Jan
25
2008

La rémunération des artistes dans le cadre de diffusion gratuite sur Internet par l’exemple Last.fm

MIDEM 2008: QTrax, Last.FM, Deezer et Yahoo obligent, la gratuité de la musique va être au centre des débats pendant une semaine. Livrons donc nous à une petite analyse. Prenons un artiste non signé qui a pas mal de succès sur YouTube, MySpace, Last.fm (qui servira d’exemple car seul à donner publiquement ses rémunérations), etc, et sur NeoMusicStore, modeste plateforme de téléchargement de musique indé: Mattrach

A l’heure où j’écris ces lignes il a été écouté 1735 fois sur Last.fm.
A l’heure où j’écris ces lignes il a été téléchargé 3113 fois sur NeoMusicStore.

Sur Last.fm il reçoit 0.0005$ par écoute (minimum garanti et probable effectif).
Il reçoit donc: 1735 x 0.0005 = 0,8675 soit un total de 0.59 Euros (avec la conversion Euro-dollar de ce jour, en estimant qu’il n’y ait pas de frais de change)

Sur NeoMusicStore il vend sa musique 0.75 Euros (prix qu’il a choisi) le titre, avec reversement de 20 centimes de commission par vente à NeoMusicStore soit 0.55 Euros qui lui sont versés
Il reçoit donc: 3113 x 0,55 = 2334,75 soit un total de 2334,75 Euros

Donc à tous ceux qui disent que la musique gratuite est l’avenir… oui pt’et pour les publicitaires ou plateformes qui vendent la publicité. Pas pour les artistes. On voit ici qu’en une seule vente MattRach gagne autant AVEC 1 UNIQUE TELECHARGEMENT EN VENTE DIRECTE qu’en 1735 écoutes sur Last.fm.

Sans parler que Last.fm ne paie probablement pas en temps réel (contrairement à NeoMusicStore), et qu’il faudra qu’il atteigne un palier… bref, il faudra des mois pour atteindre 3 francs 6 sous.

Pire cela signifie qu’un jeune de 16 ans est plus fort à utiliser les systèmes de promotion et de recommandation pour se promouvoir que Last.fm qui fait pourtant loi dans le domaine (et que je considère comme l’un des meilleurs algos pour découvrir de la musique, seulement voilà ce n’est qu’un algorithme avec ses limites).

La musique payante, et les recommandations non algorithmiques ont donc encore un bel avenir si on s’intéresse à autre chose que la musique de consommation (expression que j’invente mais qui pourrait bien être une dénomination officielle quand on fera de la musique sur un thème ou dans un genre qui permettra d’afficher les pubs les plus rémunératrices !)

Ce post n’empêchera pas certaines start-up de dire que la publicité en ligne est l’avenir de la musique pendant ce MIDEM 2008. On saura au moins pour qui quand elles le diront ! Donc, vous qui croyez rémunérer vos artistes favoris en les écoutant sur Deezer, Radio blog ou d’autres, dites-vous que rien ne vaut de leur acheter un titre en direct ne serait-ce qu’un par an, ce sera plus qu’en les écoutant 5 fois par jour chaque jour de l’année (ce qui s’avèrerait un exploit) sur l’un de ces services .

[EDIT] Les écoutes de MattRach sur Last.FM ne seraient que du “scrobbling” (lecture dans un media player sur son PC) donc pas lues sur le site directement. La base resterait la même néanmoins dans le cas d’une écoute sur site.

Written by Sylvain Corvaisier in: Business, Neo, musique |

4 Comments »

  • julien G. says:

    Effectivement vu comme ça la promesse de gains pour l’artiste sur last.fm est ridiculement basse mais l’écoute en streaming et la vente ne sont ni comparables ni opposables => les plate-formes de streaming n’ont pas forcément vocation à se substituer à la vente de cd mais sont complémentaires.
    Ainsi peut être que dans les 3113 individus ayant achetés des titres de Mattrach il y en a 10% qui ont connus cet artiste en l’écoutant gratuitement sur last.fm ? En tout les cas il y a probablement peu de personnes qui auront acheté du Mattrach sans l’avoir écouté auparavant et pour ça les plate-formes de streaming ont leur utilité…

    Julien

  • En l’occurence, là ce n’est que du scrobbling, ça veut dire que ce sont des gens qui l’écoutaient dans leur player et qui ont été indexés par Last.fm, donc c’est plutôt l’inverse. Et je trouve dommage qu’une plateforme de recommandations ait 2 fois moins d’écoute de cet artiste qu’il n’y a de ventes, logiquement, elle devrait au minimum en avoir 20 fois plus (puisqu’il faut 20 écoutes en moyenne pour avoir 1 achat). Je pointe là que MySpace et YouTube (pour prendre les 2 plus gros) ont largement plus contribué au succès de l’artiste que Last.fm, et pourtant point de réel outil de découverte sur les 2. C’est dommage car le but initial de ce site était de mettre tout le monde au même niveau (et c’est encore le discours des communiqués). Dans les faits, il s’oriente malheureusement de plus en plus vers un catalogue de major (mais bon le rachat par une société de diffusion pouvait le laisser présupposer). Donc le bouche-à -oreille reste encore (largement) plus fort que les systèmes de recommandation (pour les indés en tout cas). Ca ne veut pas dire pour autant qu’ils sont inutiles.

  • Quand en 2000 j’avais pensé Kioskradio, le lien pour acheter était d’emblée (et pour 100% des titres) sur le player d’écoute. Ca pourrait être quelque chose de systématique aussi sur Last.fm (même Deezer le fait), d’autant qu’en général les services prennent aussi une commission dessus. J’ai vu que ça commençait avec 7digital. Il est plus que temps.

  • julien G. says:

    Oui mais il est probable que la majeure partie des gens utilisent last.fm sans faire de “scrobbling” (de même que beaucoup de gens utilisent youtube sans mettre eux même de vidéos)
    La rémunération, si j’ai bien compris, se fait sur l’écoute des titres que l’artiste mettra à disposition de last.fm et non pas sur le scrobbling.
    Sur last.fm le lien acheter est déjà bien présent sur le player ? Pour la france, ces liens commenceront vraiment à être efficace quand AmazonMp3 arrivera et que cela permettra d’acheter directement le titre en haute qualité et sans se préocupper des problèmes d’interopérabilité…

    Du point de vue d’un artiste l’intérêt d’une plate-forme comme last.fm n’est pas dans la rémunération qu’elle peut apporter (je suis d’accord sur le fait que c’est de l’intox) mais sur les infos que cela peut lui apporter (nombre d’auditeurs, feedbacks, artistes associés, etc…) et bien sur la promo gratuite, le marketing viral.

    Bon mais je ne suis pas l’avocat de last.fm même si je trouve que leur modèle semble tenir la route et qu’ils sont nettement au dessus de deezer (moi le coté pub pour du cassoulet en écoutant de la musique j’aime pas trop : je trouve que c’est trés dévalorisant…).

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