La révolution musicale par Philippe Axel “Liberté, égalité, gratuité”

Reçu (gratuitement, je précise pour éviter tout soupçon de subjectivité), dans ma boite aux lettres il y a quelques jours, édité chez Pearson éducation, l’ouvrage de l’artiste indépendant et blogueur philaxel.com, va à l’encontre du rapport tout récemment remis à Nicolas Sarkozy. Ce rapport, rédigé je le rappelle par le président de la Fnac Denis Olivennes, lui-même tout à fait hostile à toute notion de gratuité, prônant avant tout une riposte graduée à l’égard des internautes téléchargeant des oeuvres illégalement, et la mise en place de solutions de vente en ligne interopérables.

Philippe Axel, lui, considère la marche – forcée peut-être – vers la gratuité comme inéluctable, à la manière d’un Jacques Attali qu’il cite souvent et qui prédit que les biens non rivaux (ceux qui peuvent être copiés à l’infini, sans nécessité de matérialité) ne pourront être vendus alors qu’ils sont dans le même temps mis à la disposition gratuite de tous. L’auteur ne croit donc pas au modèle de téléchargement à l’unité qui s’est imposé depuis iTunes Néanmoins, alors que c’est – au moins en visibilité – aujourd’hui le consensus lorsque l’on parle de gratuité des contenus sur Internet, il ne croit pas non plus à leur financement par la publicité; d’une part parce que la technologie permet aujourd’hui et permettra de plus en plus de s’en affranchir quand bien même on essaie de nous l’imposer; d’autre part parce qu’elle ne ferait qu’amplifier le mouvement de merchandisation/mercantilisation de la musique, déjà bien avancé aujourd’hui chez les majors du disque, à un moment où les directeurs artistiques des majors n’ont plus d’artistique que leur titre.

Bien que n’y adhérant pas totalement, l’auteur est un fervent défenseur des licences Creative Commons, sous lesquelles il diffuse sa propre musique car il déplore les actuels mécanismes de répartition comme de subventionnement, qui n’apportent aucune solution viable à l’indépendant qui se perd rapidement en formalités administratives, la prime étant donnée artificiellement aux plus grosses structures, cela ne favorise pas l’émergence de nouveaux artistes de musiques actuelles faute de moyen de production (et c’est quelque chose de complètement vrai dès lors que les productions ne peuvent être faites dans un home studio). Il rappelle au passage que les musiques actuelles, au contraire du classique, du jazz, etc ne bénéficient de quasiment aucun soutien public ou mécénat car consdérées à tort comme bénéficiant d’assez de moyens grâce à l’industrie musicale.

Si je le rejoins dans le postulat que la publicité ne peut être un mode de financement de la musique, je ne pense pas plus que la généralisation des taxes ou subventions puisse l’être contrairement à ce qu’il semble donner comme piste. En effet, il propose une licence légale qui prélèverait des faibles montants qui seraient reversés aux sites Internet de contenu. Je pense qu’un “consommateur” de musique est aujourd’hui déjà beaucoup trop taxé (supports vierges, clés USB, disques durs, baladeurs, etc), alors même que la musique a pu être légalement acquise. Je n’ai jamais été pour que la communauté paie pour les pirates, je ne le suis toujours pas, d’autant plus lorsque les reversements de ces taxes perçues tombe dans les travers que l’auteur lui-même dénonce par ailleurs

Pour la partie support, il propose des évolutions qui me semble être finalement basiques, puisque c’est appliqué la recette des DVD (bonus, contenus exclusifs) aux CD. Malheureusement, si cela s’avère nécessaire pour la pérennité du support CD, cela ne peut être suffisant pour autant, et je ne crois pas à un réel avenir des supports autres que collectors (même le support et le symbole n’ont plus de valeur aujourd’hui), et c’est en cela que le vinyle retrouve aujourd’hui ses lettres de noblesses dans l’”élite musicale”.

Ce livre va bien au-delà du simple constat et de l’énoncé de nouvelles pistes de développement – bien qu’elles y soient présentes, puisqu’on y sent le réel engagement d’un artiste indépendant – salarié par ailleurs – qui a bien étudié tous les aspects de la transition que nous sommes encore en train de vivre… de là à dire que la gratuité et le mécénat s’imposeront, j’en doute personnellement, surtout dans les pays où l’exception culturelle n’existe pas.

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2 réponses à to “La révolution musicale par Philippe Axel “Liberté, égalité, gratuité””

  • Bonjour,
    merci beaucoup d’avoir lu mon livre et d’avoir écrit ce texte. Juste quelques précisions. Le système de financement que je propose n’est pas fait que d’une redevance sur l’accès Internet profitant, pour faire rapide, à tous les contenus d’utilité publique.Il est fait aussi et surtout, et vous l’oubliez, de licences légales payées par toutes les sociétés Internet qui profitent de la musique à des fins lucratives au dessus d’un certain seuil de bénéfice commercial. Ensuite, le CD que je propose n’est pas un DVD avec des bonus, mais un CD Musical Interactif, qui établirait une liaison entre l’acheteur (et seulement lui) et le site Internet de l’artiste, avec également un lien bilatéral avec le spectacle vivant. L’achat du CD donne lieu à une réduction sur la place de concert ou une place de concert gratuite. L’achat de la place de concert pourrait aussi inclure ce CD etc.

    Et je ne dis pas que c’est le mécénat qui doit s’imposer.ce que j’appelle, le “mécénat collectif desinteressé ” est constitué par un ensemble de revenus et d’accès au professionnalisme par d’autres voies que la simple vente d’objets dérivés.

    Merci encore
    Cordialement
    Philippe Axel
    http://www.philaxel.com

  • 6h30 de train, ça aide pour dévorer un livre :) . Non effectivement, ce n’est pas ce mode de financement exclusif que vous proposez, mais c’est quand même très présent dans le livre. Faire payer les FAI, ça ne pourra jamais se faire qu’à l’échelle française. Pour les YouTube, Dailymotion & consorts, les retours que j’en ai jusqu’ici sont que les répartitions sont comme souvent dans le cadre d’accords collectifs, inadaptées.

    Pour les contenus personnalisés, je sais que j’ai tenté déjà moi via Neo les contenus associés effectivement (via un coupon, qui peut aussi être distribués pendant les concerts pour télécharger ensuite le live par ex) à un disque physique, mais étonnament, c’est qqch qui ne prend pas tant que ça chez les artistes (qui voient souvent ça comme du travail additionnel)