Les limites du modèle publicitaire: le cas Airtist
Je n’aime pas parler des “concurrents” de NeoMusicStore sur mon blog, qui plus est lorsqu’ils sont français, et que leur modèle a du mal à prendre, mais je me le permets désormais pour Airtist, car je ne le considère plus du tout comme un concurrent désormais (encore moins avec la v3 de NeoMusicStore à venir Q1 2008)
Airtist a annoncé, il y a de cela près de 3 ans, qu’il allait révolutionner la musique en ligne. Soit. De nombreux et répétés démarchages de labels indépendants français ont été faits avant l’ouverture même du site qui est intervenue elle, il y a environ 15 mois. Dans le même temps, les fondateurs ont multiplié les initiatives pour aller dégoter des subventions sur le modèle économique révolutionnaire qu’ils comptaient donc déployer. Aux dernières nouvelles, ils auraient même levé des fonds (immédiatement consacrés probablement à une démarche de vente d’espaces publicitaires). Ce modèle révolutionnaire, quel est-il ? Tout simplement d’obliger les internautes à regarder une video de 30 secondes pour pouvoir en échange télécharger un titre (ce qui devait s’appliquer à tous serait désormais très limité en nombre de titres). L’auteur étant rémunéré à hauteur de 7 cents (en décalé lorsqu’il aura atteint un palier de ventes). Donc cela oblige probablement Airtist a vendre au moins le double aux annonceurs ET à faire du gros volume pour rentrer un jour dans ses frais (et pour les artistes, le volume est également indispensable, surtout s’ils doivent partager les revenus avec les producteurs, éditeurs, etc)
Aujourd’hui, 3 ans après les premières annonces, force est de constater qu’hormis les publicités Google sur les pages artistes (qui ne rapportent rien aux artistes), la publicité comme moyen de monétisation des téléchargements de musique est toujours aux abonnés absents, malgré des campagnes régulières qui annonçaient sa disponibilité imminente depuis l’ouverture soit plus de 15 mois maintenant. Et encore désormais, le catalogue serait partiel… Ca ne coûte rien, et ça permet de faire parler de soi, quand on avance qu’on peut avoir de la musique gratuitement légalement (et l’actualité du moment pourrait les inciter à l’annoncer une énième fois). Ils sont même jusqu’à aller se comparer au système de Radiohead. Soit. Si je suis allé moins loin, après tout, j’ai aussi dit que la vente directe était le postulat de NeoMusicStore dès sa conception comme Radiohead pour son dernier album.
Airtist, le jour où il proposera effectivement la musique contre publicité (et j’avoue que cela dépend plus de leur trésorerie que d’autre chose si ça doit arriver), et tous les sites qui disent vendre de la musique en échange de publicité, ne vendent pas de musique. Ils utilisent la musique pour vendre de l’espace publicitaire. Evidemment, ce n’est pas ce qu’on annonce à l’artiste (surtout quand comme Airtist, on lui VEND le fait de donner sa musique en échange de publicité – ce qui est d’ailleurs le summum en la matière)
Airtist est tellement dans une valorisation de sa base membres (seule chose qui pourra attirer des annonceurs qui rechigneront à payer plus cher pour être sur une unique plateforme que via Google sur tout le web étant d’avoir une base de données TRES QUALIFIEE) qu’il en organise des concours bidons (bidon non pas parce qu’il n’y a pas d’enjeu, il y en a bien un, par exemple en ce moment un baladeur, qui fait également l’objet d’eloges de la part des fondateurs, comme par hasard) où le but est de récompenser l’artiste ayant reçu le plus de vote (le but caché étant d’obtenir un maximum de membres). Malheureusement ça a pour effet:
1. D’avoir des votes et des profils bidons et donc d’avoir une base de données relativement pauvre
2. De décrédibiliser les artistes qui recoivent 20 fois plus de votes qu’ils ne vendent de titres (ou alors Airtist ne devrait pas afficher le nombre de titres vendus)
3. D’avoir une réputation très mercantile auprès des internautes déjà excédés par les usages de fichiers par la plupart des commerçants du web, ce qui est complètement incompatible avec l’orientation indé (manque de mieux ?) prise par le site
Dernier problème pour airtist, c’est que leur concept révolutionnaire il y a 3 ans (pas tant que ça puisque c’est ce que Napster proposait déjà aux éditeurs dans les mois qui ont suivi sa création il y a bien longtemps maintenant, et tous les P2Pistes derrière avec les avantages de la distribution P2P et d’une large audience en plus), est en place aujourd’hui sur de nombreux sites, et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne prend pas vraiment…
Bref, vous l’aurez compris, NeoMusicStore v3 n’aura pas plus de publicité (soit aucune) que les versions précédentes, car c’est un marché complètement différent… où les concurrents sont Google Adwords/Adsense/Doubleclick, Yahoo Overture, et toutes les régies publicitaires.
[EDIT] Lisez l’excellent livre de Philippe Axel, qui envisage aussi la gratuité, mais d’une toute autre forme que celle-ci
“tous les sites qui disent vendre de la musique en échange de publicité, ne vendent pas de musique. Ils utilisent la musique pour vendre de l’espace publicitaire.”
C’est même le propre d’un média privé vivant de la publicité (voir le temps de cerveau disponible de l’ex DG de TF1).
Tu (on peut se tutoyer sur un blog) met bien en avant le problème de la rémunération par la pub sur les ite de musique. joli post d’ailleurs.
Un système qui ne repose pas uniquement sur le classemnt des plus populaires, des meilleurs votes, ça ne serait pas mal non plus. Le but des plateformes indé, c’est l’ouverture, la découverte, donc profitons d’être sur internet pour sortir (un petit peu, un classment c’est toujours bon) du modèle yatcast traditionel, les plus populaires en avant. en pus des algorytme, des choix de l’auditeur, un peu d’éitorial ne fait e mal à personne, bien au contraire…
On peut toujours rêver non ?
Je pense que les blogs font ce que les sites de vente ne font pas, et en cela c’est pas plus mal car il y a – un peu – plus d’indépendance, après il faut effectivement que les blogs en question facilitent l’achat de la musique qu’ils critiquent mais entre les liens iTunes et l’affiliation, ça devient facilement faisable. L’éditorial demande beaucoup de moyens, et peu de retour financier, c’est donc pourquoi c’est difficile à concentrer… même la presse traditionnelle musicale a de plus en plus de mal aujourd’hui.
La presse traditionnelle souffre de son financement par la publicité.
Je ne pense pas que les blog peuvent tout faire. certains blog vont s’avérer être des leaders d’opinion pour tel ou tel genre musical mais, en soutien aux sites de ventes, je pense qu’une édition de contenu (voir son financement) puisse apparaître. Peut être le travail d’un agrégateur ?