Gratuité de la musique en téléchargement sur Internet: 2 logiques s’affrontent, une est oubliée

La logique de l’entrepreneur web
L’entrepreneur web peut avoir 2 objectifs:
- Etablir, comme tout chef d’entreprise, un modèle économique, qui permet à l’entreprise de s’auto-financer voire de dégager des bénéfices
- Revendre son entreprise à un gros acteur (c’est le but de nombreuses start-ups qui lèvent des fonds aujourd’hui sans jamais avoir cherché la rentabilité au préalable). Cela rappelle l’époque qui a précédé l’explosion de la bulle, où l’époque était déjà au financement par la publicité, sans pour autant avoir des rentrées nécessaires pour assurer sa viabilité à long terme (surtout en période de décroissance des investissements publicitaires

La logique de l’internaute
L’internaute dépense. Il veut dépenser le moins possible. La gratuité est donc forcément un appât. Mais il veut aussi un système simple, pas ennuyeux. Aujourd’hui, la “gratuité est financée” de 3 façons:
- affichage Google Adwords partagé avec l’artiste (façon Jamendo, Imeem, Deezer). De loin la meilleure solution par l’internaute car elle ne gêne que peu (voire pas du tout avec les plug-ins adéquats) l’expérience utilisateur, et apporte forcément le plus d’audience
- la publicité dans le fichier (façon We7). C’est la 2ème solution la moins ennuyeuse car si l’internaute doit écouter cette publicité pendant les x jours qui ont suivi son téléchargement, elle disparait au bout de cette période, donc pour les musicophiles, c’est l’idéal pour enrichir leur discothèque
- la publicité avant chaque téléchargement (façon Airtist). La plus ennuyeuse car elle oblige à perdre 30 secondes (en plus du temps de téléchargement, car ce n’est pas pendant le téléchargement) avant d’accéder à un titre (impossible en effet de récupérer plusieurs titres à la fois dans cette formule). De fait elle a aussi le moins de succès chez les internautes parmi les formules gratuites

Comparatif de l’audience selon les formules (Imeem vs We7 vs Airtist)

Oubliée: la logique de l’artiste
L’artiste, et je pense là surtout à l’artiste qui n’a pas d’engagement avec une major du disque (qui s’octroie les droits de vendre sa musique comme elle l’entend), mais qui aujourd’hui gagne sa vie grâce à sa musique, veut continuer à gagner sa vie ainsi, sans pour autant devenir dépendant d’un acteur qui déciderait pour lui. Aucun des 3 financements ci-dessus ne lui permet aujourd’hui de maintenir ses revenus. Dans le meilleur des cas, ils sont divisés par 20 (et donc l’engage à changer d’activité pour vivre)

8 réponses à to “Gratuité de la musique en téléchargement sur Internet: 2 logiques s’affrontent, une est oubliée”

  • fred:

    Pousse jusqu’au bout la réflesion en concluant : rien n’est fait pour l’artiste sur le web, on est face à la création de star up dans la logique entreprise du web s’intéressant à l’objet musique ou fasse à une réponse à un besoins d’internaute ou de consommateur.

  • Yep, mais c’est bien dommage que personne ne veuille les écouter (ceux qui maitrisent l’outil au moins) dans les phases de conceptions de services…

  • Que penses-tu de ReverbNation, Sonicbids, Topspin ? Et pas mal d’autres.

    Ce sont des start-ups orientées plus artistes.

    On dirait que tu places tes catégories comme mutuellement exclusive, je ne comprends pas pourquoi. Rien n’empêche un artiste de faire airtist, imeem, last.fm, jamendo, deezer, itunes, etc …


    Laurent

  • Je peux te dire que je peux mettre déjà dans la liste que t’énonces, ceux qui choisissent d’être gratuits et ceux qui ne l’ont pas choisi… et pour moi c’est problématique. Après rien n’empêche un artiste d’être partout, mais la stratégie du j’suis partout a ses limites même si peu d’artistes le disent publiquement (cf http://indiehq.com/2007/06/18/a-discussion-about-digital-distribution/ )

    Maintenant, oui, je connais (dans mon entourage), des artistes qui proposent leur musique et en payant, et en CC… Je n’ai absolument pas opposé les choix des artistes, j’ai opposé les contraintes (donc non-choix) auxquels on les soumet sans qu’ils n’aient leur mot à dire.

    Après sur la gratuité, si tu peux me citer ne serait-ce qu’un artiste qui vivait de la musique avant 2003 en physique et qui en vit aujourd’hui dans les mêmes conditions dans la gratuité par téléchargement, je suis preneur :) Prince peut-être via la vente de son album à un journal ? (et encore…, parce que le gars peut rameuter du monde à ses concerts et donc s’en sert plus comme promotion). Je pense que le gratuit est à appréhender comme promotion plus que comme fin.

  • C’est fort vrai (malheureusement ) ce que dit l’ami Fred ! Reste que cela ne date pas d’aujourd’hui et que les artistes n’ont au passage pas plus le droit de l’ouvrir dans les débats sans fin sur la loi DADVSI et autres joutes numériques. La logique des uns contre celle des autres et au milieu , nous comptons les points , essuyant de temps à autres quelques dérapage pas trop contrôlés .

    Après sur le fait d’être de partout, je crois que la tendance (du moins chez les indés) est plus à l’inverse…
    http://www.hebdozic.fr/?p=85

  • Au profit de Airtist, NeoMusicStore, dans une faible mesure par rapport à des sites américains comme Beatport, eMusic and co où là c’est flagrant, même avec certains artistes français

  • Je veux bien te le concéder le mot “profit” n’était peut être pas très adapté aux boutiques et artistes alternatifs de notre petit et obscure pays … :) ))))

  • didier:

    salut sylvain,

    quelle serait pour toi la plate forme “idéale” pour les indé aujourd’hui ?

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