2008, l’année où Internet est devenu un media comme les autres pour la musique
Jusqu’à il y a 1 ou 2 ans, on allait surtout sur Internet pour écouter de la musique parce qu’on se plaignait de la pauvreté de l’offre musicale sur la radio et la TV, où les audiences sont reines pour rentabiliser la diffusion de musique (oui, il faut rentabiliser cette diffusion par la publicité entre les morceaux). TF1, NRJ, M6/W9, Virgin, Skyrock, France Télévisions/Le Mouv’ même combat. Une programmation peut-être différente d’un media à l’autre (et encore), mais toujours composée à 90% de 40 titres sélectionnés pour 6 semaines au moins. Les webradios, Last.FM/Pandora, les podcasts et une multitude de petits acteurs étaient devenus un refuge pour tous ceux qui ne supportaient plus le dictat des annonceurs et des connivences programmateurs / maisons de disques que nous imposaient ces canaux de diffusions.
Désormais, Internet a aussi ses marques leaders français avec leurs objectifs de rentabilisation par la publicité qui éclipsent malheureusement tous ses petits acteurs par l’intérêt médiatique (qui de fait génère un engouement populaire) qu’ils suscitent. Deezer et d’autres sont des sociétés montées par des anciens de la publicité, alors que SFR, Neuf, Orange investissent à leur tour le marché musical, après avoir (différemment chacun) investi dans celui de la TV. Tous embauchent d’anciens des medias ou maisons à l’origine de la pauvreté musicale sur les ondes… Pourquoi ? Soit parce qu’il faut convaincre les investisseurs qu’on a une équipe solide chez les pure players, soit parce qu’il faut des gens du sérail chez les opérateurs telecoms qui n’y connaissent rien (à priori) en contenus, leur truc étant plutôt les tuyaux.
Qu’espérer pour 2009 dès lors ? Pour une fois, la crise pourrait être une bonne chose, sauf peut-être pour les salariés de ces services – mais que pouvaient-ils vraiment espérer, vendre des stock options pour s’acheter une maison ? Ces services se basent sur la publicité, ont des modèles économiques fragiles, il est probable qu’ils auront du mal à atteindre la rentabilité ou à se faire racheter, et donc tendance à disparaître. Déjà, les premiers signes montrent un ralentissement des investissements publicitaires chez les poids lourds comme MySpace. Ce que les autres acteurs peuvent espérer, comme MySpace, YouTube et Last.FM en leur temps, c’est qu’il y ait des investisseurs (qui n’y connaissent généralement pas grand chose à la musique, en même temps, c’est normal, ce ne sont pas des services de musique, ce sont des accroche-pubs qui utilisent la musique pour élargir leur audience) qui mettent la main à la poche pour acquérir leur base de membres (parce que c’est la seule chose réellement achetable). Les rationalisations (à la manière old school: on met avant les “vendeurs” avant tout côté musique, on invente des concours ou autres “jouets” pour acquérir du membre, fût-il faussaire) ne suffiront probablement pas à passer le prochain hiver (si tant est qu’elles tiennent jusque là)
On attend encore que TF1 et M6 investissent ce créneau, il y a fort à parier que le pire soit encore devant nous
Et bien, c’est optimiste
Malheureusement en 2008, j’ai vu des indés passionnés renoncés à leur activité d’édition (quitte à revendre leur back catalogue à des entités spécialisées dans la gestion de licences), voire à limiter leur activité de composition, justement parce qu’ils n’adhèrent absolument pas au chemin que la musique est en train de prendre via toutes ces start-ups. Si crise il y a de toutes façons, c’est encore eux qui y vont y perdre, parce que déjà qu’en période faste, les reversements faits par ces start-ups sont minimes (quand ils ne sont pas inexistants), mais lorsqu’elles déposent le bilan, il y a en plus des arriérés qui ne seront jamais honorés… et une autre naîtra et fera exactement la même chose… . Après, vu ce que j’entends actuellement autour de moi sur les coupes dans les plans media (dans le broadcast aussi d’ailleurs), et la réalité des affichages sur les sites qui marchent à la publicité (la plupart bradent leurs espaces et malgré tout ont un volume ridicule d’occupé), il y a de quoi s’inquiéter. Maintenant, moi-même en tant qu’annonceur dans la musique, il ne me viendrait pas à l’idée de payer des publicités à l’affichage sur des sites de musique (où les gens viennent pour avoir quelque chose dans leurs oreilles en background, pas pour fixer un écran) là ou Google Adwords/Adsense fait du ciblage et du CPC…. et au final les résultats sont bien meilleurs sur les sites éditoriaux (c’est en tout cas ce que j’en retire de ma dernière campagne début décembre pour Is Playing At My House) et le pragmatisme est plus fréquent que l’expérimentation en temps de crise. Côté musicien, il faut vraiment être passionné (et avoir un autre taf) pour se lancer dans la musique aujourd’hui, même quand on a du succès (je ne parle pas évidemment du circuit major/TV et de ses “coups”)