Archive pour June 2008

Riposte graduée, loi Hadopi: rétrograde, coûteuse, inefficace, fantaisiste, injuste… éphémère

Rétrograde
Comme pour le pétrole, où l’on subventionne pour compenser la hausse des dépenses au lieu de favoriser des alternatives.
Comme pour la délocalisation des industries, où l’on fait des promesses qu’on sait qu’on ne pourra tenir (parce que la concurrence mondiale fait que la manufacture n’est pas l’avenir des économies occidentales), au lieu de développer les services, la recherche, et tous les secteurs qui dépendent d’autre chose que d’une capacité de production.
Avec la loi Hadopi, plutôt que de favoriser de nouveaux développements, modes de financement, on tape sur des usages en place depuis 10 ans (“la récré est finie” comme le dit Pascal Nègre), sauf que de nombreux jeunes – les mêmes éduqués à la Star’Ac durant ces 8 dernières années – n’ont tout simplement pas cette culture que d’acheter de la musique en boutique.

Coûteuse
On annonce un budget initial de 15 millions d’Euros. Beaucoup pensent que c’est une estimation basse. Si j’étais arriviste, je relancerais illico presto P2P Overflow. Dans tous les cas, ce sera une opération coûteuse, sans qu’aucune rétrocession financière n’en découle pour les artistes. La filière informatique prestataire de services pour le gouvernement sera probablement la seule gagnante (par une facturation élevée, comme c’est souvent le cas aux services de l’Etat pour des services rendus plus que limités)

Inefficace
Des études ont montré que 70% du trafic ACTUEL de P2P (il y a fort à parier que cette proportion augmente si une telle loi est votée), n’est pas détectable ou que sa détection n’est pas fiable pour pouvoir incriminer les personnes à l’origine du piratage. Par ailleurs, cette loi n’incitera pas pour autant les gens à dépenser plus pour la musique (Des sites comme Imeem, Last.FM ou Deezer auront juste plus d’audience, mais comme on le sait via mes articles précédents, ça ne rémunérera pas pour autant plus les artistes). Bref, cela va coûter cher d’un côté pour ne rien rapporter à la filière musicale.

Fantaisiste
On a entendu un PDG français (qui l’est depuis belle lurette) de la première major de la musique dire que si on bloque en France, on ne pourra pas télécharger à l’étranger car cela prendrait des jours. Au-delà de l’incompétence extraordinaire de cette personne (et des questions que cela doit ouvrir chez les actionnaires sur l’opportunité d’avoir une telle personne à la tête d’une industrie dont la distribution est désormais complètement dépendante des nouvelles technologies), cela montre que la loi est l’oeuvre de personnes qui ne connaissent pas grand chose aux usages d’Internet. C’est triste mais c’est ainsi.

Injuste
Cette loi est injuste pour 3 raisons:
Si quelqu’un (que ce soit dans la famille, ou un utilisateur occasionnel dans la rue qui se connecte à votre borne WiFi ouverte comme le proposent quasiment tous les fournisseurs d’accès aujourd’hui), c’est l’accès au savoir de tout un foyer qui peut être empêché !
A l’instar de ceux qui ont les moyens d’ajouter un GPS au prix de leur voiture et de son carburant pour éviter les radars, ceux qui maîtrisent l’informatique s’orienteront vers des solutions cryptées qui les couvrira de tout risque de se faire verbaliser. Pire, la plupart des foyers dispose d’un PC, qui n’est pas à l’abri de failles de sécurité, qui peuvent ouvrir, sans une autorisation explicite de leur propriétaire, du partage de certains fichiers de leur disque dur au monde entier (simplement pour cause d’installation de virus ou de spyware)
Cette loi a été faite sous la pression de lobbys, c’est donc encore une fois un copinage qui a mené à une loi qui donne une gratification à certains, et un coût additionnel pour les consommateurs (un peu comme la loi qui vise à supprimer la publicité sur le service public audiovisuel). Dans une période où le pouvoir d’achat est l’argument star, cela ne semble pas très cohérent.

Ephémère
La Cour européenne a manifesté, à juste titre, des réticences quant à cette loi, privative de liberté. Il y a fort à parier que soit la loi soit jugée inconstitutionnelle avant même son application, soit les premiers condamnés iront porter plainte devant la Cour Européenne, et de fait rendront cette loi inopérante. Toutes les dépenses qui auront alors été faites en communication, travaux de commission, surveillance informatique auront donc été vaines

Place Rallier du Baty, Rennes, Fête de la Musique, Tio Paquito et autres histoires rocambolesques rennaises

Il y a une rumeur qui coure depuis des années comme quoi la Fête de la Musique serait une fête populaire, conviviale, ouverte à tous, dégagée de tout intérêt commercial. Eh bien, il semblerait qu’il ne s’agisse que d’une pure rumeur. S’il y a bien une chose que j’avais oubliée (mémoire sélective sûrement) durant mes quelques années d’absence des platines, c’était le melon d’un certain milieu électro rennais qui pense toujours savoir faire mieux que tout le monde. J’en ai eu un violent retour à la réalité cette semaine. Que j’aurais été si bien au SONAR…

J-3
La présidente de l’association des commerçants rennais m’informe d’une bisbille sur la programmation de la scène de la place Rallier du Baty, et comme quoi ma prestation serait annulée. Je contacte la Mairie de Rennes qui me dit que rien n’a changé et que je suis toujours programmé de 0h à 2h. Deuxième coup de fil, cette fois d’un gérant du bistrot Tio Paquito (qui comme chaque Rennais le sait est situé Place Rallier du Baty), qui à mon tour m’informe que la programmation a été chamboulée (on me dit que je joue de 0h à 0h45). Je demande qui a fait ce choix, on me répond “moi”, l’un des gérants du Tio Paquito donc. Stupéfait, je me dis que ça cache forcément du copinage et une prise de pouvoir abusive sur l’accord entre l’association des commerçants et la Ville de Rennes par le Tio Paquito. Bingo, de fil en aiguille, je comprends que tout ça n’est qu’organisation dans son coin par le gérant qui souhaitait préempter la scène pour y placer un pote… et était prêt à inventer n’importe quoi pour placer son DJ. Tout ça alors que la mairie de Rennes et l’association de commerçants s’étaient mis d’accord dès février pour que la ville fasse la programmation. Hum. Je dis que je m’en tiens au message officiel de la Ville de Rennes (à ma connaissance, la place Rallier du Baty n’appartient pas à l’un des troquets qui prend 2m50 de son côté)

J-2
Journée placée sous le signe de la transaction puisque chacun (enfin je croyais que chacun) essaie de voir ce qu’il est possible de faire. J’accepte sans difficulté de diviser par 2 mon temps de passage pour laisser la place à un autre DJ, parce que sur le fond, cela ne me dérange pas qu’un jeune DJ joue aussi, même si je fais clairement savoir que la forme ne m’a pas plu. La Mairie de Rennes est d’accord, la directrice de l’association de commerçants aussi.

J-1
Nouvel appel d’un gérant du Tio Paquito. Lui n’est visiblement pas d’accord. Il m’annonce, avec véhémence (c’est le moins que l’on puisse dire) que ce sera de 0h à 0h45, ou rien. Je demande quelle est la durée du set du DJ pour lequel j’ai accepté de rogner mon set. 1h15. Pourquoi un régime de faveur alors qu’il n’est même pas à la programmation. Pourquoi ? Parce que le patron du Tio Paquito l’a décidé. Point. “On te délogera s’il le faut”. OK. l’ambiance est plantée, bien loin de ce que j’avais imaginé quand j’avais été candidat pour jouer. Maintenant je ne pouvais pas imaginer que l’un des adhérents de l’union commerçante pouvait faire la loi sur une place publique dans le cadre d’un événement public. Je crois que je serais allé passer la semaine au SONAR comme j’y avais pensé initialement si j’avais su tout cela d’emblée. L’ambiance y est largement plus conviviale que dans le milieu renno-rennais. En fait j’apprends (par chemin alambiqué via divers contacts) qu’il y a 2 autres DJs (Sam di Contcha et Ugo Papin) que moi sur le créneau qui m’était promis… donc en aucun cas, on n’avait imaginé me laisser mixer à aucun moment. Ce sera plus tard confirmé par la non-présence d’équipements pour ma prestation, ce que ni la Ville de Rennes, ni le Carré Rennais n’avaient certainement demander au loueur de sono.

J
L’injustice n’étant pas trop mon truc, je n’avais pas envie de laisser le Tio Paquito imposer sa loi, je suis donc allé déposer une plainte dans l’après-midi à l’hôtel de police. Le soir, je me rends comme prévu sur la scène, avec mon propre équipement (laptop pour le coup), ayant déjà pressenti le coup fourré à ce niveau. A 10 minutes de la fin de la prestation du groupe précédent, j’ai l’équipe du Tio Paquito qui déboule, avec à qui mieux mieux pour dire que tout est de ma faute si je ne joue pas (ben voyons…), et que de toutes façons, on ne comptait pas me laisser mixer. OK. 30 secondes plus tard, un individu qui fait 2 fois mon gabarit arrive, et exécute, devant nombreux témoins (qui auront pu apprécier à quel point c’était malsain), en me serrant la carotide (c’est efficace et ça ne laisse pas de traces) puis en me plaquant contre le mur, ce dont on m’avait précédemment menacé. Je ne pensais sincèrement pas que ça irait jusque là, je ne voyais pas ce que le Tio Paquito aurait à gagner d’une telle manoeuvre.
Speechless

J’ai 30 ans, je n’ai rien à prouver à qui que ce soit dans le domaine musical, je me réjouissais de pouvoir jouer devant un public qui n’avait rien à payer, en étant sélectionné non par copinage mais par demo. J’étais prêt à céder la moitié du temps qui m’était alloué à quelqu’un que je ne connais pas, juste pour “arranger” tout le monde. Hedonist est mon pseudo de “scène” (on ne rit pas derrière son écran :p), pourquoi, parce que la musique est pour moi avant tout une passion, je le fais par plaisir, pas par volonté de faire le beau. J’avais déjà pu “apprécier” les histoires de clan il y a près de 10 ans, mais en m’adressant à des interlocuteurs nationaux et internationaux dans les années qui ont suivi, j’avais oublié que c’était localement que les gens avaient le melon et cherchaient des histoires, juste pour satisfaire leur ego. Je suis revenu à la triste (mais vraiment triste) réalité avec ces gérants qui sont probablement persuadés d’avoir l’établissement le plus hype…. d’au moins la place Rallier du Baty.

Je ne salue ni la direction culturelle qui fait clairement passer le message que l’alcool prime sur la musique pour la fête de la musique à Rennes, ni l’association des commerçants rennais – et notamment sa représentante – qui ferait bien mieux de faire le tri, surtout quand elle délègue à ce genre d’individus de telles responsabilités.

Convocation officielle par Mairie, organisation Carré Rennais

Deezer: 70000 Euros en 6 mois… pour combien d’écoutes, de téléchargements ?

Je le dis depuis le début, le mode de financement de la musique par Deezer n’est viable que pour Deezer. Jonathan Benassaya, son fondateur a toujours été disert (vous voyez le jeu de mot) sur les chiffres d’audience, mais n’a jamais pu répondre à la question de la rémunération par écoute. Aujourd’hui, on en a un gros indice avec les chiffres officiels de la SACEM (qui ne sont pas les sommes effectivement versées aux artistes rappelons-le). 70000 Euros en 6 mois pour un site qui claironne avoir 500 millions de pages vues par mois (donc au moins autant d’écoutes sinon plus lorsqu’on écoute plusieurs titres d’un même artiste, ce qui est fréquent), ça fait 0,00002333 Euros pour la SACEM par écoute, au mieux, soit au final 0,000016 pour l’artiste. N’importe quel artiste à 5 pages vues par jour sur son site personnel mettant du Adsense ou autre gagnera beaucoup plus par mois que ce qu’il ne pourra gagner avec l’énorme audience de Deezer. Je ne parle même pas des méthodes pour télécharger la musique de Deezer, qui elle manquent à coup sûr d’indices. Alors quand je lis sur les blogs Hi-Tech que ce sont des systèmes qui garantissent un accès libre à la musique pour l’internaute et une juste rémunération pour l’artiste, je ris doucement.

Un autre chiffre que Deezer claironne c’est celui de sa base d’inscrits, 2,3 millions qui vaut certainement largement plus que 70000 Euros elle. Maintenant, il ne faut pas oublier que Deezer, son business, c’est de vendre de l’espace publicitaire, et que la musique n’est qu’un moyen de constituer des bases de données et d’afficher (ou pas avec les plug-ins qui les enlèvent) un maximum de pages avec publicité. Que des artistes soient rémunérés est le cadet de ses soucis, hormis juridiques (et de ce côté-là ils se sont blindés)

Je ne suis pas pour la riposte graduée (complètement déplacée par rapport aux priorités), mais je dois dire que j’en ai plus qu’assez de ceux qui claironnent que l’avenir des musiciens passent par ce genre de sites. L’avenir (à court terme) des entrepreneurs de vente de temps de cerveau disponible peut-être, mais c’est tout

La fin des agrégateurs et de leurs injustifiées commissions !

Vous le savez, je n’ai jamais été très fan des agrégateurs numériques qui essaient de répliquer dans le numérique ce qui existait sous forme de distributeurs dans le monde physique. A la différence près qu’un distributeur physique:
- gérait des stocks, des palettes de disques à transporter dans toute la France ou plus
- payait des avances sur recettes aux labels

alors que le distributeur numérique:
- ne gère aucun stock, se contente d’encoder un CD et de l’envoyer aux serveurs de vente (ce que peux faire n’importe quel internaute sans aucune compétence technique)
- paie lui en retard les labels et artistes, car en déporté jusqu’à atteindre un certain palier, souvent assez élevé (et donc thésaurise sur une multitudes de montants à payer)

Dans la relation avec NeoMusicStore et leurs artistes, les agrégateurs:
- demandent des conditions de rémunération spéciales
- imposent des conditions de livraison, sans prendre en charge leur coût
- interdisent aux artistes et labels qu’ils représentent de pouvoir vendre sur NeoMusicStore en direct dès lors que l’agrégateur a signé avec NeoMusicStore

En fait, ils imposent aux petites plateformes ce qu’ils ne peuvent imposer aux grosses, ceci dans l’espoir que les petites plateformes de toutes façons se plieront à leurs exigences parce qu’elles veulent avoir le plus large catalogue possible. Etant donné qu’on n’a jamais été sensible à ce genre d’arguments (bien entendu on préfère avoir le plus large catalogue possible pour les acheteurs, mais pas au prix d’une remise en cause de l’équilibre NeoMusicStore, ni au détriment des artistes représentés par les agrégateurs), la plupart, malgré leurs nombreuses relances (dues aux faits que leurs labels/artistes clients souvent veulent bénéficier des services promotionnels exclusifs de NeoMusicStore), se sont cassés les dents.

C’est pourquoi dans les faits jusqu’ici, un seul d’entre eux a été accepté sur la plateforme. Le clientélisme n’a jamais été la philosophie de NeoMusicStore, et nous savions que le temps assénirait le marché. Il semblerait que cela arrive maintenant.

Aujourd’hui, une nouvelle ère s’annonce.
Tunecore, qui a acquis ses lettres de noblesse en ne prenant aucune commission sur royalties, et en ayant en catalogue des artistes comme The Cure ou Nine Inch Nails, propose désormais sa plateforme technique à n’importe qui. Alors bien sûr les artistes et labels Tunecore ne sont pas distribués sur 500 plateformes. Mais quand il s’agit des généralistes, Tunecore est sur celles qui rapportent. Et de nombreux artistes et labels reviennent actuellement des agrégateurs qui proclament être sur plein de plateformes, mais pour lesquels au final, c’est très long pour chacune d’entre elles (y compris iTunes) et très peu rémunérateur pour les plateformes en dehors des 4 plus grosses (dans l’ordre: iTunes, Amazon MP3, eMusic, Napster) qui représentent 90% des ventes. NeoMusicStore va intégrer le service TuneCore directement dans le back office artistes et labels, ainsi une seule interface pourra être utilisée par les labels et artistes tout en bénéficaint des conditions avantageuses (100% de royalties) de TuneCore. Fidèle à notre politique, nous n’appliquerons pas de marge sur ce service qui sera proposé au même tarif qu’en direct sur TuneCore, le but étant juste d’apporter une facilité pour pouvoir vendre et sur son propre site/MySpace/widgets en vente directe et sur les plateformes généralistes, sans avoir à refaire plusieurs fois les mêmes opérations. Cela va dans le sens de notre système d’upload de videos simultané sur YouTube, DailyMotion, Google Video, MySpace, Facebook & co.

Avec la possibilité de ne payer que 9.99$ pour mettre un titre sur toutes les plateformes généralistes, et d’avoir 100% des royalties, les agrégateurs qui marchent à coup de 15 à 30% de commission risquent d’avoir du souci à se faire sur la compétitivité de leur offre.

Fête de la musique: du difficile exercice du mélange des genres

Je suis en général le premier défenseur du mélange des genres musicaux pour éviter toute linéarité dans un événement de musiques électroniques par exemple, et c’est pourquoi des DJ’s transgenres comme Laurent Garnier, Ellen Allien et d’autres ont mes faveurs. Maintenant que diriez-vous d’une scène qui partage successivement un artiste de chanson française (Fab), un group de Brit Rock (The Missing Girl), un groupe de Folk (Miss Mary Mack), et un DJ électro (moi en l’occurrence). Pas facile, hein ? Surtout pour le DJ électro qui risque de se frotter à un public tout simplement hostile à tout “bleep” :) Eh bien il faudra pourtant relever le défi pour la Fête de la Musique ce 21 juin place Rallier du Baty, parce que c’est ce qu’il m’attend pour un set d’au moins 2h, et il faudra donc mettre en oeuvre mes beaux discours sur le crossover, si je ne veux pas que la place Rallier du Baty se renouvelle de 100% d’un bloc dans les premières minutes. Sur la fête de la musique, les gens sont généralement moins obtus (j’ai en mémoire la prestation d’Herman Dune qui avait par exemple clairsemé la foule du festival pop de la Route du Rock En passant sur leurs MySpace, j’ai en revanche remarqué la qualité des compositions de tous les artistes, donc tout le monde devrait en revanche trouver son compte au moins une heure pendant la soirée :)

L’événement Facebook