Archive pour August 2007

Route du Rock, jour 2: éclatants Smashing Pumpkins

Tout le monde ou presque était là pour eux ce jeudi soir au Fort-Saint-Père. Un public acquis, un nouvel album à sortir… il fallait à Smahing Pumpkins de distiller régulièrement certains des anthems de leur Mellon Collie and the Infinite Sadness ou Siamese Dream au milieu de leurs nouvelles productions pour s’assurer d’un succès quasi-certain. Et il en aura été ainsi. Toutes les 3/4 chansons, on avait effectivement le droit à un de ces titres, invariablement pendant toute la durée de leur set (environ 1h30). Difficile dans ce cas, de savoir prendre du recul…

La voix et la guitare de Billy Corgan, comme toujours, occupent tout l’espace scénique, faisant des autres musiciens (hormis peut-être le batteur Jimmy Chamberlin – normal c’est le seul autre membre historique du groupe) des figurants auxquels s’attache d’ailleurs très peu le réalisateur de la captation des concerts. Smashing Pumpkins, c’est le groupe de Billy Corgan avant tout, et peu de personnes diraient le contraire… Sauf que… Smashing Pumpkins a acquis ses lettres de noblesses avec un album,Mellon Collie and the Infinite Sadness, et selon moi, ce qui fait la force de Smashing Pumpkins sur cet album ce n’est pas Billy Corgan, du moins pas QUE Billy Corgan. C’est surtout le trio de producteurs Alan Moulder, Billy Corgan et Flood qui ont su ajuster à eux trois une part d’électronique, et de variation rythmique qui fait que les passages les plus énergiques prennent plus de relief, que lors d’un simple déchaînement de guitares et batteries… et c’est un petit peu sur ce point que semble pêcher les productions de Zeitgeist, le nouvel album des Smashing Pumpkins. Si on sent encore les influences électroniques ici où là , elles semblent plus avoir été apportées pour donner un peu plus de variété, qu’une réelle profondeur ou construction aux morceaux.
Pour ceux qui ne connaissent pas Alan Moulder et Flood, je les renvoie à Wikipedia évidemment. Fan déjà de Nine Inch Nails, Jesus and The Mary Chain, Depeche Mode et PJ Harvey, et connaissant Smashing Pumpkins avant Mellon Collie, j’avais d’emblée moi senti l’influence de ces producteurs sur les titres des Smashing Pumpkins. Adore, leur album suivant n’avait pas connu le même succès car le trio de producteurs n’avait pas été reconduit (et de nombreux conflits avaient surgi entre Brad Wood le remplaçant et Billy Corgan, au point que Flood avait été rappelé in extremis). Sur Zeitgeist on ne les retrouve pas non plus, et ça s’entend (je précise que je n’ai pas écouté/téléchargé l’album, je me contente de leur prestation scénique pour juger). Bien entendu, comme à chaque reformation de groupe à succès, cela ne conditionne pas les ventes (du moins dans les premières semaines) du nouvel album, mais sur la distance, et même si ça a besoin d’être reconfirmé par une écoute “at home”, Zeitgeist ne devrait pas non plus obtenir le succès de l’album-phare du groupe.

En résumé, la prestation des Smashing Pumpkins a effectivement éclipsé tous les autres concerts de la soirée, mais aura dû son succès surtout à la reprise des anciens titres, et à l’énergie incontestable déployée lors de leur introduction et de leur final.

Pas de jour 3 de la Route du Rock (désolé, mais les papys de Sonic Youth ne m’intéressent pas plus que ça…). Une recommandation de lecture en revanche avant de partir, le blog de fluctuat

Et n’oubliez pas…
Pop is not a musical form

Route du Rock, jour 1: Herman Düne, The National, Art Brut, Justice

Ce sont les noms à retenir de cette première soirée au Fort-Saint-Père… Herman Düne confirme d’abord, que c’est un groupe qui avec une musique folk peut atteindre un public rock (certes poussé par un quasi tube en 2006). On passera les nombreuses digressions de David Imar, et son inélégance – probablement volontaire et calculée – à citer tous les groupes de la soirée sauf Justice (Visiblement, il y a certainement une rancoeur à être programmé le jour comme un groupe “newcomer” alors que le duo électronique parisien, réel newcomer, est une tête d’affiche de ce premier soir de festival “inrock”).

The National et Art Brut, dont c’était la deuxième venue, ont tous les 2 confirmé les attentes placées en eux pour leur retour. On n’aime ou on n’aime pas (notamment pour chacun d’entre eux leur enfermement dans un style bien particulier), ils restent diablement efficaces sur scène.

Grosse déception en revanche pour The Go! Team, qui au-delà d’un grand foutraque sonore est disons… d’une grande énergie très dispersée (je ne vois pas trop l’intérêt de 2 batteurs qui font la même chose par exemple… dans ce cas-là une simple résonnance ferait le même effet)

Justice, avec un set différent de celui d’Astropolis, a su retenir la quasi-totalité du public pendant toute la durée de son set, ce qui est assez révélateur de l’énergie et de la qualité de leur live qui sait aussi plaire à un public pas forcément le plus enclin à l’électronique festive. Un peu trop de breaks néanmoins à mon avis, et surtout, on se dit qu’à 3h30, il est encore trop tôt pour que ça s’arrête… Espérons qu’ils sauront éviter la facilité dans laquelle est tombée Daft Punk après la sortie de leur premier album…

Désolé, pas de photos pour cette soirée, Rock Tympans ne m’ayant pas accordé d’accréditation (il faut dire qu’après avoir couvert pendant 5/6 ans l’événement pour Breizhoo, j’avais séché les 4/5 dernières années, cela montre aussi la faible visibilité de Breizhoo aujourd’hui bien qu’il fasse plus de visiteurs que MaVille par exemple pour la région Bretagne)…

Souvenirs, souvenirs, 1995 était ma première participation au festival … et en 1997, il y a dix ans donc, je mixais (plutôt breakbeat) au festival devant un parterre VIP composé d’Asian Dub Foundation, Natacha Atlas, Gus Gus, Placebo, Death in Vegas…

Route Du Rock 1997

La musique indé en téléchargement en france… y’a-t’il un marché ?

Ce n’est pas au constat des ventes de NeoMusicStore faites à des français (encore que si, car c’est clairement la population la moins représentée, avec la plus faible progression depuis 2 ans et demi maintenant, alors que dans le même temps, c’est la seule population non anglophone qui dispose d’une version dans sa langue), mais avant tout, à la réaction de certains lorsqu’on distribue des coupons qui permettent de télécharger de la musique. “Bah ça sert à rien, on utilise Emule”. Alors, oui vous utilisez Emule, mais là on vous file un truc gratuit pour vous, qui rémunérera l’artiste (c’est NeoMusicStore qui paie lorsqu’on distribue des coupons). Souvent c’est le même public qui se cache derrière les arguments “j’achète pas parce qu’il y a rien qui va à l’artiste”… et là quand y’a 100% qui va à l’artiste on nous sort ce genre d’ânerie (c’est le mot), avec le sourire en plus ! Je respecte Guillaume Champeau et d’autres qui ont défendu des alternatives au téléchargement avec DRM, mais ils ont tellement déséduqué le public par un manichéisme vendeur, que ce dernier est désormais rétif à l’idée même de payer pour la musique, ce qui n’a pas de sens sauf peut-être pour un informaticien qui considère que c’est qu’une suite de bits (et encore lui l’informaticien, travaille-t’il à l’oeil, quand bien même lorsqu’il travaille sur des projets open source ? Je ne crois pas)

Dans le même temps, je vois que mes concurrents qui se concentrent sur le marché français vendent encore moins, largement moins, surtout si on prend en compte leur volume de visiteurs (du moins celui qu’ils annoncent), et pour certains l’écho médiatique dont ils disposent. Rédhibitoire ? Il y a de quoi s’interroger effectivement sur la réalité d’un marché du téléchargement indépendant en France. Sur le marché généraliste, Virgin déjà peine, mais il y a sur ce marché des gens qui achètent des sonneries, et les clients historiques qui achètent régulièrement leur musique en grande surface… mais déjà en grande surface, le catalogue indépendant est réduit à peau de chagrin… vaut-il mieux se concentrer sur le marché étranger ? Je pense que oui, à défaut, depuis le début, et l’histoire ne fait que le confirmer (d’autres sites le comprennent enfin)

De tous les pays où des coupons ont été distribués, la France est le seul pays où on peut entendre cette remarque (et avec un fort taux qui plus est), et c’est fort dommage pour notre scène indé. Pour une fois, j’espère vraiment avoir tort néanmoins…

EDIT: en répondant à une étude commanditée par Rock Tympas, organisateur du festival de la Route du Rock, j’ai pu constater avec celui qui menait l’étude que j’étais le seul interrogé à télécharger de la musique légalement sur Internet… confirmant ainsi mes convictions sur le marché indé du téléchargement… hormis ceux qui de près ou de loin sont dans la musique, rares sont ceux qui achètent, au moins au format dématérialisé.

Astropolis 2007: Justice, Justice, Justice…

Après les Vieilles Charrues, fief euh… je sais pas… deuxième étape bretonne pour le duo Justice cet été, Astropolis, dans un fief electro (mais peu house) à Brest… avant la Route du Rock, fief pop, à Saint-Malo dans quelques jours…

A quelle heure passe Justice ? T’es sûr ? Des croix sur tous les T-shirts… il n’y a pas à en douter, Justice, plébisicité par (presque) toute la presse musicale européenne est l’événement d’Astropolis… pour le public comme pour les professionnels quand on voit l’effervescence backstage au moment de leur passage… On les réduit souvent aux “nouveaux” Daft Punk, il faut bien avouer qu’ils ont jusqu’ici un “plan de carrière” qui ressemble à celui de Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter… des remixes pour de grosses pointures internationales, un succès mediatique à l’étranger, relayé ensuite par la presse française qui s’empresse de les estampiller “french touch”… et surtout le live. Si je n’ai guère été impressionné par l’album (pas mauvais, mais pas non plus exceptionnel), le live/mix a en revanche mis fin à mon scepticisme. Pour les rares qui ont connu les live de Daft Punk avant qu’ils ne passent sur la FM (autant dire qu’ils ne sont pas nombreux), le live de Justice est similaire … avec des productions personnelles vitaminées, avec une propension pour les sons de guitares basses saturées et compressées, des cuts, des filtres passe-haut, passe-bas, des caisses claires qui s’affolent, et des mixes peu probables (Meet her at the Love Parade de Da Hool), le tout semble-t’il bien préparé avec un déclenchement au temps près d’une playlist planifiée à l’avance (enfin on verra à la Route du Rock la part d’improvisation et de préparation)

Autre sensation de la soirée, Agoria en live, toujours aussi efficace.
Justice et toute la soirée de clôture d'Astropolis 2007 en photos

Pour NeoMusicStore, environ 1000 coupons auront finalement été distribués (moins de “personnel” que prévu, et en retard sur site)