Feb
22
2010
2

Route du Rock 2010, Collection Hiver, sans the XX

Faisons court. Le père de la chanteuse du groupe le plus attendu est décédé 2 jours avant la prestation, donc le groupe le plus attendu de cette édition hivernale n’était pas là. Son remplaçant, These New Puritans, qui s’avère être leur première partie en temps normal, a également fait défaut, ou plutôt son chanteur a fait défaut (je soupçonne une proximité quelconque avec la chanteuse de The XX :D ). Pas grave, le reste de la programmation valait largement le détour: Beak, Beach House, The Horrors, Local Natives avaient déjà attiré mon attention.

Pas de surprise pour Beach House, la prestation scénique est aussi plaisante que l’écoute, bonne mise en bouche du festival. Pas de surprise non plus pour Jackie O Motherfucker… à vrai dire, si, c’est encore pire que ce que je n’avais imaginé. Un seul titre, long de près d’une heure, des notes qui s’étirent, se percutent dans une bouillie que j’aurais vraiment du mal à assimiler à jeun. Passons. Voici venir The Horrors, portés pâles pour l’édition de l’été dernier, et que j’avais manqués à Rennes. Rappelons qu’il s’agit de la première partie de Nine Inch Nails, à qui je voue un culte certain, et qui se doit de faire de bon choix de premières parties. Sauf que, même si le dernier album est de bonne facture, il n’a rien non plus d’exceptionnel. Et c’est la même impression que me laisse le live. Peut mieux faire aurait-on écrit sur un bulletin scolaire. Le coeur y est, notamment chez le bassiste sautillant, mais, ça ne prend pas pour moi, avec quelque chose de constamment bancal. Beak time; ovni en vu; Voici que la moitié -masculine – de Portishead se présente sur scène. Rien à voir avec le duo de Bristol, on est ici dans une expérimentation plus minimaliste, même si la voix est encore le centre de toutes les attentions, ici par sa quasi-absence (reverb lointaine) chez Geoff Barrow. C’est bien de Krautrock dont il s’agit, mais version largement moins pénible que les Jackie… Turzi poursuit dans cette veine, mais avec une utilisation plus basique de l’électronique. Je ne reste pas jusqu’au bout.

Arrivée tardive sur le set de Clues, j’apprends par la suite que c’était une bonne chose, car seule la fin était acceptable. Je concours. Shearwater. On m’en disait beaucoup de bien, l’écoute sur Spotify ne m’avait guère enthousiasmé, mais je dois bien avouer avoir été séduit par ces multi-instrumentistes. Un batteur au look de métalleux scandinave (non je n’ai pas repris cette formule sur le blog de ma roukine favorite, j’avais la même inspiration à sa vue) qui passe de la batterie à la clarinette puis au xylophone… épatant. Et ce n’était pas le seul. On passe de la guitare à l’orgue, de la basse aux cuivres, etc. J’aime les musiciens touche-à-tout (bref, ce que je ne suis pas), le rendu est très bon. Vivats. The Tallest Man on Earth (qui n’est pas si grand) prend la suite, non sans une provocation préalable de nos “DJs” qui balancent un remix de The XX pendant l’interlude. Mais pour des considérations de business networking (euh ouais, non pas vraiment, plus de geekeries musicales) avec une Parisienne pas du tout snob (pour répondre aux médisantes rennaises – quoiqu’ayant eu démonstration des classiques infamies dedits bonhommes aussi pendant Shearwater) et parce que l’ambiance folk ne seyait guère à mon humeur du moment, je l’ai zappé. Focus pour Local Natives, qui déjà avec leur formation et leur look improbables savent gagner l’intérêt de l’audience, et là magie, sans conteste le meilleur moment du festival avec une très grande habilité scénique, un échange de rôles comme sur Shearwater, avec un lead singer différent selon les titres, un usage à bon escient des orgues électroniques. Ne sachant me décider si je vais assister à la prestation de Krikor, et reste donc pour l’intégralité du set de Clara Clara. Et là, erreur. L’originalité d’avoir un chanteur batteur (avec micro accroché à l’oreille) est vite effacée par une électronique insipide. On a l’impression que c’est un de ces groupes de rock qui veut imiter les succès de l’électronique en additionnant ses pires recettes : ligne de basse efficace, énergie rythmique, mélodies simplistes de l’Electro House. Alors oui, François Virot est un hyperactif dans la musique, mais hyperactif ne veut pas dire bon partout … j’en sais quelque chose ;)

Dommage qu’il n’y ait pas eu usage d’un Twitter (bon je dirais aussi – évidemment – d’une application mobile complète :p) pour les annonces de dernière minute, nombreux sont ceux qui ont été informés uniquement sur place. A noter qu’Arte Live Web nous propose encore une excellente couverture video de l’événement (en live comme à la demande) qui ne déplaira que par le choix technologique pour ceux qui ne roulent pas en Windows :)

La playlist Spotify spéciale Route du Rock Hiver 2010

Report d’une inconnue rennaise au goût quasiment opposé.
Report d’une confrère parisienne aux goûts quasiment identiques
Report de SOV, dans le même ton

Written by Sylvain Corvaisier in: musique |
Jan
25
2010
3

Jonathan Benassaya, l’homme qui faisait des avances aux majors

Voilà, c’est fait, Spotify l’a tuer. Le PDG de Blogmusik, éditeur de Deezer, s’est fait virer mettre à l’écart par ses actionnaires, et il a semble-t’il été l’un des derniers à l’apprendre. Jonathan Benassaya était apparu sur les écrans TV il y a 2 ans et demi en annonçant qu’il allait sauver l’industrie de la musique. Dès lors, et comme toute société qui part de ce postulat, il avait perdu à mes yeux toute légitimité dans ce secteur. Langage double populiste: les majors sont méchantes, mais en même temps il leur fait les yeux doux car il ne peut/veut pas faire un Deezer sans leur catalogue qui en est la substance première. Langage double sur la rémunération, puisque les artistes sont une nouvelle fois les dindons de la farce, et que les fondateurs et les majors s’en mettent plein les fouilles. Ceux qui voient en Deezer un acteur français innovant en matière de musique n’auront probablement pas connu RadioBlog ou … Kioskradio. Ceux qui voient en Deezer un acteur respectueux des artistes (comme le disait presque la précédente Ministre de la Culture), sont probablement ceux qui trouvent que la musique est toujours trop chère, quel que soit son prix.

Le modèle économique
C’est plutôt de l’absence de modèle économique dont il faudrait parler. Je me demande encore aujourd’hui comment une société peut lever autant de fonds alors que les exemples de réussite dans le domaine sont inexistants, comme les perspectives à l’heure où on écrit la balance des charges et recettes attendues. Je ne connais aucun service qui fasse de la marge bénéficiaire sur sa seule activité musicale (pas même Apple). Deezer s’est lancé sur la promesse d’un financement par la seule publicité. Si publicité il y a bien sur le site, les annonceurs n’y trouvent pas leur compte pour la simple raison que le site est rarement en avant-plan pour les internautes. Le site a progressivement ajouté l’obligation de s’inscrire (ce qui lui permet d’avoir une base de données plus large, mais des informations de plus en plus souvent inexactes), puis une version premium, largement au-dessous de ce qui existait déjà sur le marché. Bref, le modèle économique de Deezer est de perdre de l’argent, et même avec une nouvelle équipe dirigeante, il faudrait revoir les fondamentaux pour en gagner.

La faute aux majors ?
C’est la réponse facile, que ne manqueront pas d’avancer les analystes en herbe du marché de la musique en ligne (et dieu sait s’il y en a un paquet). Il faudrait être stupide pour dire cela, car personne n’a jamais obligé Deezer à licencier le catalogue des majors. Sauf que Deezer sans le catalogue des majors n’aurait jamais atteint une telle popularité. Un contrat est signé entre 2 parties. Les majors ont raison de demander beaucoup si elles peuvent l’obtenir, d’autant que Deezer n’est pas la première société, ni la dernière, à avoir reçu un financement qui passe directement de la poche des actionnaires à celle des majors.

L’histoire est bien illustrée ici

Written by Sylvain Corvaisier in: Business, musique |
Jan
25
2010
4

Emilie Simon @ L’Etage (Liberté Haut), Rennes, 24 janvier 2010

Je n’ai pas pour habitude d’assister à plusieurs concerts d’un artiste au cours d’une même tournée (hormis passage festivals), je ne suis pas un fan hystérique, mais le fait est que les premières dates annoncées de celle d’Emilie Simon, ne laissaient pas entrevoir d’étape à Rennes. Comme vous avez pu le lire dans un précédent post, j’avais donc pris mon billet pour l’Olympic (report ici), et même lorsque la date rennaise eût été annoncée, je maintenais ce déplacement, à l’idée qu’Emilie s’arrête à Rennes dans la pire (et pourtant chère) salle de concerts que je n’ai jamais vue, la salle du haut du Liberté. Malgré tout, admirateur de Mademoiselle Simon, il m’était impossible de renoncer à la voir, d’autant que cette date marque la fin de la 2ème partie de sa tournée française. Double ration pour une review / report / avis sur ce concert d’Emilie Simon à l’Etage à Rennes donc aussi. Vous m’en excuserez, mais avec Trent Reznor, c’est le genre d’artiste qui me donne envie de continuer mes activités musicales.

Ce compte-rendu se devait d’évoquer également la première partie, que je n’ai pas manqué cette fois. J’avais déjà entendu parler de Marie-Flore, mais ne l’avais pas encore écoutée. Les amateurs de Catpower reconnaîtront tout de suite la parenté (comme ceux de Kate Bush avaient reconnu celle avec Emilie sur son dernier album), et à moins d’être intègre ou intégriste envers l’originale, on ne peut que féliciter Emilie Simon pour ce choix. Un mini-album est disponible à la vente depuis quelques jours, les encouragements sont les bienvenus.

Rennes étant ce qu’elle est, je m’attendais à ce que le concert ne fasse pas le plein (elle ne passe pas à la TV…), contrairement à Nantes. Et si la salle n’était pas remplie, l’audience était néanmoins assez dense, à ma surprise. Et, à défaut de proximité de l’artiste, le rendu sonore est bon, c’est déjà ça. Ce qui m’a également surpris, c’est de voir des connaissances (plus ou moins vieilles) et connaissances de connaissances au concert, il faut croire que j’ai une quelconque influence :) . Tout le monde me demande ce que j’en pense forcément, en temps que “vieux de la vieille”, mais bon, je suis difficilement objectif, je n’ai jusqu’ici jamais été déçu. La setlist ne me déroutera pas, elle aura été légèrement plus complète qu’à Nantes, tous les albums sont représentés. Opium reçoit de nouveau un traitement spécifique sur le Tenori-On de Yamaha (merci aux 2 grands geeks de l’intelligentsia electro rennaise pour l’information), et Fleur de Saison comme Désert bénéficient d’une complète réinterprétation. Étrangement, c’est ce dernier titre, joué seule au piano, qui ne m’avait pourtant pas marqué jusque-là, qui me suscite le plus d’émotion (avec To The Dancers in the Rain). Mes réticences sur le dernier album avaient été levées à Nantes, ce soir je me demande encore comment j’ai pu en avoir. Si le minimalisme n’est plus réellement présent dans ses enregistrements (encore que, il suffit d’écouter ses propres remixes de Rainbow pour en démontrer le contraire), on sent qu’Emilie Simon est toujours à fleur de peau, et la maîtrise qu’elle a désormais sur scène ajoute à l’aura qu’elle a déjà su bâtir avec son public. Les garçons, les filles aussi, sont sous le charme.

Written by Sylvain Corvaisier in: musique |
Dec
17
2009
10

Du photographe de concert… et de son importance dans l’écosystème de la musique

Un récent rappel à l’ordre (inapproprié sur la forme comme sur le fond à mon goût) d’un photographe sur un post précédent m’amène à écrire celui-ci que j’avais en tête depuis très longtemps. Photographe de concert (surtout de festival) depuis 1996 à titre amateur (dans le sens où je ne vends pas mes captations, même lors de publications papier), j’ai remarqué que la plupart des photographes dans ce milieu s’accordaient une importance bien supérieure à la réalité de l’écosystème de la musique. L’incompréhension vient surtout de la perception du photographe en tant que maillon essentiel dans la chaîne de promotion de la musique, alors qu’il faut se rendre à l’évidence, celle-ci est quasi-nulle (pour ne pas dire complètement nulle).

Quelles sont les règles que je m’impose en tant que preneur de vue:
1. Connaître un minimum chacun des artistes que je photographie (oui même aux Trans)
2. être conscient que je suis dispensable, remplaçable par un autre photographe
3. être conscient que la musique n’a pas besoin d’image pour être ressentie
4. être conscient que s’il n’y avait pas de photographies “officielles” du concert, il y en aura de toutes façons des officieuses via une multitude d’appareils photos de poches
5. Ne pas voler de photos lorsque je bénéficie d’un accès privilégié pour faire des photos “officielles”
6. Ne pas utiliser le flash (sauf en cas d’usage répété de stroboscope)
7. Ne pas empêcher les autres de faire leurs prises de vue
8. Ne pas faire de jugement sur l’équipement de mes pairs

Ca peut paraître du bon sens, mais je peux vous dire que dans une fosse de festival, il y en a déjà un paquet qui ne respecteront pas ces règles

Quelles sont les règles auxquelles je m’astreins quand je publie mes photos ?
1. Fournir une copie des originaux haute résolution bruts (sans retouche ni ajout de signature)
2. A défaut, mettre à disposition ces photos sur mon compte Flickr, libres de droits
3. Ne pas faire de parasitisme, en apposant mon nom, ou ma signature sur chacune des photos, et faire ainsi croire que le photographe a plus d’importance que le sujet dans la photo.

Quelles sont les règles auxquelles je m’astreins en tant que publieur de photos externes ?
1. Citer la source explicitement sous forme de texte
2. Garder les watermarks et autre signatures sur les images.
3. Mettre un lien avec title optimisé pour la SEO vers la source
4. Limiter la citation à 1 ou 2 photos.

Je n’aime pas les photographes qui viennent vous donner des leçons de citation, surtout quand c’est en agitant le prétexte de “l’artiste m’a donné les autorisations pour avoir des photos sur mon site uniquement” et que ce site n’a AUCUNE visibilité.
Je n’aime pas les photographes qui ne sont connus que parce qu’ils photographient des gens connus, et viennent encore se gloser sur leur travail
Je n’aime pas les photographes (c’est valable pour les bloggeurs aussi) qui n’aiment pas être repris partiellement, alors que cela ne les choque pas qu’un musicien voie sa musique téléchargée illégalement

Written by Sylvain Corvaisier in: musique |
Dec
10
2009
3

Emilie Simon live @ Olympic, Nantes. Un bonheur simple.

J’avais évoqué, dans une de mes désormais rares critiques de disques, le revirement d’Émilie Simon sur son dernier album, qui passait d’un minimalisme vibrant à une grosse machine faite d’orchestrations beaucoup plus sophistiquées, à mon grand désarroi. Bien qu’il fasse partie des tous meilleurs albums de 2009, son écoute n’a pas le même impact émotionnel sur son auditeur (en tout cas moi) que les précédents. Fort heureusement, l’émotion qui a quasi disparu sur disque est intacte sur scène, les frissons présents aux premières notes de “Nothing to do with you”, “Fools like us”, “Chinatown” ou encore “Fleur de saison”. La formation sur scène est elle, en revanche plus minimale que lors de la tournée précédente, ce qui a pour conséquence directe la reproduction de nombreux sons sous forme de samples. Point de trompettiste, aucun instrument exotique comme on a pu le voir par le passé, Emilie est au clavier/sampleur, un batteur (Darren Beckett), un bassiste/contrebassiste (Adam Chilenski), et un panneau qui illustre de manière graphique les notes du séquenceur (un peu à la manière du ToneMatrix) complètent le setup. Tenue proche de celle qu’elle arbore dans son clip Dreamland, voix irréprochable de maîtrise pendant tout le concert, et un bras à effets utilisé avec parcimonie (reverb et delay), Emilie séduit toujours autant et impressionne par son assurance pour qui l’a vue souvent timide depuis ses débuts.

Pas trop de surprises sur la set list, c’est très proche de ce que l’on avait entendu lors de la Black Session de Lenoir à la Maison de la radio le 21 septembre, avec quelques réminiscences des albums précédents (en piochant dans chacun d’entre eux), mais sans aucune cover. En réalité, son talent de compositeur est tel, qu’elle peut se permettre de réaliser des “covers” de ses propres titres, avec des réorchestrations (pour le coup minimales) où le clavier est la base qui déroule la chanson. “Fleur de saison” en est une belle démonstration. Un bonheur simple, c’est ce que m’aura procuré le concert d’Emilie Simon ce soir, et je ne regrette pas le déplacement depuis Rennes , même si le le 24 janvier 2010 à l’Etage (surtout vu ce que j’entends de la nouvelle salle du Liberté haut, toujours aussi peu adaptée aux concerts, en architecture, comme en tarification) ne sera qu’une occasion de renouveler ce bonheur simple pour bien commencer l’année 2010 comme je finis 2009.

Ah oui, il y a aussi une application non officielle pour les possesseurs du smartphone à la pomme, faite par qui vous savez :)

[EDIT] J’avais délibérément choisi pour cet article de ne pas cette fois l’illustrer avec une de mes photos à moi. Mal m’aura pris de vouloir donner de l’exposition à un photographe nantais

Written by Sylvain Corvaisier in: musique |

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