La fin des majors telle que je la vois

C’était mon postulat avant même de commencer à travailler sur NeoMusicStore, en 1999… les majors de l’industrie du disque telles qu’on les connaissait au siècle dernier vont disparaître, emportés par la déferlante web 2.0 diront certains (le web 2.0 n’existant pas au moment où j’ai fait cette analyse, je dirais plutôt, par la relation directe que permet Internet).

Aujourd’hui le développement de nouveaux artistes n’est déjà plus pour les majors qu’un argument marketing. C’est tellement vrai que le développement de nouveaux talents est devenu un argument pour tout le monde… émissions de télévision, opérateurs téléphoniques, services video, etc. Les majors nous envoient le message marketing suivant “vous avez besoin de nous”:
- aux artistes pour leur faire croire qu’ils ne peuvent se développer et atteindre une audience mondiale, ce qui est déjà faux avec la vivacité du milieu indépendant depuis le début des années 1990, et qui le sera de plus en plus avec l’avènement de services multilatéraux, qui se substituent aux directeurs artistiques des maisons de disques et radios, jusqu’à la fin du siècle dernier seuls décideurs du succès commercial de tel ou tel artiste
- au public pour faire croire que sans les majors, il serait passé à côté de nombreux groupes. Ceci est peut-être vrai pour quelqu’un qui n’a pas l’envie de d’enrichir son “lexique musical”, certainement pas pour celui qui “consomme” de la musique autrement que comme un bien jetable ou périssable qui compte plus sur sa communauté (ses amis, les lieux où il assiste à des concerts, la presse, les blogs, les services de recommandation… etc) pour se constituer son “identité musicale”, car c’est de bien cela dont il s’agit

Bien avant qu’elles ne l’assument (ça viendra un jour, Pascal Nègre assume bien aujourd’hui vendre de la musique en MP3, dix ans après avoir brocardé ce format au point d’en avoir fait le responsable du faible développement de nouveaux artistes !), elles sont déjà dans une phase de transition, où le back catalogue, et sa rentabilisation rapide (que permet la distribution numérique, via la facilité de la réplication – j’emploie volontairement un terme synonyme de copie ici – à volonté sans coût additionnel) sont clairement les axes de développement. Le rachat d’EMI par un fond d’investissement est symptômatique de cette transition économiquement censée. Ce n’est en effet pas par simple facilité que les majors capitalisent sur leur back catalogue, c’est aussi par pragmatisme économique. Aujourd’hui, il est très difficile de prédire ce qui va fonctionner, on a beau faire des tests préalables sur une centaines d’auditeurs, offrir des avantages en nature aux directeurs artistiques qui constituent la playlist des radios qui ont plus de 10% d’audience, rien ne garantit qu’un artiste sur lequel on met beaucoup de moyens vendra plus qu’un autre qui se sera fait connaître uniquement par le bouche-à -oreille, les concerts, ou les services Internet… alors autant capitaliser sur ce qui marche, quitte à le vendre plusieurs fois sur plusieurs supports (le numérique le permet tout autant que le physique). Quand les services de recommandation seront la panacée, les Beatles reviendront forcément sur beaucoup plus de requêtes qu’un artiste qui vient de sortir son premier titre… et il y a encore des générations qui n’ont peut-être pas encore un titre des Beatles dans leur discothèque qui seront peut-être susceptibles plus tard de les acheter, que ce soit par simple revival ou démarche culturelle. Quel est le coût marginal de rendre mon catalogue disponible partout, quel est celui de développer de nouveaux talents ? A cette question, vous, comme un fond d’investissement, aurez la même réponse… donc il est facile de comprendre qu’un fond d’investissement fera d’un catalogue musical son trésor de guerre et se refusera à long terme à tout risque… ça a marché dans le domaine du cinéma avec la multiplication du nombre de canaux de diffusion (grâce à l’avènement du numérique… qui contrairement à ce que l’on pense parfois a eu un impact sur la video avant d’en avoir un sur l’audio)

Pour les artistes qu’elles ont en catalogue, et qui ne sont pas morts, et donc susceptibles de sortir des nouveaux albums, il est indispensable d’embrasser par ailleurs les nouveaux modes de promotion et de distribution, si elles ne veulent pas que, contrairement à la tendance des dernières années où les artistes de majors se faisaient casser leur contrat par les majors, les artistes cassent leur contrat chez les majors pour aller vers des cieux, où ils seront plus en phase avec leur public, et retireront à la fois plus de bénéfices personnels et pécuniaires. Je prédis qu’on assistera d’ici la fin de l’année, ou courant de l’année prochaine à de telles défections. Evidemment, cela ne me déplairait pas de voir ces artistes embrasser ma vision en adhérant également à NeoMusicStore.

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