur une scène où ce sera au moins festif, puisque la découverte des Transmusicales Ebony Bones se produit au même instant. Un détour par la scène du Sonic Crew (ou je suis sûr d’avoir un bon son, sans faire le “patriote”), puis Cut Chemist (qui ne me semble pas si impressionnat que ça en matière de turntablism… pt’et blasé tout simplement). A noter que plutôt dans la soirées, les Scratch Bandits Crew auront assuré le show “4 platines” indispensable, bien que, pas plus qu’avec les Birdy Nam Nam, je ne sente l’utilité des 4 platines… si ce n’est pour la volonté de recréer un groupe, de faire plus visuel. Côté rock, Boss Hog est une bonne surprise sur la scène 2. Après Cut Chemist,et un temps d’Erol Alkan (qui remplace, dans un style bien différent, Dizzee Rascal, pourtant 2ème tête d’affiche de la soirée), je retourne voir Villalobos, et bien m’en aura pris, parce que si son set est toujours très minimal, il est beaucoup moins linéaire (bon faut pas s’attendre non plus à des breaks, changement de track toutes les 4′ non plus, on est plutôt dans les mixes longs). Peu de temps après Agoria le rejoint pour une dernière heure (et demie au final) de ping pong relativement improvisé où se succèdent quelques réferences à la culture rave. De bon aloi, même si je me rends compte qu’hormis les trentenaires, peu de personnes connaissent les titres en question
Samedi
Passage Place de le Bourse pour la Tsugi Garden Party, qui commence bien avec un DJ Deep House bien sympathique à cette heure matinale (bon OK, il est quand même 14h30) mais ça part en n’importe quoi ensuite (je ne sais pas comment Tsugi fait ses scènes, mais certainement pas sur la cohérence), je bouge pour l’autre apéro sonore, où là se succèdent des DJs qui se contentent de faire danser la foule plutôt que dérouler leur set prévu à l’avance (quoique l’un n’empêche pas forcément l’autre non plus)
Fatigue ce dernier soir, trop longue sieste, je ne suis sur site de Marché Gare que vers minuit. J’ai manqué Maxime Dangles. Etant donné sa prestation récente à Rennes, je n’aurai probablement manqué que des titres au kick puissant qui se ressemblent. Je vais jeter un coup d’oeil à Tim Green, même si je ne suis pas un grand fan de l’écurie Renaissance de manière générale (ils ont cessé de m’envoyer leurs promos d’ailleurs, z’ont du comprendre
). Direction scène 4 pour un set de Filip Dean qui a au moins l’avantage de changer de la linéarité entendue sur les dernières heures. Les gens ne sont pas là pour voir Filip, mais ils dansent. Panoramas à Morlaix avait été l’occasion de voir la première prestation du duo Miss Kittin et The Hacker depuis son nouvel album, et ne m’avait guère enchanté à ce moment-là. Pourtant, j’y vais pour ne pas rester sur mon à priori. Plus loin de la scène (forcément), j’apprécie plus la prestation ce samedi, bien qu’elle soit en tout point identique. Comme quoi, parfois, c’est juste une question d’humeur (d’à priori ?) de l’assistance… Un coup d’oeil à Under Kontrol (human beatbox) et Danger (hard tech locale) rapidement sur la scène 3, puis je vais voir Dubfire et Dave Clarke dans la grande salle. Si Dubfire (ex-Deep Dish pour rappel) a sorti quelques productions qui m’ont plu, je ne suis pas particulèrement fan de ses sets… mais il met une ambiance de folie sur la scène 1 et tout le monde bouge sans s’arrêter (moi le premier). Avec Dave Clarke, on n’est plus dans le même temps, moins linéaire, plus techno, scratch, break et old school, mais bizarrement moins efficace (à moins que ce ne soit la fatigue qui parle ?). Je pars avant la fin, exténué mais satisfait de ces 2 derniers sets qui m’auront fait autant bouger que ceux de Clara Moto et Agoria jeudi.
Nuits Sonores est vraiment le festival à prendre en exemple (je pense que les organisateurs ont eux-mêmes pris le Sonar en exemple) comme manifestation qui permet de fédérer tout le monde à Lyon. Les artistes du cru, le public “fortuné” (il fallait quand même compter près de 30 Euros pour chacune des soirées au Marché Gare) comme celui aux moyens limités, les lieux publics comme les lieux privés, dans une tolérance qu’on aimerait bien voir dans notre chère Bretagne (qui a certes d’autres problèmes liés à ces manifestations que la seule nuisance sonore sur quelques heures/jours). On ne peut que féliciter les organisateurs pour cela, et pour un festival qui s’est passé sans accroc hormis la défection de Dizzee Rascal pour laquelle ils sont difficilement blâmables. Du beau travail pour faire de la capitale des Gaules, celle de l’électro française… J’y serai à coup sûr l’an prochain, sauf événement exceptionnel d’ici là. Je n’en fais guère mention parce que c’est pour moi accessoire, mais il faut reconnaître qu’au niveau visuel, il y a également des moyens pour l’événement…
Pour l’anecdote, le peu de temps ou j’ai “exposé” mon badge, plusieurs personnes m’ont demandé où ou pourquoi je n’appelais pas la croix rouge étant donné qu’il y avait des personnes allongées sur le sol. Outre le fait que j’avais payé le badge en question et ne faisait aucunement partie de l’organisation, pour un breton, habitué aux festivals bretons, ce genre de remarques parait vraiment bizarre… mais je préfère au final l’entendre, ça rassure que tout le monde n’est pas coutumier à l’abus d’alcool en festival… (penser Vieilles Charrues)
Côté professionnel, j’aurai rencontré Nils de Soundcloud (très intéressé pour une collaboration avec NeoMusicStore, et une application SoundCloud iPhone, et à titre personnel pour Remix.me – comme tous les gens qui sont dans l’électro et DJs/producteurs) et Kem, programmateur des Eurockéennes pour lui présenter l’application iPhone du festival… désormais disponible au téléchargement pour tous sur l’App Store (avec mise à jour déjà prévue dans la semaine)… mais toujours pas InFine à mon grand désespoir
(si ce n’est Clara évidemment)
Pour se remémorer Nuits Sonores en son, un petit mix d’1h avec une sélection de producteurs et productions entendues sur place…