Archive pour December 2008

2008, l’année où Internet est devenu un media comme les autres pour la musique

Jusqu’à il y a 1 ou 2 ans, on allait surtout sur Internet pour écouter de la musique parce qu’on se plaignait de la pauvreté de l’offre musicale sur la radio et la TV, où les audiences sont reines pour rentabiliser la diffusion de musique (oui, il faut rentabiliser cette diffusion par la publicité entre les morceaux). TF1, NRJ, M6/W9, Virgin, Skyrock, France Télévisions/Le Mouv’ même combat. Une programmation peut-être différente d’un media à l’autre (et encore), mais toujours composée à 90% de 40 titres sélectionnés pour 6 semaines au moins. Les webradios, Last.FM/Pandora, les podcasts et une multitude de petits acteurs étaient devenus un refuge pour tous ceux qui ne supportaient plus le dictat des annonceurs et des connivences programmateurs / maisons de disques que nous imposaient ces canaux de diffusions.

Désormais, Internet a aussi ses marques leaders français avec leurs objectifs de rentabilisation par la publicité qui éclipsent malheureusement tous ses petits acteurs par l’intérêt médiatique (qui de fait génère un engouement populaire) qu’ils suscitent. Deezer et d’autres sont des sociétés montées par des anciens de la publicité, alors que SFR, Neuf, Orange investissent à leur tour le marché musical, après avoir (différemment chacun) investi dans celui de la TV. Tous embauchent d’anciens des medias ou maisons à l’origine de la pauvreté musicale sur les ondes… Pourquoi ? Soit parce qu’il faut convaincre les investisseurs qu’on a une équipe solide chez les pure players, soit parce qu’il faut des gens du sérail chez les opérateurs telecoms qui n’y connaissent rien (à priori) en contenus, leur truc étant plutôt les tuyaux.

Qu’espérer pour 2009 dès lors ? Pour une fois, la crise pourrait être une bonne chose, sauf peut-être pour les salariés de ces services – mais que pouvaient-ils vraiment espérer, vendre des stock options pour s’acheter une maison ? Ces services se basent sur la publicité, ont des modèles économiques fragiles, il est probable qu’ils auront du mal à atteindre la rentabilité ou à se faire racheter, et donc tendance à disparaître. Déjà, les premiers signes montrent un ralentissement des investissements publicitaires chez les poids lourds comme MySpace. Ce que les autres acteurs peuvent espérer, comme MySpace, YouTube et Last.FM en leur temps, c’est qu’il y ait des investisseurs (qui n’y connaissent généralement pas grand chose à la musique, en même temps, c’est normal, ce ne sont pas des services de musique, ce sont des accroche-pubs qui utilisent la musique pour élargir leur audience) qui mettent la main à la poche pour acquérir leur base de membres (parce que c’est la seule chose réellement achetable). Les rationalisations (à la manière old school: on met avant les “vendeurs” avant tout côté musique, on invente des concours ou autres “jouets” pour acquérir du membre, fût-il faussaire) ne suffiront probablement pas à passer le prochain hiver (si tant est qu’elles tiennent jusque là)

On attend encore que TF1 et M6 investissent ce créneau, il y a fort à parier que le pire soit encore devant nous

Beatport en sérieuse baisse de régime depuis 6 mois, remise en cause des exclusivités ?

La domination sans partage de Beatport dans le monde du téléchargement de musiques électroniques verra-t’elle sa fin en 2009 ? Le site, notamment très populaire en France, a en effet accusé une baisse de 40% de son trafic global entre mai et novembre. Lorsque que de nombreux labels électros m’ont dit fin 2007/courant 2008 leur intention d’aller à 100% vers Beatport, je leur ai dit que c’était à court terme une décision qui semblait logique (puisque le site représentait alors près de 75% en revenus de leurs ventes), mais que c’était dangereux à long terme, car le marché du digital est loin d’être aussi figé que celui du physique. A peu près la même réponse que celle que je faisais quand il choisissait un agrégateur en exclusivité aussi donc. Aujourd’hui, la plupart de ces labels annoncent des revenus en forte baisse, alors que ceux qui ont choisi la stratégie de multidiffusion ont des revenus plutôt en hausse, à nombre de sorties constant.

Est-ce que le marché est arrivé à maturité et qu’il n’y a plus de croissance ?
C’est ce qu’explique Beatport, tout en mettant l’accent sur une augmentation du piratage surtout auprès de ses éditeurs exclusifs (qu’il doit motiver à rester), mais ce discours ne tient absolument pas quand TOUS les concurrents de beatport affichent des chiffres de croissance à 2 voire 3 chiffres sur un an, et ce encore durant les 6 derniers mois ! Les principaux bénéficiaires de la perte de vitesse de Beatport, Boomkat, Juno Download, TrackItDown, Beats Digital, TraxSource pour ne citer que les plus célèbres sont en net croissance… Alors, certes, Beatport est toujours n°1, mais il est loin de représenter 50% des parts de marché, il serait au mieux à 20% aujourd’hui….

Pourquoi faire le choix de l’exclusivité en tant qu’éditeur ?
L’exclusivité n’a jamais dans l’histoire de la musique profité durablement aux éditeurs ou musiciens. L’exclusivité n’existe que pour favoriser l’essor d’un distributeur, et Beatport a bien maximisé ses revenus en suivant cette stratégie dès lors que le site a obtenu le catalogue le plus large en “dance music”, et en appliquant des tarifs plus élevés (jusqu’à 2,49 Euros pour un MP3 lorsque le reste du marché était plutôt à 0,99), tout en n’appliquant pas les mêmes conditions de rémunération (le site s’est longtemps affranchi du paiement de diverses taxes que payaient ses concurrents). Bref, le site a prospéré dans des conditions pas très réglos, et certainement pas à l’avantage du consommateur… qui n’oublie jamais. Dance Download Alliance avait essayé de son côté d’alerter en mai 2007 – mais en vain – les éditeurs que l’exclusivité à long terme leur serait néfaste.

Alors pourquoi un tel désamour ?
Plusieurs raisons peuvent l’expliquer:
Beatport, c’est un site en Flash à 100% (sauf la version destinée au référencement), qui jusqu’ici ne dérangeait pas tant que ça, car les autres sites ne proposaient pas forcément de meilleures interfaces, et surtout un contenu plus pauvre. Aujourd’hui, le contenu s’enrichit sur les autres sites, alors qu’il s’appauvrit (parce que les bonnes productions sont diluées dans les mauvaises: le contenu est dense, mais trop dense) sur Beatport, rendant très pénible la navigation et l’écoute préalables à l’achat.
Une tarification élevée, et surtout à la hausse régulièrement depuis la naissance du site, sans que les services suivent conjointement, amène les consommateurs à aller vers d’autres sites lorsqu’ils le peuvent, et la crise aidant, ce comportement s’installe de plus en plus d’aller picorer sur plusieurs sites afin de faire la meilleure opération financièrement
Ce qui servait également Beatport précédemment étaient des extraits de mauvaise qualité (car sur un extrait de qualité faible, on ne se rendait pas compte de la différence entre un bon et un mauvais mastering), aujourd’hui, tous les clients se sont fait avoir avec des titres qui sonnent mal une fois téléchargés en version 320k et tous ses concurrents proposent une meilleure qualité d’écoute qui permet de mieux juger la qualité de l’enregistrement original
Les exclusivités Beatport ont aussi produit un plus grand nombre de titres de mauvaise qualité, les éditeurs se reposant sur la marge supérieure de ces productions pour espérer un retour sur investissement plus rapide. Au final, les internautes sont de fait moins demandeurs pour des exclusivités dont la qualité semble au rabais, et dont le seul attrait reste la primauté. En revanche, cette situation de l’exclusivité favorise le piratage de ces titres et donc, on se retrouve dans une situation où le piratage est le plus encouragé par le système instauré par le site lui-même qui l’accuse comme raison principale de la baisse des ventes !

La réaction de Beatport est-elle la bonne ?
Beatport a d’abord choisi de limiter le contenu sur le site, par des critères quantitatifs (et non qualitatifs) qui reposent donc sur le fait qu’un label vend plus ou moins. Plutôt que de remettre en cause sa façon d’extraire le meilleur (qualitativement) du catalogue en construisant de meilleures systèmes de recommandations, le site a donc choisi de ne pas mettre celui qui lui rapporte le moins. Peut-être efficace à court terme, mais dangereux à long terme, car les faibles vendeurs d’aujourd’hui peuvent être les gros vendeurs de demain… qui ne voudront pas signer avec une plateforme qui les aura délisté.
Ensuite, le site a mis fin sans avertissement, à son programme d’affiliation qui avait fédéré de nombreux sites de musiques électroniques (dont DJing.com) et qui avaient souvent passé beaucoup de temps pour en faire une intégration efficace. Le message lancé par Beatport est donc “Merci de nous avoir apporté plein de nouveaux membres qui connaissent désormais notre site, on n’a plus besoin de vous et de vous donner 5% de notre chiffre d’affaires”. Après avoir lancé Beatportal, site édito-commercial, c’est la meilleure méthode pour se mettre à dos des gens qui ont fait prospérer Beatport durant les dernières années, et qui sont des leaders d’opinion réels dans la communauté des musiques électroniques.
Enfin, le site a choisi un changement d’affichage des prix, en prônant un affichage hors taxe… et donc en gardant la surprise de la taxe pour l’étape du paiement. Quelque chose qui a toujours été décrié sur tous les sites de commerce électronique, bien avant la vente de produits dématérialisés donc…

Le site annonce une nouvelle version pour Janvier 2009. Espérons qu’elle ne fasse pas que (mais déjà le fasse au moins) remettre le site à niveau de ses concurrents au niveau des features… A noter que la fonction cue prévue pour la v3 de Neo depuis longue date est déjà annoncée au menu de cette nouvelle version

Je suis moi-même:
- client de Beatport
- recommandeur de Beatport pour de nombreux labels et artistes par le passé
- (ex-)affilié de Beatport via DJing.com
- développeur d’un moteur de recommandations pour Beatport à cette adresse: www.djing.com/beatport/

4 vilains petits secrets de la musique 2.0

Traduit de 4 Dirty Little Secrets Of Music 2.0

Désolé de vous dire ça mais…
1. LES GROS CHEQUES PRENNENT LE PAS SUR LES BONNES IDEES – Demandez à n’importe quelle startup dans la musique. Vous penseriez que les majors adhéreraient à toutes les grandes idées qu’elles pourraient trouver pour les aider à sauver leur business. Non. Les labels sont inondés avec tellement de “bonnes idées” et sont tellement désespérées pour leurs fondamentaux, que les seules idées qu’elles prennent sérieusement sont attachées à de gros chèques.

2. CHAQUE FOIS QUE LA MUSIQUE EST LICENCIEE A UN SERVICE DE MUSIQUE 2.0 FINANCE PAR LA PUBLICITE, UNE FAILLE DE CONTRAT EST PROBABLEMENT EXPLOITEE – Combien d’éditeurs ou de contrats d’édition connaissez-vous disant “C’est OK pour me payer une petite fraction des revenus publicitaires estimés chaque fois que ma chanson est jouée ou téléchargée” ?

3. VOUS NE POUVEZ LE FAIRE VOUS-MÊME – Il n’y a pas…
assez d’heures par jour pour répondre aux emails de tous vos amis Facebook/MySpace, mettre à jour vos dates sur Last.FM, poster de nouvelles photos sur Flickr, monter les rush de votre video backstage avant de les poster sur YouTube, et pour toujours trouver le temps d’écrire des chansons, les enregistrer et les jouer. Il faut un village pour éléver un enfant. Il faut une équipe pour construire une carrière. Commencez à en créer une aujourd’hui

4. MEME APRES QUE LE CSA AMERICAIN AIT INTERDIT LES CADEAUX AUX PROGRAMMATEURS RADIO, LES INDES N’ONT AUCUNE CHANCE A LA RADIO
Il n’y a pas eu beaucoup de changement. La musique indé n’a toujours quasiment aucune chance d’être diffusée sur des radios commerciales. Les programmateurs radio ont toujours tendance à jouer de moins en moins de nouveaux disques. Et la plupart viennent toujours de leurs connaissances dans les majors

Awdio, du mieux, mais encore beaucoup de chemin…

J’avais déjà testé Awdio il y a quelques mois. L’objectif du site est d’amener les ambiances musicales des bars et clubs du monde entier dans votre salon. Peu de contenu (hormis des bars et hôtels parisiens, dont l’intérêt musicalement est plus que limité – une compilation de Béatrice Ardisson faisant le même office), et le fait qu’il fallait payer pour de l’audio (qui coupe régulièrement) était rédhibitoire pour que j’adopte le service. Lançant un concept similaire (mais avec la video, et un focus plus sur le DJ/artiste que sur le lieu, tout en l’amenant dans une ambiance cosy avec ses fans) avec Is Playing At My House, il fallait que j’y rejette un coup d’oeil. Etant dans la cible (j’écoute plusieurs styles de musique, dont pas mal d’électro, suis connecté régulièrement, je tiens le site web DJing.com qui liste les événements dans pas mal de lieux diffuseurs de ces mêmes musiques, etc), il fallait que je réessaie maintenant que le service est gratuit et compte plus de 100 lieux dont certains comme le Rex Club, autrement plus intéressants qu’Hotel Costes par exemple.

Première connexion autour de 20h… le moins que l’on puisse dire, c’est que l’offre est aussi pauvre qu’il y a quelques mois, avec du lounge, et du bar branché qui ne l’est certainement pas pour sa musique (quand les tenanciers ne prennent pas le micro pour annoncer un concours). Cependant quelques événements à venir (les clubs européens ne sont pas encore ouverts) attirent mon attention. Jennifer Cardini à Istanbul, Fabrice Lig à Anvers, et Steve Bug à Paris (si j’avais eu un choix illimité, je serais plutôt “allé” au Social Club ce soir). La diffusion de Jennifer débute à 22h, avec quelques difficultés techniques qui disparaissent rapidement… mais plusieurs fois dans la soirée, la diffusion est interrompue pour quelques secondes (pas trop grave) ou complètement (le player s’arrête et indique “this source has stopped transmitting” obligeant à le relancer). Pas très agréable lorsqu’on écoute de façon passive, surtout lorsqu’il faut retourner sur son ordi pour relancer le flux. A Anvers et Paris, moins de soucis, de brèves coupures mais pas d’arrêt, peut-être les conditions de connectivité y sont-elles meilleures également

Il manque toujours la video (mais diffuser de la video coûte encore cher), mais si ce sont les marques des bars et clubs que le site souhaite vendre, et faire en sorte que l’internaute soit devant son écran (ce qui n’a pas du tout été mon cas pendant cette session test hormis lorsque je relançais le flux de Jennifer) pour voir des publicités, cela peut être problématique. Je resterai utilisateur néanmoins, parce que personnellement, j’y trouve mon compte (certes rarement) avec la musique uniquement… parce que j’enregistre également les flux pour écoute ultérieure avec Audio Hijack… ce que ne permet le site qu’en version payante. Le site, les clubs, les annonceurs, eux n’y trouveront certainement pas leur compte avec le modèle de revenue sharing. Je vois bien des partenariats (avec DJing.com, Resident Advisor par exemple) pour annoncer au même niveau que l’événement dans les agendas “listen”. Ils ont ajouté pas mal d’établissements ces derniers temps, c’est indispensable. La prochaine étape tout aussi indispensable serait néanmoins de renforcer la QoS, car il y a trop d’interruptions comparativement à un flux live video avec Ustream par exemple (utilisé pour Is Playing at My House). Peut-être faut-il qu’ils s’associent à un CDN comme Akamai ?

Awdio est encore un projet de Gilles Babinet (entre autres) autour de la musique, qui depuis longtemps voit avec les marques un moyen de financer la création (c’est déjà le cas avec Eyeka qui s’est transformé – avec réussite – d’un Dailymotion d’auteurs à un site de concours de créations de publicités par des réalisateurs peu connus). C’est discutable (pour moi en tout cas), mais il faut avouer que ça peut être un moyen de trouver de nouveaux revenus pour une industrie qui est en mal de développements économiques. Je crois complètement à Eyeka dans sa nouvelle formule, Awdio un peu plus dans sa nouvelle version (encore que économiquement, puisqu’il y a un business model derrière, je vois mal comment arriver à la rentabilité avec ce projet), mais toujours pas (du tout) à MXP4

oh Deezer met de la publicité audio avant les morceaux, quelle surprise !

Borey signale sur Twitter que Deezer diffuse désormais des publicités audio en pre-roll de l’écoute de morceaux. Est-ce si étonnant ? Croyez-vous vraiment que Deezer soit un site fait par des passionnés de musique, plus que par des publicitaires qui avaient trouvé par la musique un bon moyen d’avoir une grande audience rapidement pour diffuser leurs publicités ? La crise vient, les investisseurs vont demander des comptes, les priorités vont vite s’afficher…