Trax qui meurt… la presse musicale française toujours plus mal
La presse musicale n’aura jamais su atteindre l’aura et l’influence qu’elle peut avoir outre-manche. Philippe Manoeuvre en est le plus digne représentant, tant dans sa que dans son échec. Quand NME “découvre” Artic Monkeys, quelques mois après notre journaliste musical national “découvre” Naast et essaie d’implanter la “nouvelle scène rock française” (sic) parisienne au-delà du périphérique… voire des frontières… Evidemment c’est un échec. Rock&Folk (oui pour ceux qui ne connaissent pas R&F, Philippe Manoeuvre en est la mascotte et le rédacteur en chef) est néanmoins le seul magazine français “de référence” pourrait-on dire, qui a su braver les effets de mode pour durer plus de 40 ans… à tel point que lorsque la TV ne fait ni de la variété, ni des clips à gogo, c’est souvent le sieur Manoeuvre qu’aujourd’hui encore on invite pour parler de musique.
Mais Rock&Folk avait en quelque sorte son pendant pour les musiques électroniques (au sens large), avec Trax. Alors qu’il y a 10 ans seul Coda existait dans le paysage électronique français en matière de presse (et faisait référence car de nombreux “importateurs” du mouvement électronique composaient son équipe de rédaction), Trax venait avait une approche qui visait à conquérir le grand public, tout en proposant des découvertes via un CD 10 titres inclus avec le magazine (alors que la population électro d’alors était toujours rompue au vinyle). Et la mayonnaise a pris, grâce à un contenu de qualité, une mise en page agréable… et des annonceurs qui suivaient, l’électronique ayant gagné en respectabilité (notamment dans les autre media) à cette époque. Bon an, mal an, le magazine s’est renouvelé en cédant à la mode du “tendances” (c’est d’ailleurs un magazine “tendances” qui a racheté la marque Trax, Technikart), perdant ainsi quelques-uns de ses plus fidèles lecteurs, se faisant racheter par Cyber Press Publishing… mais le lectorat n’a jamais vraiment décollé (13000 ventes par numéro dernièrement), peut-être aussi parce que l’électronique est toujours resté confinée à une population limitée…
On pourra aussi lui reprocher le côté “Tu me prends une publicité, je te fais un article, et je mets un titre sur le CD promotionnel”, mais c’est le mode de fonctionnement de toute la presse musicale en France, tout simplement parce qu’elle n’atteint pas une masse critique de lecteurs pour assurer sa subsistance des abonnements et annonceurs désintéressés par l’éditorial
Malheureusement sur le web français, la situation n’est pas meilleure, aucun site éditorial ne draîne de trafic important sur la seule musique (généralement les sites ajoutent d’autres cordes culturelles ou fashion à leur arc). Dès 1997, j’avais voulu moi-même lancé DJing, et n’avais pu que me heurter aux nombreuses barrières (quand déjà pour promouvoir il faut payer, y’a quelque chose qui cloche) qui s’érigent devant celui qui veut créer du contenu éditorial autour de la musique dans notre pays. Heureusement quelques motivés comme Liability savent me faire mentir
Le blog de l’équipe de Trax
Le rachat de la marque Trax par Technikart sur Rue89
Visiblement, ce n’est pas mieux pour la presse musicale anglaise:
http://www.pressgazette.co.uk/story.asp?sectioncode=1&storycode=38547&c=1