Riposte graduée, loi Hadopi: rétrograde, coûteuse, inefficace, fantaisiste, injuste… éphémère
Rétrograde
Comme pour le pétrole, où l’on subventionne pour compenser la hausse des dépenses au lieu de favoriser des alternatives.
Comme pour la délocalisation des industries, où l’on fait des promesses qu’on sait qu’on ne pourra tenir (parce que la concurrence mondiale fait que la manufacture n’est pas l’avenir des économies occidentales), au lieu de développer les services, la recherche, et tous les secteurs qui dépendent d’autre chose que d’une capacité de production.
Avec la loi Hadopi, plutôt que de favoriser de nouveaux développements, modes de financement, on tape sur des usages en place depuis 10 ans (“la récré est finie” comme le dit Pascal Nègre), sauf que de nombreux jeunes – les mêmes éduqués à la Star’Ac durant ces 8 dernières années – n’ont tout simplement pas cette culture que d’acheter de la musique en boutique.
Coûteuse
On annonce un budget initial de 15 millions d’Euros. Beaucoup pensent que c’est une estimation basse. Si j’étais arriviste, je relancerais illico presto P2P Overflow. Dans tous les cas, ce sera une opération coûteuse, sans qu’aucune rétrocession financière n’en découle pour les artistes. La filière informatique prestataire de services pour le gouvernement sera probablement la seule gagnante (par une facturation élevée, comme c’est souvent le cas aux services de l’Etat pour des services rendus plus que limités)
Inefficace
Des études ont montré que 70% du trafic ACTUEL de P2P (il y a fort à parier que cette proportion augmente si une telle loi est votée), n’est pas détectable ou que sa détection n’est pas fiable pour pouvoir incriminer les personnes à l’origine du piratage. Par ailleurs, cette loi n’incitera pas pour autant les gens à dépenser plus pour la musique (Des sites comme Imeem, Last.FM ou Deezer auront juste plus d’audience, mais comme on le sait via mes articles précédents, ça ne rémunérera pas pour autant plus les artistes). Bref, cela va coûter cher d’un côté pour ne rien rapporter à la filière musicale.
Fantaisiste
On a entendu un PDG français (qui l’est depuis belle lurette) de la première major de la musique dire que si on bloque en France, on ne pourra pas télécharger à l’étranger car cela prendrait des jours. Au-delà de l’incompétence extraordinaire de cette personne (et des questions que cela doit ouvrir chez les actionnaires sur l’opportunité d’avoir une telle personne à la tête d’une industrie dont la distribution est désormais complètement dépendante des nouvelles technologies), cela montre que la loi est l’oeuvre de personnes qui ne connaissent pas grand chose aux usages d’Internet. C’est triste mais c’est ainsi.
Injuste
Cette loi est injuste pour 3 raisons:
Si quelqu’un (que ce soit dans la famille, ou un utilisateur occasionnel dans la rue qui se connecte à votre borne WiFi ouverte comme le proposent quasiment tous les fournisseurs d’accès aujourd’hui), c’est l’accès au savoir de tout un foyer qui peut être empêché !
A l’instar de ceux qui ont les moyens d’ajouter un GPS au prix de leur voiture et de son carburant pour éviter les radars, ceux qui maîtrisent l’informatique s’orienteront vers des solutions cryptées qui les couvrira de tout risque de se faire verbaliser. Pire, la plupart des foyers dispose d’un PC, qui n’est pas à l’abri de failles de sécurité, qui peuvent ouvrir, sans une autorisation explicite de leur propriétaire, du partage de certains fichiers de leur disque dur au monde entier (simplement pour cause d’installation de virus ou de spyware)
Cette loi a été faite sous la pression de lobbys, c’est donc encore une fois un copinage qui a mené à une loi qui donne une gratification à certains, et un coût additionnel pour les consommateurs (un peu comme la loi qui vise à supprimer la publicité sur le service public audiovisuel). Dans une période où le pouvoir d’achat est l’argument star, cela ne semble pas très cohérent.
Ephémère
La Cour européenne a manifesté, à juste titre, des réticences quant à cette loi, privative de liberté. Il y a fort à parier que soit la loi soit jugée inconstitutionnelle avant même son application, soit les premiers condamnés iront porter plainte devant la Cour Européenne, et de fait rendront cette loi inopérante. Toutes les dépenses qui auront alors été faites en communication, travaux de commission, surveillance informatique auront donc été vaines

