XIII Bis records en redressement judiciaire: où comment l’indé peut – aussi – faillir
L’un des labels indépendants (indépendant dans le sens économique au moins) français avec le catalogue le plus “mainstream”, avec des signatures de gens débarqués de majors (Alain Chamfort, Tears for Fears, Paul Personne), des artistes américains morts dont les détenteurs de droits ne se préoccuppent guère de l’usage de la musique qui peut être fait à l’étranger (Ray Charles), des stars du passé maintenant dans un quasi anonymat (Muriel Moreno, Elmer Food Beat), mais aussi des choses un peu perdues dans ce catalogue (Daran). On ne vend pas de la musique comme on vend des chaudières à gaz (activité précédente du fondateur de XIII bis), on ne réussit pas (plus) dans ce milieu par simple opportunisme, et avec la généralisation du numérique, c’est une autre manière de consommer et de vendre de la musique indé qui apparaît. Les distributeurs/agrégateurs/concentrateurs de tous genres ne sont plus les gros acteurs du marché indé, comme c’était le cas dans le domaine physique. En effet, ce que les difficultés de ces structures montrent d’abord, c’est que dans le milieu indépendant, la stratégie du fourre-tout, de l’opportunisme à tout-va, sans réelle identité, sans développement d’un style propre, sans s’adresser à un public bien défini, ne fonctionne tout simplement pas. Hier c’était V2, acteur indépendant international, aujourd’hui XIII bis (qui espère probablement se faire racheter par une major également, bien que ce soit ô combien plus difficile avec son marché étroit)
Attention, ce n’est pas pour autant une généralité. Because Music, fondé par l’ex-Virgin Emmanuel de Buretel, est l’exemple-type du label monté dans des conditions de catalogue similaires (c-à -d varié dans les genres et les publics) qui a sû assurer sa transformation à l’ère du numérique. Peut-être tout simplement parce qu’au-delà de la multiplicité des genres, il y a une vraie direction artistique avec une vraie découverte de talents, des artistes vraiment issus du milieu indépendant (qui n’ont pas atteri là par défaut), et une vraie stratégie aussi à la tête du label.
Amusant, Airtist met XIII bis à la une de son catalogue cette semaine (comme ils l’avaient fait pour v2 avant son absorption). J’attendais des dérives du modèle publicitaire, je ne pensais pas les voir si rapidement. Encore une fois, c’est le chant du cygne, une vision à court terme et un mépris des artistes (combien accepteraient de donner leur musique en échange de publicité pour un commerce local si on le leur demandait ?) qui conduisent à mettre un catalogue à disposition de cette manière, histoire d’espérer un retour financier immédiat (je ne suis pas certain que la publicité pour des commerces locaux soit suffisante pour cela). Pire, si le label tombe en liquidation judiciaire, les artistes auront perdu et le contrôle de l’usage de leur musique et leur éditeur. Alain Chamfort va peut être pouvoir nous gratifier d’un autre clip inspiré du coup, ce sera déjà ça.
Bref, avec cette défaillance de plus, je confirme ce que je pense de la musique aujourd’hui, il n’y a pas crise mais transition et évolution, et seuls les acteurs qui ne savent pas s’adapter (pour des raisons de culture souvent, car plus orientés vers l’économie que vers une ligne directrice artistique) disparaissent