Archive pour May 2007

Last.fm racheté par CBS pour 280M$… so long Kioskradio

J’ai toujours été très attentif à l’évolution de Last.fm, car le site a dès le début eu une vision très proche de celle que j’avais avec Kioskradio…

Kioskradio a été développé en 1999/2000 sur l’idée d’une radio personnalisée qui s’adapterait au goûts des internautes au fil de leurs écoutes, grâce à des algorithmes proches du “vous avez aimé, vous devriez aussi aimer” d’Amazon. Last.fm s’est développé avec le même modèle à partir de 2002, à la différence près que le site n’a pas demandé en amont, jusqu’à une histoire très récente, l’autorisation des ayants droits pour diffuser leur musique, bien leur en aura pris, puisque ça a été le principal point d’achoppement avec Kioskradio… et ce qui est le cas avec la plupart des services de recommandation musicale en France… même encore aujourd’hui (même si la tendance est à l’assouplissement ces derniers temps) En effet, malgré l’autorisation des artistes pour diffuser leur musique, Kioskradio était contraint de verser des droits phénoménaux (sans aucun appui sur de quelconques revenus ou chiffre d’affaires). Par ailleurs, la nécessité d’obtenir à priori le consentement des ayants droits est un travail de longue haleine… alors qu’avec le succès de la plateforme avec beaucoup de contenus, ce sont les fournisseurs de contenu (en tout cas dans le domaine indé) qui demandent à rejoindre la plateforme.

Le site a joué à plein de son système en revanche lors de la fusion avec AudioScrobbler puisque la musique écoutée hors du site (sur iTunes, Winamp ou d’autres players MP3 supportés) fait partie intégrante des algorithmes… dès lors, la base de données d’artistes et de titres s’enrichit drastiquement puisqu’elle se constitue à partir des tags ID3 de centaines de milliers d’utilisateurs… qui plus est d’utilisateurs qui ne trouvent pas leur compte dans les programmations des radios FM, et donc une très grande diversité…

5 ans d’existence, 15 millions d’utilisateurs mais toujours pas de perspective de rentabilité… s’il y a bien un endroit où le service a failli, c’est là, mais heureusement diront certains car cela lui aura peut-être évité une dérive trop commerciale (que beaucoup d’utilisateurs doivent également craindre avec le rachat par CBS), surtout avec l’entrée dans le capital de purs investisseurs financiers. Kioskradio est arrivé trop tôt (pas de haut débit) au mauvais endroit (dans un pays où les sociétés de gestion collective n’ont aucune vision) mais le site avait d’emblée la volonté de s’orienter vers la vente directe (ce vers quoi NeoMusicStore s’est finalement orienté) en espérant ne pas trahir cependant le précepte d’origine qui était celui de la découverte de nouveaux horizons sonores… (et en cela le refus d’investissement extérieur est une garantie sur la politique à mener)

Pour NeoMusicStore, c’est une bonne chose que Last.fm soit racheté par CBS, parce que Last.fm est le seul service qui permettait vraiment une découverte et une promotion des artistes indépendants, ce que nul service aujourd’hui n’est réellement capable de faire (MySpace dans une certaine mesure, mais ses dérives vers un site purement communautaire – voire de rencontres – pour de simples raisons mercantiles, est en train de ruiner cet atout), et c’est vraiment l’axe de différenciation majeur que je compte poursuivre avec NeoMusicStore, tout en pensant (et c’est là aussi une limite de Last.fm, même si de nouvelles fonctionnalités il y a peu laissaient présager du meilleur) au monde offline… puisque cette semaine (cela sera officialisé le 1er juin) sont lancés les coupons, qui doivent devenir un moyen de prolonger l’expérience de la scène sur fichier, et faire découvrir – les usages en la matière sont presque sans limite – de la musique facilement à des amateurs de musique qui ne la consomment pas seulement sur Internet mais aussi dans des concerts, festivals, etc…

Pour ceux que ça intéresse, mon – dernier et actuel – compte – payant – last.fm: neomusicstore (étonnant, non ?)

La fin des majors telle que je la vois

C’était mon postulat avant même de commencer à travailler sur NeoMusicStore, en 1999… les majors de l’industrie du disque telles qu’on les connaissait au siècle dernier vont disparaître, emportés par la déferlante web 2.0 diront certains (le web 2.0 n’existant pas au moment où j’ai fait cette analyse, je dirais plutôt, par la relation directe que permet Internet).

Aujourd’hui le développement de nouveaux artistes n’est déjà plus pour les majors qu’un argument marketing. C’est tellement vrai que le développement de nouveaux talents est devenu un argument pour tout le monde… émissions de télévision, opérateurs téléphoniques, services video, etc. Les majors nous envoient le message marketing suivant “vous avez besoin de nous”:
- aux artistes pour leur faire croire qu’ils ne peuvent se développer et atteindre une audience mondiale, ce qui est déjà faux avec la vivacité du milieu indépendant depuis le début des années 1990, et qui le sera de plus en plus avec l’avènement de services multilatéraux, qui se substituent aux directeurs artistiques des maisons de disques et radios, jusqu’à la fin du siècle dernier seuls décideurs du succès commercial de tel ou tel artiste
- au public pour faire croire que sans les majors, il serait passé à côté de nombreux groupes. Ceci est peut-être vrai pour quelqu’un qui n’a pas l’envie de d’enrichir son “lexique musical”, certainement pas pour celui qui “consomme” de la musique autrement que comme un bien jetable ou périssable qui compte plus sur sa communauté (ses amis, les lieux où il assiste à des concerts, la presse, les blogs, les services de recommandation… etc) pour se constituer son “identité musicale”, car c’est de bien cela dont il s’agit

Bien avant qu’elles ne l’assument (ça viendra un jour, Pascal Nègre assume bien aujourd’hui vendre de la musique en MP3, dix ans après avoir brocardé ce format au point d’en avoir fait le responsable du faible développement de nouveaux artistes !), elles sont déjà dans une phase de transition, où le back catalogue, et sa rentabilisation rapide (que permet la distribution numérique, via la facilité de la réplication – j’emploie volontairement un terme synonyme de copie ici – à volonté sans coût additionnel) sont clairement les axes de développement. Le rachat d’EMI par un fond d’investissement est symptômatique de cette transition économiquement censée. Ce n’est en effet pas par simple facilité que les majors capitalisent sur leur back catalogue, c’est aussi par pragmatisme économique. Aujourd’hui, il est très difficile de prédire ce qui va fonctionner, on a beau faire des tests préalables sur une centaines d’auditeurs, offrir des avantages en nature aux directeurs artistiques qui constituent la playlist des radios qui ont plus de 10% d’audience, rien ne garantit qu’un artiste sur lequel on met beaucoup de moyens vendra plus qu’un autre qui se sera fait connaître uniquement par le bouche-à -oreille, les concerts, ou les services Internet… alors autant capitaliser sur ce qui marche, quitte à le vendre plusieurs fois sur plusieurs supports (le numérique le permet tout autant que le physique). Quand les services de recommandation seront la panacée, les Beatles reviendront forcément sur beaucoup plus de requêtes qu’un artiste qui vient de sortir son premier titre… et il y a encore des générations qui n’ont peut-être pas encore un titre des Beatles dans leur discothèque qui seront peut-être susceptibles plus tard de les acheter, que ce soit par simple revival ou démarche culturelle. Quel est le coût marginal de rendre mon catalogue disponible partout, quel est celui de développer de nouveaux talents ? A cette question, vous, comme un fond d’investissement, aurez la même réponse… donc il est facile de comprendre qu’un fond d’investissement fera d’un catalogue musical son trésor de guerre et se refusera à long terme à tout risque… ça a marché dans le domaine du cinéma avec la multiplication du nombre de canaux de diffusion (grâce à l’avènement du numérique… qui contrairement à ce que l’on pense parfois a eu un impact sur la video avant d’en avoir un sur l’audio)

Pour les artistes qu’elles ont en catalogue, et qui ne sont pas morts, et donc susceptibles de sortir des nouveaux albums, il est indispensable d’embrasser par ailleurs les nouveaux modes de promotion et de distribution, si elles ne veulent pas que, contrairement à la tendance des dernières années où les artistes de majors se faisaient casser leur contrat par les majors, les artistes cassent leur contrat chez les majors pour aller vers des cieux, où ils seront plus en phase avec leur public, et retireront à la fois plus de bénéfices personnels et pécuniaires. Je prédis qu’on assistera d’ici la fin de l’année, ou courant de l’année prochaine à de telles défections. Evidemment, cela ne me déplairait pas de voir ces artistes embrasser ma vision en adhérant également à NeoMusicStore.

Recommandation de musique: un dossier sur 14 services

C’est une clef du développement de la musique, et notamment dans le domaine indé, où les recommandations (de la presse, d’organisateurs, d’influenceurs divers mais aussi de simples amateurs) sont la première manière de se faire connaître. Ratiatum publie un article qui analyse nombre d’entre eux, avec comme maître étalon Last.fm (qui vous n’êtes pas sans le savoir, est aussi mon choix premier en terme de recommandations et de déceouvertes). A lire si vous êtes artistes et souhaitez utilisez tous les moyens à votre disposition pour faire connaître de manière efficace (car la recommandation est ce qui permet le meilleur “retour sur investissement”, en temps comme en argent) vos productions… mais aussi si vous êtes simple amateur de musique et en avez marre des playlists à 40 titres des radios FM.

La musique gratuite… mais à quel prix ?

C’est une assertion récurrente dans les media depuis quelques années, notamment dans les revues et sites informatiques où l’on en parle beaucoup (c’est une idée populaire en soi) et on s’empresse parfois de dire que c’est le modèle futur… celui de la musique gratuite. Jamendo, Airtist notamment, pour parler de sites francophones, dans 2 approches différentes font ainsi beaucoup parler d’eux depuis longtemps, sans réellement convaincre, ni les artistes, ni les annonceurs, ni les internautes…

Jamendo a été lancé par des informaticiens (Laurent Kratz et Sylvain Zimmer) sur l’idée d’un Red Hat de la musique en gros (c’est d’ailleurs un modèle qu’ils revendiquent eux-mêmes)… on prend des ressources “open source” (en l’occurence Creative Commons), et on monte un business dessus en y apportant une plus-value de service. Pour moi cette approche n’a pas de sens car Red Hat fournit des services à haute technicité, là ou Jamendo se contente d’une base de données avec taxonomie et d’outils Peer 2 Peer grand public. Résultat, le site s’adresse avant tout au public des informaticiens qu’à celui des fans de musique. Hors ce public est l’un des moins aptes à acheter de la musique sur Internet (je l’ai remarqué moi-même sur Neo premièrement en analysant et les statistiques de réferences en provenance de sites informatiques, et les browsers/OS utilisés… deuxièmement parce que j’ai beaucoup d’informaticiens dans mon entourage… et que pour la plupart d’entre eux, y’a soit les vilaines plateformes avec encodage pourri et mauvais DRM soit la musique gratuite… et rien entre les 2). Donc me direz-vous, pas de problème, sur Jamendo, on n’achète pas, on donne… oui, sauf que le principe du shareware est le même… peu paient… encore plus quand on est dans un pays où on n’est pas familier du “tip”. Jamendo a donc pour intérêt, à mon avis, de s’adresser avant tout à la communauté Creative Commons US… malheureusement si la concurrence est faible en France et en Europe (peut-être en raison du mode de fonctionnement des sociétés de gestion collective), elle est exacerbée aux Etats-Unis… Pas grave, me direz-vous, on peut changer le modèle économique en passant par un partage des revenus publicitaires… oui sauf que quand on prône une distribution par P2P, le temps et le nombre de pages vues d’un site qui n’est plus qu’un annuaire d’artistes est limité, donc les revenus tirés par ce mode de fonctionnement le sont aussi… selon le seul chiffre fourni par Jamendo à ce jour (celui de l’annonce, Janvier), chaque album (il y en a plus de 2000) s’est vu remettre moins de 50 cents en un mois… enfin créditer, car le système par palier impose un paiement à 40 Euros uniquement (ce qui signifie qu’il faudra 80 mois, près de 7 ans pour recevoir un chèque pour un artiste en moyenne) et ce que n’importe quel artiste peut sans doute faire dans son coin par le simple ajout de Google Adsense sur son blog ou son site perso… Donc la publicité, avant de rémunérer les artistes a certainement été d’abord pensée comme un moyen de trouver de nouvelles pistes de rentabilisation pour le site (peut-être dans le cadre de recherche de financement ?). Autre conséquence de cet ajout de publicité, la défection des membres de la première heure qui adhéraient à la philosophie du site… lorsqu’ils ont vu poindre des publicités pour la Star Academy par exemple, nombreux ont été ceux qui ont soit quitté le site par respect de leurs convictions, soit mangé leur chapeau en espérant des lendemains meilleurs… Au final, Dogmazic (ex musique-libre.org, qui lui même opère visiblement une mue commerciale aujourd’hui avec Pragmazic – mais c’est un autre sujet), aura ainsi bénéficié d’un lancement rapide. En conclusion, je pense que si Jamendo veut réussir, il leur faut 2 choses:
1. S’éloigner de leur orientation informatique pour s’orienter plus vers la musique et ses réseaux.
2. Pour reprendre vraiment le modèle Red Hat, apporter une réelle plus value dans un système de recommandations. Last.fm a par exemple montré que de purs algorithmes informatiques pouvaient aussi avoir une application dans le domaine de la création artistique

A la manière du – maintenant disparu – Uploud, soutenu par des investisseurs privés à hauteur de plus de 100000 Euros, Airtist de son côté a été fondé par un ex-étudiant d’une école de commerce (Olivier Reynaud) et un informaticien (Laurent Magnin) soutenu par des fonds publics d’un montant semblable. Son orientation, même si elle a évolué au cours du temps, est clairement orientée vers des prix très bas, ce qui aux yeux de l’internaute ne pourra être qu’un bon argument. Malheureusement, l’encodage est lui aussi de mauvaise qualité (MP3 192k), et les tarifs de 0,99€ s’appliquent de plus en plus sur les derniers ajouts… alors même que les mêmes titres sont disponibles sans DRM également à des qualités supérieures sur les plateformes généralistes. Depuis plus de 2 ans et demi, (bien que de nombreux journalistes – à l’ère où la vérification des sources est limitée rien d’étonnant – pensent que ce soit nouveau) le site annonce comme imminente la sortie de sa version avec gratuité de la musique en échange d’une visualisation d’une publicité avant téléchargement, mais elle n’est toujours pas disponible actuellement (malgré une nouvelle campagne d’annonce en ce sens récemment – mais c’est un peu sur cela que la société capitalise, à raison, pour faire parler d’elle). Le plus embêtant là aussi reste la viabilité et la rentabilité du site pour la plateforme comme pour les artistes. Car à 40 Euros l’abonnement annuel, et 12 centimes de reversement par vente (déportés jusqu’à l’atteinte d’un palier de paiement là aussi), il faut 333 ventes pour ne serait-ce rentabiliser l’abonnement… quelque chose de quasi-impossible pour un artiste qui ne bénéficie pas de réseau ou d’une vraie promotion (que le site ne fait ni ne facilite hors une simple page de présentation) et le volume de téléchargements des meilleures ventes le montre bien… il n’y a que 5 artistes qui dépassent ce chiffre aujourd’hui (et tous avaient déjà une réputation et des ventes bien établies avant). Sur le front de la publicité, combien d’artistes de labels, sont prêts à vendre leur musique de cette manière… surtout dans le domaine indé ou la musique est une passion avant d’être une valeur marchande… d’ailleurs, seuls 35 labels sont inscrits sur la plateforme, alors que le démarchage a été ô combien plus important que celui de NeoMusicStore par exemple. Et même dans ces 35, combien acceptent la publicité ? Maintenant on ne sait pas si les intentions d’Airtist sont de développer un modèle viable pour tous ou de se revendre à la manière d’un Peter Gabriel, qui vient lui aussi de créer un site similaire (We7) après avoir vendu à prix d’or sa précédente OD2 à Loudeye, alors qu’elle n’était pas rentable (mais elle avait en revanche l’avantage d’avoir et un large catalogue, et une large diffusion en marque blanche). Dans le domaine de la publicité sur Internet, les tarifs sont toujours à la baisse… et avec l’augmentation inévitable de publicité audiovisuelle sur le Net dans les mois qui viennent, il y a fort à parier que ce soit également le cas… Sera-ce encore une fois aux artistes indés de se serrer la ceinture ? A mon avis, si Airtist veut percer, elle doit surtout s’adresser aux majors, qui n’ont d’autre préocuppation que de trouver de nouvelles sources de revenus et pourraient donc être intéressées (d’ailleurs la plupart ont déjà signés avec Spiral Frog, qui n’est cependant fonctionnel que dans certains pays), plus que des indés plus réticents à la merchandisation (temps de cerveau disponible ?) de leurs creations

Accessoirement – ou pas – ça dépend ce qu’on recherche, la musique gratuite a un effet néfaste bien involontaire, qui est de ne pas faire le tri (parce que soyons honnêtes tous les artistes qui proposent leur musique en direct, en payant ou pas, ne sont pas talentueux ou n’ont pas des productions assez bien finies/masterisées) et donc du coup il est plus difficile de trouver les bonnes choses car le nombre de téléchargements est forcément moins fiable que le nombre d’achats (parce que les gens font du remplissage alors qu’avec leur acte d’achat, il y a une forme d’implication)… Attention ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit (à savoir que le top représente forcément les meilleures musiques)… quand je vois celui d’iTunes – au niveau des singles surtout – je dois dire que je n’y trouve pas trop mon compte personnellement.

La musique gratuite – au sens de financée par la publicité – n’est pas à mon sens une avancée pour la musique, c’est une régression, et elle conduira inévitablement à une paupérisation et à un formatage (non plus aux desiderata des auditeurs, mais à ceux des annonceurs)… il y a aujourd’hui de nombreux moyens GRATUITS à la disposition des artistes pour promouvoir leur musique (sites de partages de videos, MySpace-like, Last.fm pour le online, concerts et tremplins pour le offline… les leurs, ou ceux des autres)… La musique gratuite a en revanche tout à fait sa place pour ceux qui ne veulent en tirer aucun bénéfice marchand, mais pour cela les artistes n’ont attendus ni les annuaires de contenus Creative Commons ni la publicité, et nombreux sont ceux à mettre à disposition leur musique en mp3 sur leurs sites.

Non aux DRM !