Bruce Springsteen aux vieilles charrues ou comment le prix d’entrée des festivals a pris 200% en moins de 10 ans
Les Vieilles Charrues ont annoncé fièrement ce jour que Bruce Springsteen serait l’hôte star de l’édition 2009 des Vieilles Charrues à Carhaix, et ce pour un concert exclusif en France. Au-delà du regard artistique qui ferait dire que les autres artistes comptent pour pas grand chose, ceci montre que les organisateurs de festival n’ont pas encore compris les raisons de la désaffection de certains festivals ces dernières années. Bobital en a fait les frais (bon les amateurs de musique ne verseront pas une larme non plus), et les Vieilles Charrues, plus que jamais, déroulent le rouleau compresseur sans s’intéresser de manière quelconque à ce qui fait l’âme d’un festival musical… la musique ! En 1996, les Vieilles Charrues étaient un festival comme un autre, où on voyait les artistes autrement que sur un grand écran, qui ne payait pas d’exclusivité pour avoir tel ou tel artiste, il n’y avait pas d’objectif d’audience, les prix étaient modérés. Aujourd’hui, l’audience a augmenté, la programmation est devenue l’antichambre des directeurs artistiques des majors qui placent leurs artistes (à vrai dire, on pourrait se demander si ce n’est pas elles qui devraient payer), les cachets ont explosé, et les tarifs rendent rédhibitoire l’accès au festival pour les passionnés, qui doivent limiter le nombre de festivals auxquels ils se rendront en conséquence.
Qui dit exclusivité pour les Vieilles Charrues, dit impossibilité pour les autres festivals d’accueillir les artistes. Ca peut être bienvenu quand tous les festivals manquent d’originalité dans leur programmation (et il faut avouer que c’est un peu le cas aussi ces dernières années au moins avec les festivals d’été), mais c’est se couper une partie du public qui ne pourra pas payer et l’entrée au festival et des centaines de kilomètres pour s’y rendre, sans parler des conditions d’écoute qui ne sont pas optimales dans des champs. Quand on respecte les musiciens et le public, ce n’est pas une façon d’agir. Qui plus est cette course à l’exclusivité a amené des charges de plus en plus élevées pour les festivals, et une concurrence malsaine s’est instaurée entre eux, ce qui pourrait, en cette année morose économiquement, en amener d’autres à la banqueroute.
Et l’artiste dans tout ça ? Ben l’artiste il fait confiance à son tourneur qui doit lui assurer le meilleur retour sur investissement par concert. vaut-il mieux faire des dates au Stade de France, sachant qu’il faudra payer la location du stade, la scène, le matériel, les déplacements depuis le concert précédent de tous les techniciens, leur bouffe, leur hébergement, etc, en n’étant pas sûr de faire le plein 2 soirs, ou alors faire seulement 1 soir dans un coin paumé en Bretagne où il n’y aura rien de tout cela à payer, et une assurance de cachet et d’audience ? Le calcul est vite fait.
A noter que les Transmusicales, qui n’a aucune tête d’affiche mise en avant au détriment des autres, n’est basé que sur la découverte, et les concerts à dimension humaine, a plus que rempli ses “objectifs” cette année, à un moment peu propice à la dépense futile (période de crise, avant Noël), sans payer aucune exclusivité. Voilà qui prouve que l’on peut avoir un succès artistique, d’audience et financier, sans se compromettre.
Bref, les Vieilles Charrues sont devenues au concert tout ce que l’on critique au disque chez les majors. Paupérisation de l’offre, consommation de masse, adaptation à ses propres objectifs plutôt qu’à ceux des fans, etc. (Bon je dis ça la plupart des gens de mon entourage breton qui y vont, y vont plus pour se retrouver autour de la buvette que devant la scène…). Espérons que cette course à l’exclusivité (apportée par Live Nation en premier lieu) ne sera pas trop contagieuse.